Vous n’avez réclamé la gloire ni les larmes
Ni l’orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servi simplement de vos armes
La mort n’éblouit pas les yeux des Partisans
Blog « Fleureter »
Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.
Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.
Vous n’avez réclamé la gloire ni les larmes
Ni l’orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servi simplement de vos armes
La mort n’éblouit pas les yeux des Partisans
Je vis, mais c’est hors de moi-même ;
Je vis, mais c’est sans vivre en moi ;
Je vis dans l’objet de ma foi
Que je ne vois pas et que j’aime ;
Triste nuit des longs embarras
Où mon âme est enveloppée,
Si tu n’es bientôt dissipée,
Je me meurs de ne mourir pas.
Le poète religieux et capucin français Martial de Brives (1600-1653). Sur ces paroles de Saint Paul : Cupio dissolvi et esse cum Christo
Mein Leben ist nicht diese steile Stunde,
darin du mich so eilen siehst.
Ich bin ein Baum vor meinem Hintergrunde,
ich bin nur einer meiner vielen Munde
und jener, welcher sich am frühsten schließt.
Ma vie n’est pas cette heure abrupte
vers quoi tu me vois me hâter.
Je suis un arbre devant mon décor,
je ne suis que l’une de mes nombreuses bouches,
et parmi elles celle qui se clôt la première.
Madasela, parlant à son nouveau-né:
– Mon enfant, tu n’as ni nom ni forme. Et c’est pure fantaisie que de t’avoir donné un nom.
Ton corps que voilà, formé des cinq éléments, n’est en vérité pas tien, et tu ne lui appartiens pas…
Pourquoi pleures-tu? Mais peut-être ne pleures-tu pas, et ce qui sort de toi n’est q’un bruit sans signification, fils de Roi.
Dans ton corps résiste un autre toi.
Donc, repoussons la pensée: « Cet enfant est à moi », car elle n’appartient qu’à la chair.
Honte à ceux qui se laissent abuser ainsi!
Tiré de La Voix des Choses, textes recueillis par Marguerite Yourcenar, citant A. Coomarasani.


Louis Calaferte : Prière pour ne pas mourir (1994)
Voudrais qu’on m’enfougère,
qu’on m’envente, qu’on m’enrose,
qu’on m’encoquelicotte, qu’on m’enféminise,
qu’on m’endoucisse , qu’on m’enciélise ….
Voudrais pas qu’on m’enterre.
Louis Calaferte – L’homme vivant (1994)
Giacomo Leopardi : L’Infinito (L’Infini) (1828)
Sempre caro mi fu quest’ermo colle,
E questa siepe, che da tanta parte
Dell’ultimo orizzonte il guardo esclude.
Ma sedendo e mirando, interminati
Spazi di là da quella, e sovrumani
Silenzi, e profondissima quiete
Io nel pensier mi fingo; ove per poco
Il cor non si spaura. E come il vento
Odo stormir tra queste piante, io quello
Infinito silenzio a questa voce
Vo comparando: e mi sovvien l’eterno,
E le morte stagioni, e la presente
E viva, e il suon di lei. Così tra questa
Immensità s’annega il pensier mio:
E il naufragar m’è dolce in questo mare. »
Toujours j’aimai cette colline solitaire
Et cette haie qui refuse au regard
L’ultime horizon de ce monde.
Mais, en m’asseyant, je laisse aller mes yeux,
Je façonne, en esprit, au-delà d’e la haie, des espaces sans finn
Des silences surhumains, et c’est une quiétude
Si profonde que pour un peu se troublerait
Le cœur . Et comme alors j’entends
Le vent bruire dans ces feuillages, je compare
Ce silence infini à cette voix,
Et je me souviens de l’éternel
Et des saisons mortes, et de celle
Qui vit encore, de sa rumeur.
Immensité où sombre ma pensée,
Et m’abîmer m’est doux en cette mer.
Giacomo Leopardi – Canti (1818)
Traduction: Luc Fayard à partir des traductions de Philippe Jaccottet et Yves Bonnefoy

Federico Garcia Loca : Cancioneta (1921) – Chansonnette
En las orillas del río
se está bañando la noche,
y en los pechos de Lolita
mueren de amor los ramos.
Mueren de amor los ramos.
La noche desnuda canta
por los puentes de marzo.
Lolita se baña en agua
de salitre y de nardos.
Mueren de amor los ramos.
La noche de anís y plata
reluce por los tejados.
Plata de espejos de agua.
Anís de tus muslos blancos.
Mueren de amor los ramos.
Sur les bords de la rivière
voyez la nuit qui se baigne
et sur les seins de Lolita
meurent d’amour les bouquets.
Meurent d’amour les bouquets.
La nuit nue chante à voix basse
sur les ponts du mois de mars.
Lolita au bain se pare
dans l’eau saline et le nard.
Meurent d’amour les bouquets.
La nuit d’anis et d’argent luit
sur les toits de la ville.
Argent des eaux miroitantes.
Anis de tes cuisses blanches.
Meurent d’amour les bouquets.
Isabelle Triaureau : Mes pas coupaient la nuit
Mes pas coupaient la nuit, sa riposte fut vive
Et mon sang rougissait les joints des pavés noirs.
Des mains en multitude élançaient l’offensive,
Je tombais à genoux, broyée au laminoir.
Ma bouche a goût de terre et l’humus térébrant
S’instillait sous ma peau, redoublant le vivant
Dans un corps devenu un sauvoir célébrant
Le règne végétal et l’essor excavant.
J’enracinais mes doigts, plongeant au plus profond
Et touchant les flux lents, la vie que rien n’aliène,
Je nourrissais la glèbe abreuvant les greffons
D’un vert élan fécond, je suis chlorophyllienne.
Texte d’Isabelle Triaureau, qui a choisi de l’illustrer par La Saveur des larmes, de René Magritte



