Auteur : Blaise Cendrars

  • Blaise Cendrars : Je ne suis pas de votre race (1926)

    Je ne suis pas de votre race. Je suis du clan Mongol qui apportera une vérité monstrueuse : l’authenticité de la vie, la connaissance du rythme, et qui ravagera toujours vos maisons statiques du temps et de l’espace, localisées en une série de petites cases. Mon étalon est plus sauvage que vos engrenages poussifs, son sabot de corne plus dangereux que vos roues de fer. Entourez-moi des cent milles baïonnettes de la lumière occidentale, car malheur à vous si je sors du noir de ma caverne et si je me mets à chasser vos bruits. Que sur mes berges vos pontonniers ne réveillent jamais mon tympan endolori, car je ferais siffler sur vous le vent incurvé comme un cimeterre. Je suis impassible comme un tyran. Mes yeux sont deux tambours. Tremblez si je sors de vos murs comme de la tente d’Attila, masqué, effroyablement agrandi, revêtu de la seule cagoule, comme mes compagnons du bagne à l’heure de la promenade, et si avec mes mains d’étrangleur, mes mains rouges par le froid, je force le ventre aigrelet de votre civilisation!

    (1887-1961). Moravagine, Éditions Grasset, 1926 Littérature et Poésie

  • Blaise Cendrars : Trouées

    Échappées sur la mer
    Chutes d’eau
    Arbres chevelus moussus
    Lourdes feuilles caoutchoutées luisantes
    Un vernis de soleil
    Une chaleur bien astiquée
    Reluisance
    Je n’écoute plus la conversation animée de mes amis qui se partagent les nouvelles que j’ai apportées de Paris
    Des deux côtés du train toute proche ou alors de l’autre côté de la vallée lointaine
    La forêt est là et me regarde et m’inquiète et m’attire comme le masque d’une momie
    Je regarde
    Pas l’ombre d’un œil

    Blaise Cendrars – Feuilles de route » – Au Sans Pareil, 1924.

  • Blaise Cendrars : La Prose du Transsibérien et de la Petite Jehanne de France

    Dédiée aux musiciens

    En ce temps-là, j’étais en mon adolescence
    J’avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de mon enfance
    J’étais à 16.000 lieues du lieu de ma naissance
    J’étais à Moscou dans la ville des mille et trois clochers et des sept gares (suite…)