Étiquette : Victor Hugo

  • Victor Hugo : On vit, on parle (1856)

    On vit, on parle, on a le ciel et les nuages
    Sur la tête ; on se plaît aux livres des vieux sages ;
    On lit Virgile et Dante ; on va joyeusement
    En voiture publique à quelque endroit charmant,
    En riant aux éclats de l'auberge et du gîte ;
    Le regard d'une femme en passant vous agite ;
    On aime, on est aimé, bonheur qui manque aux rois !
    On écoute le chant des oiseaux dans les bois

    Le matin, on s'éveille, et toute une famille
    Vous embrasse, une mère, une sœur, une fille !
    On déjeune en lisant son journal. Tout le jour
    On mêle à sa pensée espoir, travail, amour ;
    La vie arrive avec ses passions troublées ;
    On jette sa parole aux sombres assemblées ;
    Devant le but qu'on veut et le sort qui vous prend,
    On se sent faible et fort, on est petit et grand ;

    On est flot dans la foule, âme dans la tempête ;
    Tout vient et passe ; on est en deuil, on est en fête ;
    On arrive, on recule, on lutte avec effort …
    Puis, le vaste et profond silence de la mort !

    Les contemplations (1856)

    Autres poèmes de Victor Hugo dans Amavero

  • Victor Hugo : Printemps (1856)

    Voici donc les longs jours, lumière, amour, délire !
    Voici le printemps ! mars, avril au doux sourire,
    Mai fleuri, juin brûlant, tous les beaux mois amis !
    Les peupliers, au bord des fleuves endormis,
    Se courbent mollement comme de grandes palmes ;
    L’oiseau palpite au fond des bois tièdes et calmes ;

    Il semble que tout rit, et que les arbres verts
    Sont joyeux d’être ensemble et se disent des vers.
    Le jour naît couronné d’une aube fraîche et tendre ;
    Le soir est plein d’amour ; la nuit, on croit entendre,
    À travers l’ombre immense et sous le ciel béni,
    Quelque chose d’heureux chanter dans l’infini.

    Les contemplations (1856)

    Autres poèmes de Victor Hugo dans Amavero

  • Victor Hugo : Vivants (1888)

    Oui. Je comprends qu'on aille aux fêtes,
    Qu'on soit foule, qu'on brille aux yeux,
    Qu'on fasse, amis, ce que vous faites,
    Et qu'on trouve cela joyeux ;
    Mais vivre seul sous les étoiles,
    Aller et venir sous les voiles
    Du désert où nous oublions,
    Respirer l'immense atmosphère ;
    C'est âpre et triste, et je préfère
    Cette habitude des lions.

    Toute la lyre (1888) (posthume)

    Autres poèmes de Victor Hugo dans Amavero

  • Victor Hugo : Voici que la saison décline (1942) – posthume

    Voici que la saison décline,
    L'ombre grandit, l'azur décroît,
    Le vent fraîchit sur la colline,
    L'oiseau frissonne, l'herbe a froid.
    Août contre septembre lutte ;
    L'océan n'a plus d'alcyon ;
    Chaque jour perd une minute,
    Chaque aurore pleure un rayon.

    La mouche, comme prise au piège,
    Est immobile à mon plafond ;
    Et comme un blanc flocon de neige,
    Petit à petit, l'été fond.

    Océan vers (1942) (posthume)

    Autres poèmes de Victor Hugo dans Amavero

  • Victor Hugo : Nuits de juin (1840)

    L’été, lorsque le jour a fui, de fleurs couverte
    La plaine verse au loin un parfum enivrant ;
    Les yeux fermés, l’oreille aux rumeurs entrouverte,
    On ne dort qu’à demi d’un sommeil transparent.

    Les astres sont plus purs, l’ombre paraît meilleure ;
    Un vague demi-jour teint le dôme éternel ;
    Et l’aube douce et pâle, en attendant son heure,
    Semble toute la nuit errer au bas du ciel.

    Les rayons et les ombres (1840)

    Autres poèmes de Victor Hugo dans Amavero

  • Victor Hugo : Heureux l’homme occupé (1856)

    Heureux l'homme, occupé de l'éternel destin,
    Qui, tel qu'un voyageur qui part de grand matin,
    Se réveille, l'esprit rempli de rêverie,
    Et, dès l'aube du jour, se met à lire et prie !
    À mesure qu'il lit, le jour vient lentement
    Et se fait dans son âme ainsi qu'au firmament.

    Il voit distinctement, à cette clarté blême,
    Des choses dans sa chambre et d'autres en lui-même ;
    Tout dort dans la maison ; il est seul, il le croit ;
    Et, cependant, fermant leur bouche de leur doigt,
    Derrière lui, tandis que l'extase l'enivre,
    Les anges souriants se penchent sur son livre.

    Les contemplations (1856)

    Autres poèmes de Victor Hugo dans Amavero

  • Victor Hugo : Hier au soir (1856)

    Hier, le vent du soir, dont le souffle caresse,
    Nous apportait l'odeur des fleurs qui s'ouvrent tard ;
    La nuit tombait ; l'oiseau dormait dans l'ombre épaisse.
    Le printemps embaumait, moins que votre jeunesse ;
    Les astres rayonnaient, moins que votre regard.

    Moi, je parlais tout bas. C'est l'heure solennelle
    Où l'âme aime à chanter son hymne le plus doux.
    Voyant la nuit si pure et vous voyant si belle,
    J'ai dit aux astres d'or : Versez le ciel sur elle !
    Et j'ai dit à vos yeux : Versez l'amour sur nous !

    Les contemplations (1856)

    Autres poèmes de Victor Hugo dans Amavero

  • Victor Hugo : L’aurore s’allume (1835)

    L'aurore s'allume ;
    L'ombre épaisse fuit ;
    Le rêve et la brume
    Vont où va la nuit ;
    Paupières et roses
    S'ouvrent demi closes ;
    Du réveil des choses
    On entend le bruit.

    Tout chante et murmure,
    Tout parle à la fois,
    Fumée et verdure,
    Les nids et les toits ;
    Le vent parle aux chênes,
    L'eau parle aux fontaines ;
    Toutes les haleines
    Deviennent des voix !

    Tout reprend son âme,
    L'enfant son hochet,
    Le foyer sa flamme,
    Le luth son archet ;
    Folie ou démence,
    Dans le monde immense,
    Chacun recommence
    Ce qu'il ébauchait.

    Qu'on pense ou qu'on aime,
    Sans cesse agité,
    Vers un but suprême,
    Tout vole emporté ;
    L'esquif cherche un môle,
    L'abeille un vieux saule,
    La boussole un pôle,
    Moi la vérité !

    Les chants du crépuscule (1835)

    Autres poèmes de Victor Hugo dans Amavero

  • Victor Hugo : La tombe dit à la rose (1837)

    La tombe dit à la rose :
    – Des pleurs dont l'aube t'arrose
    Que fais-tu, fleur des amours ?
    La rose dit à la tombe :
    – Que fais-tu de ce qui tombe
    Dans ton gouffre ouvert toujours ?

    La rose dit : – Tombeau sombre,
    De ces pleurs je fais dans l'ombre
    Un parfum d'ambre et de miel.
    La tombe dit : – Fleur plaintive,
    De chaque âme qui m'arrive
    Je fais un ange du ciel !

    Les voix intérieures (1837)

    Autres poèmes de Victor Hugo dans Amavero

  • Victor Hugo : Le Pont (1856)

    J'avais devant les yeux les ténèbres. L'abîme
    Qui n'a pas de rivage et qui n'a pas de cime,
    Était là, morne, immense ; et rien n'y remuait.
    Je me sentais perdu dans l'infini muet.
    Au fond, à travers l'ombre, impénétrable voile,
    On apercevait Dieu comme une sombre étoile.

    Je m'écriai : – Mon âme, ô mon âme ! il faudrait,
    Pour traverser ce gouffre où nul bord n'apparaît,
    Et pour qu'en cette nuit jusqu'à ton Dieu tu marches,
    Bâtir un pont géant sur des millions d'arches.
    Qui le pourra jamais ! Personne ! ô deuil ! effroi !
    Pleure ! – Un fantôme blanc se dressa devant moi

    Pendant que je jetai sur l'ombre un oeil d'alarme,
    Et ce fantôme avait la forme d'une larme ;
    C'était un front de vierge avec des mains d'enfant ;
    Il ressemblait au lys que la blancheur défend ;
    Ses mains en se joignant faisaient de la lumière.
    Il me montra l'abîme où va toute poussière,
    Si profond, que jamais un écho n'y répond ;
    Et me dit : – Si tu veux je bâtirai le pont.

    Vers ce pâle inconnu je levai ma paupière.
    – Quel est ton nom ? lui dis-je. Il me dit : – La prière.

    Les contemplations (1856)

    Autres poèmes de Victor Hugo dans Amavero