Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

1 411 artistes • 757 auteurs
publiés dans Amavero

  • port launay

    Là-haut le morne retient les nuages
    Sur un rocher à l’entrée de la baie
    Une croix dit peut-être
    Qu’ici des hommes ont péri

    Le ciel est aussi chargé
    Que le silence est léger
    Une houle du nord pas méchante
    Vient mourir sur la plage

    L’anse est profonde et calme vivante
    Sur le rivage
    La barque de pêcheur blanche et jaune
    Se balance
    Immuablement

    Une tortue sort sa tête de l’eau
    Comme un périscope
    Elle regarde si tout va bien
    Puis elle disparaît

    Un banc de poissons argentés
    Poursuivi par un invisible requin
    Joue à saute-mouton sur les vagues

    Des chauves-souris grosses comme des corbeaux
    Piaillent dans les grottes granitiques
    D’autres traversent la baie
    Battant l’air d’un air abattu
    Avec leurs drôles d’ailes à l’envers

    De temps en temps
    D’un bruit sec
    Une noix tombe d’un cocotier

    Sur la plage
    L’ombre pieuvre des takamakas
    Protège le sable

    Là-haut le morne retient les nuages

    Seychelles janvier 2005


  • anse d'argent

    rochers récifs l’océan
    rides du sable et de l’eau
    figées ici mouvantes là-bas 
    ici tous les verts là-bas tous les bleus
    au loin la goélette passe
    langoureusement
    les petits oiseaux blancs
    saluent la mer d’une aile de velours
    un si doux effleurement
    j’aimerais tant être cette eau vivante
    caressée par le souffle d’un instant

    Seychelles janvier 2005


  • genou dans la nuit

    extérieur nuit
    ambiance plage tropicale
    d’abord le son roque des rouleaux
    grondement qui enfle et qui dure
    premier plan
    un genou de femme
    sans doute allongée les jambes repliées
    deuxième plan
    l’écume de vagues longues
    qui s’enroulent se déroulent
    incidemment au bord de l’eau
    de petits crabes blancs courent comme des fusées
    après un départ catapulte
    arrière-plan
    les lumières d’un rocher un hôtel peut-être
    et le roulement revient occupe toute la scène
    on ne voit plus que ce genou sur fond d’écume
    ce genou chair devant la vague laiteuse
    ce bout de statue face aux allers-retours de la mer
    la vie immobile et qui finira
    face à la vie qui bougera toujours


  • j’existe encore (rien à dire)

    rien à dire
    le ciel est sale
    les regards fuient
    le bruit partout
    un jour d’hiver
    sans pluie
    sans pli
    sempiternel
    marcher
    respirer
    je la croise
    un sourire
    non
    tant pis
    m’en fous
    j’existe encore


  • pluie des tropiques

    ce qui tombe du ciel 
    n’est pas un crachin breton 
    c’est une infamie 
    de l’eau lourde et méchante 
    la goutte épaisse et bien grasse 
    sans chichis 

    cette pluie ne s’insinue pas elle frappe 
    elle veut tout tremper 
    les petits et les gros 
    le cou le genou les endroits sensibles 
    sur la peau et sur la terre 
    des doigts de pieds jusqu’aux cimes des arbres 
    rien ne lui résistera 

    ce n’est pas un rideau cette pluie 
    c’est une grille une prison un marteau 
    quand elle vous vient dessus 
    comme ça 
    sans prévenir 
    vous n’êtes plus qu’une mare 
    une dégoulinade 
    rien ne sert de résister 
    c’est foutu 

    et puis au moment où vous allez hurler 
    sur cette averse ennemie 
    pluie brutale des ténèbres sans vent 
    violeuse d’espaces et de temps 
    hop elle est partie 
    aussi légère qu’une plume
    la garce 

    et vous restez là comme un sourd 
    les bras ballants le souffle court 
    l’œil humide sans aucune arme 
    baptisé pour l’éternité 
    enchainé à un sol en loque 
    tandis que la dernière larme 
    quittant votre sourcil dressé 
    tombe sur le sol mouillé floc


Dernières publications d’art et de poésie

  • Giacomo Leopardi : L’Infinito (L’Infini) (1828)

    Sempre caro mi fu quest’ermo colle,
    E questa siepe, che da tanta parte
    Dell’ultimo orizzonte il guardo esclude.
    Ma sedendo e mirando, interminati
    Spazi di là da quella, e sovrumani
    Silenzi, e profondissima quiete
    Io nel pensier mi fingo; ove per poco
    Il cor non si spaura. E come il vento
    Odo stormir tra queste piante, io quello
    Infinito silenzio a questa voce
    Vo comparando: e mi sovvien l’eterno,
    E le morte stagioni, e la presente
    E viva, e il suon di lei. Così tra questa
    Immensità s’annega il pensier mio:
    E il naufragar m’è dolce in questo mare. »

    Toujours j’aimai cette colline solitaire
    Et cette haie qui refuse au regard
    L’ultime horizon de ce monde.
    Mais, en m’asseyant, je laisse aller mes yeux,
    Je façonne, en esprit, au-delà d’e la haie, des espaces sans finn
    Des silences surhumains, et c’est une quiétude
    Si profonde que pour un peu se troublerait
    Le cœur . Et comme alors j’entends
    Le vent bruire dans ces feuillages, je compare
    Ce silence infini à cette voix,
    Et je me souviens de l’éternel
    Et des saisons mortes, et de celle
    Qui vit encore, de sa rumeur.
    Immensité où sombre ma pensée,
    Et m’abîmer m’est doux en cette mer.

    Giacomo Leopardi – Canti (1818)
    Traduction: Luc Fayard à partir des traductions de Philippe Jaccottet et Yves Bonnefoy

    Giacomo Leopardi : L’Infinito (L’Infini) (1828)

  • Roberto Juarroz : Ce n’est qu’un rectangle (2021)

    Roberto Juarroz : Ce n’est qu’un rectangle (2021)

  • Federico Garcia Loca : Cancioneta (1921) – Chansonnette

    En las orillas del río
    se está bañando la noche,
    y en los pechos de Lolita
    mueren de amor los ramos.

    Mueren de amor los ramos.

    La noche desnuda canta
    por los puentes de marzo.
    Lolita se baña en agua
    de salitre y de nardos.

    Mueren de amor los ramos.

    La noche de anís y plata
    reluce por los tejados.
    Plata de espejos de agua.
    Anís de tus muslos blancos.

    Mueren de amor los ramos.

    Sur les bords de la rivière
    voyez la nuit qui se baigne
    et sur les seins de Lolita
    meurent d’amour les bouquets.

    Meurent d’amour les bouquets.

    La nuit nue chante à voix basse
    sur les ponts du mois de mars.
    Lolita au bain se pare
    dans l’eau saline et le nard.

    Meurent d’amour les bouquets.

    La nuit d’anis et d’argent luit
    sur les toits de la ville.
    Argent des eaux miroitantes.
    Anis de tes cuisses blanches.

    Meurent d’amour les bouquets.

    Federico Garcia Loca : Cancioneta (1921) – Chansonnette

  • Isabelle Triaureau : Mes pas coupaient la nuit

    Mes pas coupaient la nuit, sa riposte fut vive
    Et mon sang rougissait les joints des pavés noirs.
    Des mains en multitude élançaient l’offensive,
    Je tombais à genoux, broyée au laminoir.

    Ma bouche a goût de terre et l’humus térébrant
    S’instillait sous ma peau, redoublant le vivant
    Dans un corps devenu un sauvoir célébrant
    Le règne végétal et l’essor excavant.

    J’enracinais mes doigts, plongeant au plus profond
    Et touchant les flux lents, la vie que rien n’aliène,
    Je nourrissais la glèbe abreuvant les greffons
    D’un vert élan fécond, je suis chlorophyllienne.

    Texte d’Isabelle Triaureau, qui a choisi de l’illustrer par La Saveur des larmes, de René Magritte

    pour en savoir plus sur Isabelle Triaureau

    René Magritte - La Saveur des larmes (1946) - gouache sur papier
    René Magritte – La Saveur des larmes (1946) – gouache sur papier

    Isabelle Triaureau : Mes pas coupaient la nuit

  • Shoko Uemura : Les deux renards (1980)

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Une couverture de la Gazette d'Amavero avec des portraits de Nikolaus, un enfant, et de Barbara, une femme âgée, accompagnés de descriptions artistiques.
Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025