Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

1 414 artistes • 758 auteurs
publiés dans Amavero

  • visage

    Nina Mae Fowler – Paula (Sweet Charity) (2023) – fusain sur papier

    son visage est un paysage
    habillé d’ombre et de lumière
    les joues et le nez le menton
    sont des collines des vallons
    jouant des angles et des ronds

    mais le regard est le feu
    en dedans
    l’incendie fait rage

    et pour la pose
    la bouche si forte
    si bien dessinée
    mutique s’est fermée
    on sait pourtant
    qu’elle aurait pu raconter
    tant d’histoires de tumultes
    les folies des rencontres
    qu’elle a vécues

    mais pour une fois
    c’est décidé
    Paula se tait

    c’est elle
    qu’elle regarde
    fixement
    en silence
    rêvant à la vie
    qu’elle aurait eue
    dans un autre monde
    sans glamour
    ni paillettes

    voilà pourquoi
    ce matin-là
    en noir et blanc
    drapée d’orgueil
    et de tristesse
    sans sourciller
    Paula l’artiste
    laisse venir
    la larme à l’œil

    et le monde se tait
    subjugué

    Texte de Luc Fayard, inspiré par le dessin de Nina Mae Fowler « Paula (Sweet Charity) (2023) » paru en Une de Beaux Arts Magazine de mars 2025. Fusain sur papier mis en scène dans un cadre avec chaînes et perles baroques
    Publié par Amavero avec l’aimable autorisation de l’artiste.

    https://ninamaefowler.art/

    Mise à jour : ce texte et ce dessin sont aussi allés compléter notre petite galerie thématique commentée : « Portraits de femmes« 


  • poupée à roulettes

    Christina Bothwell – Talisman

    une poupée en céramique
    et à roulettes
    cela n’existe pas
    et pourtant me voilà
    fière et mystérieuse
    si fragile
    qu’on me suspend au mur

    les enfants ont juste le droit
    de me contempler
    et de me haïr
    puisque pas touche

    alors regardez-moi
    comme un totem
    je suis le signe
    de la précarité du monde
    j’ai le cœur serré
    les mains moites
    doigts collés par la peur

    un jour en claquant
    une fenêtre s’ouvrira
    le vent entrera
    en tourbillonnant
    et je tomberai par terre
    explosant
    en mille morceaux

    prenant pitié de moi
    une petite fille attendrie
    agenouillée sur le puzzle
    tentera de recoller mon âme
    mission impossible
    je finirai à la poubelle
    et le clou sur le mur rouillera

    pleurez braves gens
    la poupée à roulettes est morte
    et la légèreté du monde aussi

     

    Texte de Luc Fayard inspiré par la sculpture Talisman, de Christina Bothwell (1990) – technique mixte : verre coulé, céramique et objets trouvés

    Voir aussi les œuvres d’art sélectionnées par l’association Amavero: art contemporain dans Galerie d’art contemporain et moderne dans Galerie d’art moderne


  • Théo Van Rysselberghe : Coastal Scene (1892)

    Théo Van Rysselberghe – Coastal Scene (1892)

  • Rudolf Wacker : Deux Têtes (1932)

    Rudolf Wacker – Deux Têtes (1932)

  • William-Evelyn Osborn : Beach at Dusk, St Ives Harbour (1895)

    William-Evelyn Osborn – Beach at Dusk, St Ives Harbour (1895)

     


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    Léon Spilliaert – La couture (1917)

  • Roger Bissière : Composition verte (1961)

    Roger Bissière : Composition verte (1961)

  • Louis Calaferte : Prière pour ne pas mourir (1994)

    Voudrais qu’on m’enfougère,
    qu’on m’envente, qu’on m’enrose,
    qu’on m’encoquelicotte, qu’on m’enféminise,
    qu’on m’endoucisse , qu’on m’enciélise ….
    Voudrais pas qu’on m’enterre.

    Louis Calaferte – L’homme vivant (1994)

    Louis Calaferte : Prière pour ne pas mourir (1994)

  • Giacomo Leopardi : L’Infinito (L’Infini) (1828)

    Sempre caro mi fu quest’ermo colle,
    E questa siepe, che da tanta parte
    Dell’ultimo orizzonte il guardo esclude.
    Ma sedendo e mirando, interminati
    Spazi di là da quella, e sovrumani
    Silenzi, e profondissima quiete
    Io nel pensier mi fingo; ove per poco
    Il cor non si spaura. E come il vento
    Odo stormir tra queste piante, io quello
    Infinito silenzio a questa voce
    Vo comparando: e mi sovvien l’eterno,
    E le morte stagioni, e la presente
    E viva, e il suon di lei. Così tra questa
    Immensità s’annega il pensier mio:
    E il naufragar m’è dolce in questo mare. »

    Toujours j’aimai cette colline solitaire
    Et cette haie qui refuse au regard
    L’ultime horizon de ce monde.
    Mais, en m’asseyant, je laisse aller mes yeux,
    Je façonne, en esprit, au-delà d’e la haie, des espaces sans finn
    Des silences surhumains, et c’est une quiétude
    Si profonde que pour un peu se troublerait
    Le cœur . Et comme alors j’entends
    Le vent bruire dans ces feuillages, je compare
    Ce silence infini à cette voix,
    Et je me souviens de l’éternel
    Et des saisons mortes, et de celle
    Qui vit encore, de sa rumeur.
    Immensité où sombre ma pensée,
    Et m’abîmer m’est doux en cette mer.

    Giacomo Leopardi – Canti (1818)
    Traduction: Luc Fayard à partir des traductions de Philippe Jaccottet et Yves Bonnefoy

    Giacomo Leopardi : L’Infinito (L’Infini) (1828)

  • Roberto Juarroz : Ce n’est qu’un rectangle (2021)

    Roberto Juarroz : Ce n’est qu’un rectangle (2021)

  • Federico Garcia Loca : Cancioneta (1921) – Chansonnette

    En las orillas del río
    se está bañando la noche,
    y en los pechos de Lolita
    mueren de amor los ramos.

    Mueren de amor los ramos.

    La noche desnuda canta
    por los puentes de marzo.
    Lolita se baña en agua
    de salitre y de nardos.

    Mueren de amor los ramos.

    La noche de anís y plata
    reluce por los tejados.
    Plata de espejos de agua.
    Anís de tus muslos blancos.

    Mueren de amor los ramos.

    Sur les bords de la rivière
    voyez la nuit qui se baigne
    et sur les seins de Lolita
    meurent d’amour les bouquets.

    Meurent d’amour les bouquets.

    La nuit nue chante à voix basse
    sur les ponts du mois de mars.
    Lolita au bain se pare
    dans l’eau saline et le nard.

    Meurent d’amour les bouquets.

    La nuit d’anis et d’argent luit
    sur les toits de la ville.
    Argent des eaux miroitantes.
    Anis de tes cuisses blanches.

    Meurent d’amour les bouquets.

    Federico Garcia Loca : Cancioneta (1921) – Chansonnette

  • Isabelle Triaureau : Mes pas coupaient la nuit

    Mes pas coupaient la nuit, sa riposte fut vive
    Et mon sang rougissait les joints des pavés noirs.
    Des mains en multitude élançaient l’offensive,
    Je tombais à genoux, broyée au laminoir.

    Ma bouche a goût de terre et l’humus térébrant
    S’instillait sous ma peau, redoublant le vivant
    Dans un corps devenu un sauvoir célébrant
    Le règne végétal et l’essor excavant.

    J’enracinais mes doigts, plongeant au plus profond
    Et touchant les flux lents, la vie que rien n’aliène,
    Je nourrissais la glèbe abreuvant les greffons
    D’un vert élan fécond, je suis chlorophyllienne.

    Texte d’Isabelle Triaureau, qui a choisi de l’illustrer par La Saveur des larmes, de René Magritte

    pour en savoir plus sur Isabelle Triaureau

    René Magritte - La Saveur des larmes (1946) - gouache sur papier
    René Magritte – La Saveur des larmes (1946) – gouache sur papier

    Isabelle Triaureau : Mes pas coupaient la nuit

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Une couverture de la Gazette d'Amavero avec des portraits de Nikolaus, un enfant, et de Barbara, une femme âgée, accompagnés de descriptions artistiques.
Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025