Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

1 411 artistes • 758 auteurs
publiés dans Amavero

  • Genêt (Jean) : L’atelier d’Alberto Giacometti

    Afin de mieux apprivoiser l’œuvre d’art, j’utilise d’habitude un truc: je me mets, un peu artificiellement, en état de naïveté, je parle d’elle – et je lui parle aussi, sur le ton le plus quotidien, je bêtifie même un peu. D’abord, je m’approche. Je vous parle des œuvres les plus nobles, – et je m’efforce de me faire plus naïf et plus maladroit que je ne le suis. J’essaie ainsi de me défaire de ma timidité.
    (suite…)


  • Handke (Peter): Par les villages

    – Mais maintenant tu vas me dire ce que je dois faire:  – Joue le jeu. Menace le travail encore plus. Ne sois pas le personnage principal. Cherche la confrontation, mais n’aie pas d’intention. Évite les arrière-pensées. Ne fais rien. Sois doux et fort. Sois malin, interviens et méprise la victoire. N’observe pas, n’examine pas, mais reste prêt pour les signes, vigilant. Sois ébranlable.
    (suite…)


  • jour de mon enterrement

    le jour de mon enterrement
    dans l’église froide et blanche grise
    ils seront tous serrés comme des harengs
    les hommes auront posé leur chapeau
    les femmes seront endimanchées dans leur manteau
    les enfants agités apeurés tristes

    le jour de mon enterrement
    les gens
    j’ai envie qu’ils soient là en passant
    je veux qu’on pleure et qu’on m’oublie
    tous ceux qui savent m’envieront là où je suis
    il suffira de rester longtemps l’air absent
    pour prétendre participer

    le jour de mon enterrement
    on se frottera dans les rangs
    pour avoir chaud
    les yeux levés vers la croix là-haut
    on se taira de longs moments
    privé de discours le curé contemplera la foule
    hochant la tête il se perdra dans ses pensées
    en fait il pense à son déjeuner

    je veux du silence et puis la fête
    musique et silence
    c’est la même chose
    je veux que les gens se regardent dans les yeux
    et se tiennent par la main
    l’air heureux
    pour une fois

    le jour de mon enterrement
    le veux du soleil dans les vitraux or et vert
    il faudra que ce soit un matin d’hiver
    où le froid gèlera les pensées
    dehors aussi les fleurs seront gelées

    le jour de mon enterrement
    je veux de belles orgues riant
    qui chantent d’allégresse Alleluia
    Sanctificat et puis l’Ave Maria
    résonnera sous les vieilles pierres
    auréolées de prière
    il faudra que tout le monde prie
    communier sera obligatoire
    on fera la queue pour l’hostie propitiatoire
    après vous je vous en prie
    sinon il faudra doubler son obole
    à la quête paroissiale qu’attend le curé
    grâce à moi personne ne sera excommunié

    le jour de mon enterrement
    dans la lumière froide et blanche grise
    on ne saura même pas qui est mort
    les gens seront entrés dans l’église
    par hasard à cause du froid dehors
    à cause de la lumière et de la musique dedans
    ils me connaîtront à peine
    ils parleront d’une ombre d’antan
    et d’une voix basse qui traine
    ils évoqueront les morts et les vivants

    le jour de mon enterrement
    heureusement
    dans l’église muette qui serre ses rangs
    dans les travées remplies
    comme des bancs de chauve-souris
    dans les regards à peine voilés
    de pèlerins inconnus désoeuvrés
    je ne verrai personne que j’aime
    parce que de tous ceux que j’aime
    j’aurai été le dernier à mourir
    s’il vous plaît
    mon Dieu
    je vous en supplie


  • je veux tout

    je veux tout
    ensemble 
    à la fois
    l’amour et la joie
    la musique et les mots
    le nombre et le silence

    je veux le présent et le passé les nuits et les jours
    le futur je m’en fous il viendra toujours

    je veux des rires fous des tableaux couverts de nuages
    pour m’envoler dans leurs rêves bleus sans âge

    je veux qu’on m’aime et qu’on me déteste
    comme si j’étais le centre du monde
    au moins un soir une fois je me déleste
    je le promets je me tiendrais coi dans la lumière ronde

    sur la scène sous les feux de la rampe dorée
    tous les regards tournés vers mon cri
    me salueraient les yeux mouillés
    surtout les filles qui savent qui je suis
    surtout celles qui m’ont regardé la tête penchée
    avant de partir sans un seul regret

    et puis je m’en irai dans le noir de l’oubli
    sans me retourner à petits pas
    le dos voûté dans ses plis
    espérant les rappels qui ne viendront pas

    j’irai enfouir mon cœur en berne
    comme un ours qui hiberne

    je veux me souvenir du passé qui me fuit
    je n’ai pas toujours été ce que je suis

    j’aimerai tant redevenir l’enfant naïf
    souriant sur les photos noir et blanc
    être à nouveau cet ange blond
    au moins un jour une nuit
    le cœur lavé d’un regard pur
    quand la vie était encore un conte de fées
    rempli d’elfes gentils de sourires larges
    de soupes fumantes et de babils

    mais c’était avant que tout ne soit sali
    d’une manière incompréhensible
    la nuit se tapissait là tout près
    et blessa les gens que j’aimais
    je ne saurai jamais pourquoi
    je veux pouvoir pardonner 
    sans oublier
    mais c’est dur 
    mon âme a rouillé
    la porte de mon cœur s’est coincée

    alors 
    en attendant
    je veux des petits enfants 
    qui courent en riant dans la plaine
    habillant l’espace et le temps 
    de leurs pirouettes incertaines
    je les verrai grandir comme si j’étais immortel
    je veux tous mes amis flottant en ribambelle

    je veux tout
    la chaleur et le frisson
    la tristesse et le pardon
    je veux vivre chaque minute pleine de paix et de fureur
    je veux tout oublier et me souvenir de tout 
    du bonheur
    jusqu’au bout


  • tourbillon

    elle tourbillonne sans connaître sa force
    moi je n’ai que des mots
    elle est le tronc moi l’écorce
    incroyable elle entre sans permis dans mon cœur
    tandis que je gratte le sien coucou bonheur
    elle est la vie qui bouge et bondit
    avec elle tout est beauté
    elle est la compassion née
    chez elle est tout est vrai
    elle souffre avec ceux qui crient
    elle sait pleurer comme un gouffre
    et moi je me terre de peur de sombrer
    inassouvi le cœur buté
    et pourtant pourtant
    si j’avais le temps
    je lui dirais les mots ne sont pas que des mots
    ils sont aussi un bout d’âme brute
    un morceau d’éternité
    oui j’oserais dire l’infini face à la vie
    je lui dirais
    l’amour est une forteresse contre la mort
    que je bâtis autour de toi mauvais maçon
    ivre de mots remparts leviers pinceaux
    mon tourbillon ma vérité
    calligraphie de mes sentiments agités
    ma respiration petit grain de blé
    un poisson bouche ouverte vers l’immensité
    ma réponse une pause un bras
    un paysage qu’elle seule reconnaîtra
    elle saura que j’en suis l’auteur
    riant de toutes mes erreurs
    des feuilles de hêtre sur un tronc de platane
    elle me dira tu peins comme un âne
    et elle m’embrassera attendrie
    rêvant devant ce soleil éternel
    que moi seul aura su créer pour elle
    la tête sur mon épaule
    alanguie


Dernières publications d’art et de poésie

  • Louis Calaferte : Prière pour ne pas mourir (1994)

    Voudrais qu’on m’enfougère,
    qu’on m’envente, qu’on m’enrose,
    qu’on m’encoquelicotte, qu’on m’enféminise,
    qu’on m’endoucisse , qu’on m’enciélise ….
    Voudrais pas qu’on m’enterre.

    Louis Calaferte – L’homme vivant (1994)

    Louis Calaferte : Prière pour ne pas mourir (1994)

  • Giacomo Leopardi : L’Infinito (L’Infini) (1828)

    Sempre caro mi fu quest’ermo colle,
    E questa siepe, che da tanta parte
    Dell’ultimo orizzonte il guardo esclude.
    Ma sedendo e mirando, interminati
    Spazi di là da quella, e sovrumani
    Silenzi, e profondissima quiete
    Io nel pensier mi fingo; ove per poco
    Il cor non si spaura. E come il vento
    Odo stormir tra queste piante, io quello
    Infinito silenzio a questa voce
    Vo comparando: e mi sovvien l’eterno,
    E le morte stagioni, e la presente
    E viva, e il suon di lei. Così tra questa
    Immensità s’annega il pensier mio:
    E il naufragar m’è dolce in questo mare. »

    Toujours j’aimai cette colline solitaire
    Et cette haie qui refuse au regard
    L’ultime horizon de ce monde.
    Mais, en m’asseyant, je laisse aller mes yeux,
    Je façonne, en esprit, au-delà d’e la haie, des espaces sans finn
    Des silences surhumains, et c’est une quiétude
    Si profonde que pour un peu se troublerait
    Le cœur . Et comme alors j’entends
    Le vent bruire dans ces feuillages, je compare
    Ce silence infini à cette voix,
    Et je me souviens de l’éternel
    Et des saisons mortes, et de celle
    Qui vit encore, de sa rumeur.
    Immensité où sombre ma pensée,
    Et m’abîmer m’est doux en cette mer.

    Giacomo Leopardi – Canti (1818)
    Traduction: Luc Fayard à partir des traductions de Philippe Jaccottet et Yves Bonnefoy

    Giacomo Leopardi : L’Infinito (L’Infini) (1828)

  • Roberto Juarroz : Ce n’est qu’un rectangle (2021)

    Roberto Juarroz : Ce n’est qu’un rectangle (2021)

  • Federico Garcia Loca : Cancioneta (1921) – Chansonnette

    En las orillas del río
    se está bañando la noche,
    y en los pechos de Lolita
    mueren de amor los ramos.

    Mueren de amor los ramos.

    La noche desnuda canta
    por los puentes de marzo.
    Lolita se baña en agua
    de salitre y de nardos.

    Mueren de amor los ramos.

    La noche de anís y plata
    reluce por los tejados.
    Plata de espejos de agua.
    Anís de tus muslos blancos.

    Mueren de amor los ramos.

    Sur les bords de la rivière
    voyez la nuit qui se baigne
    et sur les seins de Lolita
    meurent d’amour les bouquets.

    Meurent d’amour les bouquets.

    La nuit nue chante à voix basse
    sur les ponts du mois de mars.
    Lolita au bain se pare
    dans l’eau saline et le nard.

    Meurent d’amour les bouquets.

    La nuit d’anis et d’argent luit
    sur les toits de la ville.
    Argent des eaux miroitantes.
    Anis de tes cuisses blanches.

    Meurent d’amour les bouquets.

    Federico Garcia Loca : Cancioneta (1921) – Chansonnette

  • Isabelle Triaureau : Mes pas coupaient la nuit

    Mes pas coupaient la nuit, sa riposte fut vive
    Et mon sang rougissait les joints des pavés noirs.
    Des mains en multitude élançaient l’offensive,
    Je tombais à genoux, broyée au laminoir.

    Ma bouche a goût de terre et l’humus térébrant
    S’instillait sous ma peau, redoublant le vivant
    Dans un corps devenu un sauvoir célébrant
    Le règne végétal et l’essor excavant.

    J’enracinais mes doigts, plongeant au plus profond
    Et touchant les flux lents, la vie que rien n’aliène,
    Je nourrissais la glèbe abreuvant les greffons
    D’un vert élan fécond, je suis chlorophyllienne.

    Texte d’Isabelle Triaureau, qui a choisi de l’illustrer par La Saveur des larmes, de René Magritte

    pour en savoir plus sur Isabelle Triaureau

    René Magritte - La Saveur des larmes (1946) - gouache sur papier
    René Magritte – La Saveur des larmes (1946) – gouache sur papier

    Isabelle Triaureau : Mes pas coupaient la nuit

  • Shoko Uemura : Les deux renards (1980)

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  • Laurence Stephen Lowry : Going to the match (1953)

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  • Léo Gausson – La Maison à l’Arbre rouge (1890)

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  • Johan-Barthold Jongkind – Le Port de Rotterdam (1816)

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Une couverture de la Gazette d'Amavero avec des portraits de Nikolaus, un enfant, et de Barbara, une femme âgée, accompagnés de descriptions artistiques.
Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025