sur la route
écraser de son pas
l’ombre couchée
des frondaisons
trouées de lumière
dans les prés
envier le papillon libre
au joyeux vol saccadé
sautant d’herbe en herbe
et puis partir
marcher après la pluie
pour sentir l’air
purifier les poumons
à table
croquer une tranche de melon
dans l’espoir infime
d’une fraicheur sucrée
qui sera finalement déçu
boire un verre d’eau
et suivre son parcours
à l’intérieur du corps
comme une onction
baptismale
toujours
sentir peser
sur le cœur
la nostalgie prégnante
des désirs inassouvis
ne pas savoir saisir
le bonheur d'un instant
où tout suggère pourtant
sa présence insistante
où tout te dit en éclats
tu devrais être joyeux
et pourtant non
tu t’en vas
bateau à la dérive
tirant sans cesse des bords
entre désespoir de l’inachevé
et quête d’un nouveau regard
des heures durant chercher
les mots pour dire
ces choses infimes
qui font et défont la vie
et ne trouver
tout au bout
que du vide
et le silence
mais continuer
quand même
cette quête de vérité
énigmatique ténacité
et aussi
pleurer ton âme d’enfant
bouée perdue
dans l’océan des ans
où s’enchaînent sans relâche
les vagues rugueuses
de ta vie chahutée
sentir inexorablement
le cœur se durcir
et lutter lutter
contre la glaciation
à l’aurore ouvrir les bras
comme un appel à la nature
qui entre en toi
attendre une réponse
qui ne viendra pas
alors saisir le fil d’amour
comme une filandre
qui t’emporte
au gré des rencontres
dans les mondes nouveaux
créés malgré toi
laisser les journées
et les nuits
répéter leur travail
d’inusable marée
et trouver parmi elles
un îlot de liberté
où pouvoir enfin
par la fenêtre
de ta maison
regarder dans les yeux
les gens qui passent
et leur dire
j’aurais pu être
un homme heureux


Texte de Luc Fayard illustré par « La Lune peinte par elle-même » de Jean-Ignace-Isidore-Gérard Grandville, et par « Somewhere but not here » de Viktoria Cox

