Auteur : Fabrizio Di Carmine

  • Si je devais partir

    Si je devais partir
    Seul
    Sur une île
    Avec toi
    Je verrai dans les reflets
    Du soleil
    Les océans bleutés
    Tissés sous les nuages
    Je toucherais
    Le rêve des poissons aimants
    Dans les grands fonds
    Dans les murmures des coquillages

    Si je devais partir, seul,
    Sur une île, avec toi,
    Les hippocampes
    Danseraient les sémaphores
    Encres des bleu ardoise
    Hippocampes des lunes
    Mage de sa flamme
    Neige aux processions éternelles
    Sous la coupe
    Du vin bleu des étoiles

    Si je devais partir
    Seul
    Sur une île
    Avec toi
    Nous accomplirons la langue
    Et le langage
    Nous accomplirons le ciel
    Dans des polymorphes
    À la nuit spongieuse des Gorgones
    Fille des vaisseaux
    D’argents
    Mystérieuses ondulations
    Des safrans
    Dans les amphores de lune.

    Ton ventre enfantera
    Le feu et les braises
    Levant sous le corail
    Les toiles vierges
    D’un Gauguin.
    Je t’y verrai


    Comme autant
    De cathédrales
    Comme les couleurs
    Du bon pain
    Comme le feu
    D’un maître danseur de l’opale.

    Si je devais partir, seul,
    Sur une île, avec toi,
    Nous contemplerons
    Le bruissement
    Des sables et des météores
    Dans la chapelle antique
    Fresques d’un mausolée
    Peignant l’aurore
    À l’Orphée d’un cierge
    À l’aube des couleurs

    Si je devais partir, seul,
    Sur une île, avec toi,
    Et que tu ne sois pas là
    Je te garderai
    À ma traversée
    Compas de mon linceul
    Je te garderai
    Sans implorer le vent
    Sans crainte
    Des eaux calmes
    Sans perdre aux naufrages
    La magie des fonds marins.

    Je te garderai
    Et mon île sera,
    À la volupté
    Des caresses de ton sein,
    Le lagon de ta chair
    Lune heureuse
    Lune à fond de cale
    D’une chaîne embrassant
    Sa plume
    Gardienne du temple
    D’Angkor
    Zéphyr d’une nuit sans lune
    Où ton page
    Offre à la couleur des vagues
    Les grappes de raisins
    Et la pourpre de ton pagne

    Texte de Fabrizio Di Carmine