Detente, sombra de mi bien esquivo,
imagen del hechizo que más quiero,
bella ilusión por quien alegre muero,
dulce ficción por quien penosa vivo.
Si al imán de tus gracias atractivo
sirve mi pecho de obediente acero,
¿para qué me enamoras lisonjero
si has de burlarme luego fugitivo?
Mas blasonar no puedes satisfecho
de que triunfa de mí tu tiranía:
que aunque dejas burlado el lazo
estrecho
que tu forma fantástica ceñía,
poco importa burlar brazos y pecho
si te labra prisión mi fantasía.
Arrête-toi, ombre de mon bien insaisissable,
image du charme que j’aime le plus ;
belle illusion pour qui je meurs heureuse,
douce fiction pour qui je vis douloureuse.
Si, aimant attiré par tant de grâces,
mon cœur se fait acier docile et fidèle,
pourquoi me séduire, flatteur et cruel,
si c’est pour fuir et me trahir sans trace ?
Mais ne crois pas pouvoir te glorifier
du triomphe orgueilleux de ta tyrannie :
même si se rompt le lien resserré
dont ton fantôme entourait ma folie,
qu’importe d’échapper à mes bras blessés,
si ma pensée te retient prisonnière.

Juana Inés de Asbaje y Ramírez de Santillana, ou sœur Juana Inés de la Cruz ou Jeanne-Agnès de la Croix, née le 2 décembre 1648 ou le 12 novembre 1651 à San Miguel Nepantla (Espagne), une localité rattachée par la suite à la municipalité mexicaine de Tepetlixpa et morte le 17 avril 1695 à Mexico (Vice-Royauté de Nouvelle-Espagne), est une religieuse catholique (hiéronymite), poétesse et dramaturge de la Nouvelle-Espagne, considérée comme mexicaine par de nombreux auteurs. Son œuvre poétique figure parmi les plus emblématiques de la langue espagnole. (Wikipedia)

























