Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

1 412 artistes • 758 auteurs
publiés dans Amavero

  • berceau

    dors l’enfant dors
    dors l’enfant d’or
    propre et sanglé dans la blancheur
    rentre ton petit pied sous le plaid
    ferme tes yeux de poupée
    envole-toi dans tes rêves purs
    mais pourquoi veux-tu que je dorme
    tu vois bien j’ai les yeux grands ouverts
    parle-moi plutôt d’un autre monde
    les gens s’aiment-ils chez toi
    les enfants y reçoivent-ils des câlins doux et chauds
    comme ceux de grand-mère quand elle se penche sur moi
    leur raconte-t-on aussi des histoires étranges
    sur les esprits des vallées qui reviennent vous voir
    et que dit-on le soir à la veillée
    dors l’enfant dors
    tu as le temps de grandir
    plus tard tu te diras
    j’étais si bien bébé
    dans mon berceau de bois sculpté
    dors l’enfant d’or
    l’autre monde peut attendre


  • homme d’ombre et d’onde (avant après)

    avant
    j’étais un homme d’ombre et d’onde
    pleurant seul
    ballot d’aube
    et me voici lumière active
    chassant l’inutile
    fuyant les prémices obscures de la mort
    long fut le temps où je cherchais l’indicible
    au-delà de la poussière des jours
    aujourd’hui je cours
    hâté par les battements du coeur
    peuplant le présent d’un corail de pacotille
    futile barrière anti-futur anti-noir anti-tout
    j’étais larve du soir fantôme d’attirance
    et me voici prévisible espérance
    fallait-il hier se fondre
    dans les couleurs neutres
    du feutre automnal
    ou faut-il maintenant
    vibrer bêtement
    sur des fréquences arc-en-ciel
    entre douleur et fureur
    par mon incomplétude structurelle
    plus je suis imparfait plus je m’ancre
    quand je crie mon impuissance
    l’écho de la terre se pare d’infini
    ma solitude est multiple
    mon désespoir infime
    mon avenir sans surprise
    mes mains fabriquent ma tour d’ivoire
    tandis que sèche mon coeur
    je vois une vie sereine
    avec des yeux de comptable
    quand je vivais l’errance
    avec une âme de poète
    la marque du bonheur
    imprime mon sourire
    ma peau est lisse
    comme un bébé
    j’ai perdu mes crevasses
    en même temps que mes cheveux
    je marche droit vers la fin
    avec une force joyeuse et contrôlée
    la route monte de plus en plus
    le soleil me frotte le dos
    il me dessine une ombre gigantesque
    je reste coi
    les oreilles bouchées de certitude
    un jour peut-être
    se marieront mes deux destins
    mon passé d’abondance et d’ébauches
    et mon présent de fer apparent
    ce jour-là gare je serai le roi de la terre
    je n’aurai plus qu’à mourir et comparaître
    alors je dirai à Dieu
    Seigneur, me voici
    pêcheur à occurence multiple
    (vous seriez jaloux d’un saint)
    j’ai cherché et suivi toutes les voies
    qui mènent à vous
    j’ai rêvé et j’ai agi
    j’ai aimé et j’ai créé
    j’ai pleuré et combattu
    j’ai écouté et j’ai dirigé
    j’ai donné et entrainé
    mes rêves me rapprochaient de vous
    mais dans une forme d’inutilité
    mes actes me rendaient insouciant
    mais je perdais le sens du bien
    l’amour m’a comblé
    dans un quotidien douteux
    mes pleurs étaient des gouttes d’insuffisance
    mes combats une vaine agitation
    et quand j’ai voulu emporter d’autres derrière moi
    j’ai souvent quitté les routes de la théorie
    pour un chemin ou tout est discutable
    Seigneur me voici
    que fallait-il faire
    et Dieu de sa voix caverneuse et douce
    me donnerait enfin cette réponse
    que je ne connais pas
    et qu’il faut que j’attende encore
    esclave combattant avec ses deux vies
    homme fatal de la dichotomie
    imparable amant du futur antérieur
    funambule de l’inestimable impossible
    gratteur de racines incomestibles
    chercheur d’ailleurs successifs
    vasectomisé génétique
    du chromosome bonheur


  • belzébuth

    tut tut tut
    la cahutte
    sur la butte
    belzébuth
    prend son luth
    ou sa flûte

    tut tut tut
    belzébuth
    persécute
    mi sol ut
    ça chahute
    c’est son but
    on l’bizute
    mais la brute
    belzébuth
    bête en rut
    a dit zut
    à la pute
    belzébuth
    tout hirsute
    sous sa hutte
    a l’scorbut
    on dit chut
    plus de flute
    ni de luth
    c’est la chute
    la culbute
    plus de lutte
    belzébuth
    sans volute
    parachute
    azimut

  • à petits pas

    elle s’avance à petits pas
    levant vers moi son regard clair
    impératif et fier
    je ne sais ce qui me trouble le plus
    sa rousseur ou ses yeux verts
    quand elle s’étend lentement sur le lit
    elle s’en empare sans lutte
    se lovant d’une manière incroyablement ronde
    prise de possession totale capture
    je ne suis plus que son prisonnier fatal

    dès qu’elle surgit
    tout l’espace lui appartient
    quand elle frotte sa tête contre la mienne
    j’entends son cœur qui ne bat que pour moi

    elle est la grâce et le mystère
    jamais elle ne crie 
    toujours ses yeux parlent pour elle

    quand elle me quitte
    d’une démarche souple et altière
    le temps se fige
    je ne respire plus 
    je n’existe plus pour elle
    je ne survis que pour son retour
    m’occupant sans âme à des tâches incertaines
    la vie n’est qu’une lutte entre désir et spleen

    elle me rend plus aimable et souriant
    telle est sa marque sur le sceau du temps
    partout où elle vit hautaine
    elle se déplace en reine
    sans hâte
    ma chatte


  • cercle infini de l'enfant

    je suis
    la fleur rougissante du soir
    le vent sentimental et dense
    le chevreuil campé dans le noir
    la forêt plantureuse en transe

    je suis
    la pluie marbrée bue goulûment
    le nuage arrondi en pleurs
    le rêve du monde écumant
    la voie de l’ange du bonheur

    je suis
    la vie sauteuse de barrières
    le chuchotement indistinct
    le mot où la pensée se terre
    le silence brutal divin

    je suis
    la friction de dissentiment
    la pierre sur quoi trébucher
    le poisson limpide et gluant
    le lac abyssal encerclé

    je suis
    le buisson de varech errant
    la fourmi peureuse aux aguets
    le papillon virevoltant
    l’herbe consumée par l’été

    je suis plus que chaque élément
    je suis la chaîne reliant

    la fleur butinée par le vent
    le chevreuil dansant en forêt
    la pluie des nuages pleurants
    le rêve d’anges métissés
    la vie qu’on voudrait chuchotée
    le mot pensé plein de silence
    le heurt de la pierre butée
    le poisson du lac d’abondance
    le varech cachant les fourmis
    le papillon herbe de vie

    comme un grand ensemble une roue
    je suis l’enfant qui perçoit tout


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  • Louis Calaferte : Prière pour ne pas mourir (1994)

    Voudrais qu’on m’enfougère,
    qu’on m’envente, qu’on m’enrose,
    qu’on m’encoquelicotte, qu’on m’enféminise,
    qu’on m’endoucisse , qu’on m’enciélise ….
    Voudrais pas qu’on m’enterre.

    Louis Calaferte – L’homme vivant (1994)

    Louis Calaferte : Prière pour ne pas mourir (1994)

  • Giacomo Leopardi : L’Infinito (L’Infini) (1828)

    Sempre caro mi fu quest’ermo colle,
    E questa siepe, che da tanta parte
    Dell’ultimo orizzonte il guardo esclude.
    Ma sedendo e mirando, interminati
    Spazi di là da quella, e sovrumani
    Silenzi, e profondissima quiete
    Io nel pensier mi fingo; ove per poco
    Il cor non si spaura. E come il vento
    Odo stormir tra queste piante, io quello
    Infinito silenzio a questa voce
    Vo comparando: e mi sovvien l’eterno,
    E le morte stagioni, e la presente
    E viva, e il suon di lei. Così tra questa
    Immensità s’annega il pensier mio:
    E il naufragar m’è dolce in questo mare. »

    Toujours j’aimai cette colline solitaire
    Et cette haie qui refuse au regard
    L’ultime horizon de ce monde.
    Mais, en m’asseyant, je laisse aller mes yeux,
    Je façonne, en esprit, au-delà d’e la haie, des espaces sans finn
    Des silences surhumains, et c’est une quiétude
    Si profonde que pour un peu se troublerait
    Le cœur . Et comme alors j’entends
    Le vent bruire dans ces feuillages, je compare
    Ce silence infini à cette voix,
    Et je me souviens de l’éternel
    Et des saisons mortes, et de celle
    Qui vit encore, de sa rumeur.
    Immensité où sombre ma pensée,
    Et m’abîmer m’est doux en cette mer.

    Giacomo Leopardi – Canti (1818)
    Traduction: Luc Fayard à partir des traductions de Philippe Jaccottet et Yves Bonnefoy

    Giacomo Leopardi : L’Infinito (L’Infini) (1828)

  • Roberto Juarroz : Ce n’est qu’un rectangle (2021)

    Roberto Juarroz : Ce n’est qu’un rectangle (2021)

  • Federico Garcia Loca : Cancioneta (1921) – Chansonnette

    En las orillas del río
    se está bañando la noche,
    y en los pechos de Lolita
    mueren de amor los ramos.

    Mueren de amor los ramos.

    La noche desnuda canta
    por los puentes de marzo.
    Lolita se baña en agua
    de salitre y de nardos.

    Mueren de amor los ramos.

    La noche de anís y plata
    reluce por los tejados.
    Plata de espejos de agua.
    Anís de tus muslos blancos.

    Mueren de amor los ramos.

    Sur les bords de la rivière
    voyez la nuit qui se baigne
    et sur les seins de Lolita
    meurent d’amour les bouquets.

    Meurent d’amour les bouquets.

    La nuit nue chante à voix basse
    sur les ponts du mois de mars.
    Lolita au bain se pare
    dans l’eau saline et le nard.

    Meurent d’amour les bouquets.

    La nuit d’anis et d’argent luit
    sur les toits de la ville.
    Argent des eaux miroitantes.
    Anis de tes cuisses blanches.

    Meurent d’amour les bouquets.

    Federico Garcia Loca : Cancioneta (1921) – Chansonnette

  • Isabelle Triaureau : Mes pas coupaient la nuit

    Mes pas coupaient la nuit, sa riposte fut vive
    Et mon sang rougissait les joints des pavés noirs.
    Des mains en multitude élançaient l’offensive,
    Je tombais à genoux, broyée au laminoir.

    Ma bouche a goût de terre et l’humus térébrant
    S’instillait sous ma peau, redoublant le vivant
    Dans un corps devenu un sauvoir célébrant
    Le règne végétal et l’essor excavant.

    J’enracinais mes doigts, plongeant au plus profond
    Et touchant les flux lents, la vie que rien n’aliène,
    Je nourrissais la glèbe abreuvant les greffons
    D’un vert élan fécond, je suis chlorophyllienne.

    Texte d’Isabelle Triaureau, qui a choisi de l’illustrer par La Saveur des larmes, de René Magritte

    pour en savoir plus sur Isabelle Triaureau

    René Magritte - La Saveur des larmes (1946) - gouache sur papier
    René Magritte – La Saveur des larmes (1946) – gouache sur papier

    Isabelle Triaureau : Mes pas coupaient la nuit

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Une couverture de la Gazette d'Amavero avec des portraits de Nikolaus, un enfant, et de Barbara, une femme âgée, accompagnés de descriptions artistiques.
Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025