Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.
Marie Deloume – Scène de plage (2017) – peinture sur zinc
large bande de frontière entre terre et eau matière changeante élastique et malléable territoire des errances agité par le vent troublé par la brume filtrant les silhouettes lieu d’existence plurielles à l’écume frisée et de soubresauts du sable créateur qu’importe le temps il y a toujours une épuisette et des corps occupés dès le petit matin infatigable plage comme la vie
Texte de Luc Fayard, inspiré par Scène de plage, de Marie Deloume – 2017 – peinture sur zinc
Tadashi Kawamata – Façade de l’immeuble Galerie Liaigre à Paris (2024) – photo AFP
un beau jour vous trouvez une ruche de chaises ce n’est pas comme les abeilles vous ne pouvez rien en faire pas de jus pas de substance pas de pollen sur le bois juste un vieux goût de cire rien que le craquement du vent dans les barreaux branlants elles sont là inertes brinquebalantes et vous vous dites c’est çà la vie
un beau jour il en eut assez trop de chaises chez lui il commença à les jeter sans regarder par la fenêtre mais elles refusèrent de mourir et s’accrochèrent les unes aux autres jusqu’à former un gros nid de chaises les pompiers essayèrent tous les produits toxiques mais ils n’avaient pas d’extincteur de chaises
un beau jour la chaise reine chauffée par le soleil de la terrasse pondit quelques œufs de chaise qui finirent par éclore dans la lumière du printemps mais une chaise grandit très vite en quelques mois ce fut une colonie qui déborda sur la façade et descendit sur le mur bientôt elle gagnera la rue et se répandra dans la ville
un beau jour il se dit penaud ne restons pas assis s’asseoir est une perte de temps le corps se tasse l’esprit aussi il enleva tous les meubles les tableaux les réveils et même les lits il passa le reste de sa vie debout dans l’espace nu mais heureux
Texte de Luc Fayard, inspiré de la création de l’artiste Tadashi Kawamata sur la façade de l’immeuble de la Galerie Liaigre à Paris (2024) – photo AFP
bien sûr il a fallu que naisse la lumière mais ensuite l’oublier définitivement ne garder que les demi-teintes et surtout les jeux les renvois les non-dits les bégaiements avancer sur le côté balbutiant
laisser l’âme s’émouvoir de l’obscur le cœur du soupçon d’un remous
quand ils fanfaronnent les mots eux-mêmes sont vides les yeux ne parlent que dans le vague le sourire s’embellit de l’énigmatique
contempler les aspérités pour ne pas s’en blesser lancer les perspectives en flèches vers les frondaisons dansantes ne rien croire d’abord tout imaginer écouter le vent quand il trouble la pluie profiter de la fraîcheur entre jour et nuit quand la vie prend le goût d’un grain de sel glissant lentement sur la peau
de l’amour ne retenir que ses frôlements les débuts les bruissements les senteurs de jeunesse les longs silences rapprochés l’attente poignante de la rencontre l’éternité de l’instant
dans la nature et dans l’homme étudier sans cesse le meilleur contraste la ligne de fuite évasive et décidée qui dessine l’arrière-plan
dans les mystères brumeux déformer la silhouette du temps celle des passants et de l’espace suivre les traces des fantômes blancs
et sentir la liberté t’envahir à pas de géant
Hommage à Junichiro Tanizaki
James Abbott McNeill Whistler -Nocturne in Black and Gold – The Falling Rocket (1875)Giorgio di Chirico – Malinconia Torinese (1965)
Texte de Luc Fayard, illustré par Nocturne in Black and Gold – The Falling Rocket, de James Abbott McNeill Whistler et par Mystère et mélancolie d’une rue , de Giorgio di Chirico : à vous de choisir !
si le cercle est brisé vais-je retourner sur mes pas ou bien bâtir une passerelle
si les bouts scindés se relient atteindrai-je mon départ ou bien les traces d’un nouvel envol
si je franchis les traits de couleurs verrai-je le ciel s’éclaircir ou bien la terre sombrer
si la foule se presse en chemin se tiendra-t-on vraiment la main ou bien marcherai-je isolé
si trois notes franchissent la mer entendrai-je une symphonie ou bien le solo du désespoir
si je respire longtemps sentirai-je une forme d’énergie ou bien l’impermanence
dans l’infini du vide le cercle ne dit rien me dit tout je ne suis rien je suis tout
August Macke – Colored Composition -Hommage to Johann-Sebastian Bach (1912)
Texte de Luc Fayard, inspiré par Cercle – Ascèse VIII, 2007- Série: « Silencieuse Coïncidence« , de Fabienne Verdier, à qui j’ai demandé une autorisation de reproduction mais qui ne m’a pas répondu; en attendant , je l’illustre avec Disques de Newton, de Frantisek Kupka (que j’aime aussi beaucoup !). Et puis finalement non! Kupka n’est mort qu’en 1957 si je puis dire (donc moins de 70 ans qui est la durée de prescription en France pour avoir le droit de reproduction). En finale, j’ai choisi Auguste Macke et son tableau de 1912. Ouf Mais si vous connaissez Fabienne Verdier, transmettez-lui ma supplique !
cette plume appartenait à un geai des chênes qui l’a déposée une nuit devant chez moi pour que je la trouve au matin
deux centimètres de haut j’ai failli ne pas la voir depuis que je l’ai prise entre mes mains elle est entrée dans mon âme et ma vie a changé ma vision de la beauté mon symbolisme mon attention aux détails j’ai découvert le minusculement magnifique porteur d’envol et de légèreté de tournoiement aussi
mais il a fallu qu’un petit animal perde un attribut pour que je gagne en émotion
j’espère que cette plume n’est qu’une mue pas l’issue d’un combat un don pas une perte merci à l’oiseau qui m’a offert ce cadeau je lui promets qu’il portera ses fruits désormais mes mots seront ceux de sa liberté
Texte de Luc Fayard inspiré par une plume de geai des chênes trouvée par Z. Voir la version illustrée.
barré par l’envol des oiseaux blancs le trait de lumière décoiffe l’horizon la mer désertée ne vibre plus du vent qui tourmentait le destin des passants
il est temps de partir ailleurs où la peine serait douce à vivre
je marcherai sur les sentiers embrumés respirant le souffle des frondaisons l’âme pleine de tableaux de rêves et de souvenirs aux reliefs embellis
mais la pluie refroidira mon ardeur et le seul bruit de la nuit mon cœur
l’aube verra palpiter la rosée et parvenu au seuil de la maison j’ouvrirai la porte sur l’espace sans fond et la refermerai sur mon ombre passée
Texte de Luc Fayard; voir la version illustrée
partir
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