Blog « Fleureter »
Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.
Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

épaules ramassées
coudes posés
peu importe le jeu
pas d’argent
sur la nappe
qu’on soit
méthodique
ou intuitif
la vie se résume
à cela
des figures
sur des cartes
le silence
et la confrontation
Texte de Luc Fayard, inspiré par Les Joueurs de cartes, de Paul Cézanne
Voir aussi nos deux galeries d’art d’œuvres seules : Art contemporain, Art moderne







je n’ai plus rien à dire
non que j’aie tout dit
loin de là
mais simplement
je n’ai plus envie
de rien
juste me taire
que les autres se taisent
que tous fassent silence
longtemps
comme une armée
de statues de pierre
baissant la face
après avoir baissé la garde
alors dans ce paysage figé
on entendra du dedans
l’âme pleurer
ruisseau qui se déchire
sur les galets de nuit
pluie qui mitraille
les affiches des murs
vent grincheux
sur la tête des gens
plus de mots ronds
ni de sourires creux
grimaces de blessures
plus de cris poussés
ni de mines jouées
juste un silence total
brume grise
nappant le monde
de son voile de plomb
et c’est ainsi
tristes poltrons
que nous vivrons
le jour la nuit
tête baissée
plein de regrets
d’avoir vu fuir
les jours heureux
sans avoir su
les retenir







Artistes cités de haut en bas,de gauche à droite : Jean-Claude Vernier, Éric Stein, Nathalie Dumontier, Âme Sauvage, Street art, Romaric, Lucas Aguirre, Eva Lhoest, Morgane Ely, Agnes Cecile, Ann Imhof, Daniel Richter, Taher Asad-Bahktiari, Lucio Fontana

autour de toi
les champs se déhanchent
les nuages frémissent
les bancs d’oiseaux filent
au-delà du paysage
tout devient flou
tu vois ton cœur agité
de tant de désirs
les souvenirs tristes
ranimés à la surface
mais au-delà de tout
l’envie de partir
comme un oiseau libre
Texte de Luc Fayard inspiré par
le tableau de Véronique Lévy Scheimann
Au-delà du paysage

Tennessee Williams : We Have Not Long To Love (1956) – Nous n’avons pas longtemps pour aimer
We have not long to love.
Light does not stay.
The tender things are those we fold away.
Coarse fabrics are the ones for common wear.
In silence I have watched you comb your hair.
Intimate the silence, dim and warm.
I could but did not, reach to touch your arm.
I could, but do not, break that which is still.
(Almost the faintest whisper would be shrill.)
So moments pass as though they wished to stay.
We have not long to love.
A night. A day….
Nous n’avons pas longtemps pour aimer.
La lumière ne restera pas.
Les choses tendres sont celles que nous rangeons.
Les tissus grossiers sont ceux du quotidien.
En silence, je t’ai observée peignant tes cheveux.
Un silence intime, tamisé et chaleureux.
J’aurais pu, mais je ne l’ai pas fait, tendre la main pour toucher ton bras.
J’aurais pu, mais je ne l’ai pas fait, rompre l’immobile.
(Le moindre murmure serait strident.)
Ainsi passent les heures comme si elles voulaient rester
Nous n’avons pas longtemps pour aimer.
Une nuit. Un jour…
Tennessee Williams (1911–1983). In the Winter of Cities (Dans l’hiver des villes). 1956 (New Directions Publishing).





Louis Calaferte : Prière pour ne pas mourir (1994)
Voudrais qu’on m’enfougère,
qu’on m’envente, qu’on m’enrose,
qu’on m’encoquelicotte, qu’on m’enféminise,
qu’on m’endoucisse , qu’on m’enciélise ….
Voudrais pas qu’on m’enterre.
Louis Calaferte – L’homme vivant (1994)
