Blog « Fleureter »
Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.
Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.


ma compagne
à la grâce dénouée
des heures imparfaites
mon envie d’ombre
où se cacher le jour
dans un bois de senteurs
et de chuchotements
mon fanal de brume
ensorcelée
sur un canal lent et droit
au secret chemin de halage
mon horizon magique
de mer et vent mêlés
mon eau de source
rivière et cascade
où s’abreuver
ma musique aux notes saillantes
blanchies par la lumière
à l’aube flottante
d’un sourire salutaire
ma couleur d’outremer
profonde et fière
ma tour du futur cerclée
de nuages débridés
mon infusion de mots
tenaces cris de vérité
sur un cœur de tambour
et de fanfare enguirlandée
mon rire impérieux
dans la tempête
ma voie de règne ensoleillée
par les yeux profonds de l’apnée
mon archange de paix
ma vie
mon éternité
Hommage à Louis Aragon
Texte de Luc Fayard illustré par deux nus peints à 60 ans d’écart : Big Study for Nude, de Tom Wesselmann (1976) et l’illustrissime Nu couché d’Amedeo Modigliani (1917)

Tennessee Williams : We Have Not Long To Love (1956) – Nous n’avons pas longtemps pour aimer
We have not long to love.
Light does not stay.
The tender things are those we fold away.
Coarse fabrics are the ones for common wear.
In silence I have watched you comb your hair.
Intimate the silence, dim and warm.
I could but did not, reach to touch your arm.
I could, but do not, break that which is still.
(Almost the faintest whisper would be shrill.)
So moments pass as though they wished to stay.
We have not long to love.
A night. A day….
Nous n’avons pas longtemps pour aimer.
La lumière ne restera pas.
Les choses tendres sont celles que nous rangeons.
Les tissus grossiers sont ceux du quotidien.
En silence, je t’ai observée peignant tes cheveux.
Un silence intime, tamisé et chaleureux.
J’aurais pu, mais je ne l’ai pas fait, tendre la main pour toucher ton bras.
J’aurais pu, mais je ne l’ai pas fait, rompre l’immobile.
(Le moindre murmure serait strident.)
Ainsi passent les heures comme si elles voulaient rester
Nous n’avons pas longtemps pour aimer.
Une nuit. Un jour…
Tennessee Williams (1911–1983). In the Winter of Cities (Dans l’hiver des villes). 1956 (New Directions Publishing).





Louis Calaferte : Prière pour ne pas mourir (1994)
Voudrais qu’on m’enfougère,
qu’on m’envente, qu’on m’enrose,
qu’on m’encoquelicotte, qu’on m’enféminise,
qu’on m’endoucisse , qu’on m’enciélise ….
Voudrais pas qu’on m’enterre.
Louis Calaferte – L’homme vivant (1994)
