Artiste : Giorgio de Chirico

  • Giorgio de Chirico : Malinconia Torinese (1965)

    Giorgio di Chirico – Malinconia Torinese (1965)
  • éloge de l’ombre

    bien sûr il a fallu 
    que naisse la lumière
    mais ensuite l’oublier 
    définitivement
    ne garder que les demi-teintes
    et surtout les jeux les renvois
    les non-dits les bégaiements 
    avancer sur le côté
    balbutiant

    laisser l’âme s’émouvoir de l’obscur
    le cœur du soupçon d’un remous

    quand ils fanfaronnent
    les mots eux-mêmes sont vides
    les yeux ne parlent que dans le vague
    le sourire s’embellit de l’énigmatique

    contempler les aspérités
    pour ne pas s’en blesser
    lancer les perspectives en flèches
    vers les frondaisons dansantes
    ne rien croire d’abord 
    tout imaginer
    écouter le vent
    quand il trouble la pluie
    profiter de la fraîcheur
    entre jour et nuit
    quand la vie prend le goût
    d’un grain de sel glissant
    lentement sur la peau

    de l’amour 
    ne retenir que ses frôlements
    les débuts les bruissements
    les senteurs de jeunesse
    les longs silences rapprochés
    l’attente poignante de la rencontre
    l’éternité de l’instant

    dans la nature 
    et dans l’homme
    étudier sans cesse 
    le meilleur contraste
    la ligne de fuite
    évasive et décidée
    qui dessine l’arrière-plan

    dans les mystères brumeux
    déformer la silhouette du temps 
    celle des passants
    et de l’espace
    suivre les traces
    des fantômes blancs

    et sentir la liberté t’envahir
    à pas de géant

    Hommage à Junichiro Tanizaki

    James Abbott McNeill Whistler -Nocturne in Black and Gold – The Falling Rocket (1875)
    Giorgio di Chirico – Malinconia Torinese (1965)


    Texte de Luc Fayard, illustré par Nocturne in Black and Gold – The Falling Rocket, de James Abbott McNeill Whistler et par Mystère et mélancolie d’une rue , de Giorgio di Chirico : à vous de choisir !