Auteur : Henri Gougaud

  • Henri Gougaud : À peine a-t-on le temps de vivre

    A peine a-t-on le temps de vivre
    qu’on se retrouve cendre et givre
    Adieu
    Et pourtant j’aurais tant à faire
    avant que les mains de la terre
    me ferment à jamais les yeux

    Je voudrais faire un jour de gloire
    d’une femme et d’une guitare
    d’un arbre et d’un soleil d’été
    Je voudrais faire une aube claire
    pour voir jusqu’au bout de la terre
    des hommes vivre en liberté
    Assis entre deux équilibres
    dans ce monde qui se croit libre
    et qui bâtit des miradors
    je voudrais bien que nul ne meure
    avant d’avoir un jour une heure
    aimé toutes voiles dehors

    A peine a-t-on le temps de vivre
    qu’on se retrouve cendre et givre
    Adieu
    Et pourtant j’aurais tant à faire
    avant que les mains de la terre
    me ferment à jamais les yeux

    De mes deux mains couleur d’argile
    je voudrais bâtir une ville
    blanche jusqu’au-dessus des toits
    Elle serait belle comme une
    chanson du temps de la Commune
    pétrie de bonheur hors-la-loi
    Et puis que le printemps revienne
    pour revoir à Paris sur peine
    des enfants riant aux éclats
    Lorca errant dans Barcelone
    tandis que l’abeille bourdonne
    dans la fraîche odeur des lilas

    A peine a-t-on le temps de vivre
    qu’on se retrouve cendre et givre
    Adieu
    Et pourtant j’aurais tant à faire
    avant que les mains de la terre
    me ferment à jamais les yeux.

    Henri Gougaud – 7 Juillet 1936 – 6 mai 2024. Cité par Jacques B. Sur fb