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Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.


  • cri

    je voudrais crier
    aucun son ne sort
    comme dans le tableau
    mille fois repeint
    je voudrais pleurer
    mille larmes de mon corps
    mais où sont-elles
    la source est tarie
    je voudrais qu’une femme
    me prenne dans ses bras
    longtemps
    sans rien dire
    en me chantant une berceuse africaine
    je voudrais qu’une brise fraiche
    frissonne le long de mon corps
    de la tête aux pieds
    et qu’à travers moi arc tendu
    elle tombe du ciel
    et retourne à la terre
    je voudrais sourires et bienveillance
    je ne parle même pas d’amour
    ni d’amitié
    juste un regard calme
    posé l’un sur l’autre
    se contempler dans son entier
    sans tout savoir
    pour ne rien craindre
    je voudrais être
    la source des élans
    faire sentir la chaleur
    que je peux insufler
    prends ma main
    sens ma peau
    mon cœur
    je voudrais tout donner de moi
    tout partager
    prends moi
    ne me laisse pas
    sois nourrie
    de mon souffle
    je ne sais pas parler
    tu le vois bien
    pardonne moi
    j’espère le jour où
    tout sera clair
    évident
    le jour où
    j’arrêterai de crier


  • amour (et mer)

    la mer est musclée
    le vent impétueux
    le voilier ne lutte pas
    il se faufile entre deux ondes
    il ne peut vivre ni jouir sans elles
    il peut mourir à cause d’elles

    pour garder le cap final
    il faut corriger la barre à tout moment
    en anticipant les mouvements du bateau
    régler la voilure au plus fin
    un cran de trop et l’on ira moins vite
    parfois tirer des bords
    le chemin le plus direct n’est pas le plus rapide
    et surtout il existe uniquement sur la carte
    dans l’utopie
    rarement dans la vie

    regarder le ciel changeant
    ses nuages insolites
    tapoter le baromètre
    en déduire l’avenir météo
    qui seul décidera de la prochaine escale

    réparer sans cesse ce qui s’abîme et se casse
    remplacer à chaque fois
    par plus fort et plus durable

    la vie à bord est vigilance et bienveillance
    on compte l’un sur l’autre
    un marin seul est un homme mort
    il faut souffrir en silence en espérant le jour qui vient
    le soleil qui se lèvera seul
    dominant la mer
    et qui balaiera tous les doutes
    et les brumes du passé
    la mer et l’amour c’est pareil


  • Breton (André) : C'est aussi le bagne


    C’est aussi le bagne avec ses brèches blondes comme un livre sur les genoux d’une jeune fille
    Tantôt il est fermé et crève de peine future sur les remous d’une mer à pic
    Un long silence a suivi ces meurtres
    L’argent se dessèche sur les rochers
    (suite…)


  • Saint-Exupéry (Antoine de) : C'est une folie d'haïr toutes les roses

    C’est une folie d’haïr toutes les roses parce que une épine vous a piqué, d’abandonner tous les rêves parce que l’un d’entre eux ne s’est pas réalisé, de renoncer à toutes les tentatives parce qu’un ‘a échoué…C ‘est une folie de condamner toutes les amitiés parce qu’une vous a trahi, de ne croire plus en l’amour juste parce qu’un d’entre eux a été infidèle, de jeter toutes les chances d’être heureux juste parce que quelque chose n’est pas allée dans la bonne direction. Il y aura toujours une autre occasion, un autre ami, un autre amour, une force nouvelle. Pour chaque fin il y a toujours un nouveau départ…
    Antoine de Saint-Exupéry, Le petit prince


  • réalité

    je vois mon bureau l’écran la vieille fenêtre et sa vitre sale 
    le trait de zinc impuissant à protéger la terre trempée 
    je vois le buis rigide et fort les plates-bandes décharnées 
    qui renaîtront pourtant une femme intrépide le sait 
    je vois l’herbe vert et marron rase et bosselée 
    la mare immuable désertée par les canards 
    plus loin le saut du loup les champs et les forêts 
    je ne vois personne dans tout ce paysage 
    tapis les oiseaux pleurent les corneilles sont lasses 
    les lapins s’emmitouflent le cul blanc apeuré 
    et les sphères de la terre brassée par les taupes 
    dessinent les toits aériens d’un labyrinthe caché 
    puis je vois le ciel gris et noir qui prend toute la place 
    le jeu des ombres sur la terre embrumée 
    la lumière blanche transperce les nuages 
    c’est bien moi le seul homme de cette vie animée 
    je crée cet univers vibrant de mille souffles mêlés 
    qui entrent en moi pour nourrir ma passion 
    plan après plan tout n’est qu’extension 
    je deviens herbe champ oiseau arbre forêt

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  • Edward-Henry Potthast : At The Seaside (1905)

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  • Maulpoix (Jean) : Adieu

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  • Azzhara : J’écris à jeun

    J’écris à jeûn
    Soif et faim dans tout le corps
    Un lot de remords dans le cœur
    Je bois mes larmes
    Je mange mes pleurs
    J’avale le silence, il glisse dans la gorge sèche
    Du miel silencieux
    Derrière moi, je ressens la présence rassurante et généreuse
    Comme l’odeur du pain chaud qui me couvre
    Je le cherche
    Le froid gris de son absence me gifle
    J’ai mal
    J’ai soif
    J’ai faim
    J’écris à jeun
    Mes pensées troublées
    Ma main tremblante
    Mes ongles rongés
    Mes pieds attachés
    Je veux sentir le manque
    J’écris à jeun

    Azzhara. Nuit intranquille. 2021

    Azzhara : J’écris à jeun

  • Richter (Gerhard) : C’est le besoin de communiquer qui amène à peindre (1962)

    C’est le besoin de communiquer qui amène à peindre et vous pousse vers l’art en général. L’envie de fixer une vision, de maîtriser des manifestations extérieures (auxquelles il faut donner un nom et un sens). Sans elle, ce travail serait absurde, et, comme l’art pour l’art, il ne se justifierait pas.

    Penser que l’art copie la nature est un sinistre malentendu. Car l’art a toujours œuvré contre la nature et pour la raison.

    Chaque mot, chaque trait nous est insufflé par notre époque et par les circonstances. Les liens, les aspirations relèvent du passé et du présent. Il est donc impossible d’agir, de penser arbitrairement et indépendamment d’eux. D’une certaine manière, ceci est réconfortant puisque chaque individu est en quelque sorte entouré, lié par la contemporanéité. Il y aura toujours un possible même dans le pire des malheurs.

    Vouloir rendre visible l’invisible, la chose connue, inconnue ou plausible, et même l’impensable est une revendication, une prétention absurde. Certes, nous pouvons déduire l’invisible, donc présupposer son existence avec une quasi-certitude, mais nous ne sommes pas en mesure de représenter cet invisible par un symbole qui le remplace et qui soit lui aussi invisible.

    Il n’y a aucune raison d’accepter sans réserve ce que la tradition nous a transmis. Rien n’est bien ou mal en soi, sauf dans certaines circonstances et à condition que nous le voulions. Cet état de fait annihile les conventions, les garanties et les inconditionnels et nous oblige, chaque jour, à prendre nos responsabilités et à décider du bien et du mal.

    S’imaginer une chose, se la représenter, fait de nous des hommes L’art, c’est donner du sens, générer du sens au même titre que la quête de Dieu ou la religion. Même sachant que tout sens donné ou tout tableau peint est un simulacre, une illusion, nous ne pouvons y renoncer. Car la foi (penser, réfléchir le présent et l’avenir) est notre trait de caractère essentiel.

    Les moyens de l’art (la manière de représenter une chose, le style, la technique et la chose représentée en soi) sont les conditions néces­saires à l’art tout comme les qualités de l’artiste (mode de vie, capacités, entourage). L’art peut naître autant de l’harmonie que de la contradic­tion avec les conditions qui le génèrent. Il n’est en soi, ni visible ni définissable, seules les conditions qui l’ont généré sont visibles et repro­ductibles ; on a tendance à les confondre avec l’art en soi.

    Dès que l’activité artistique est devenue un « isme », elle cesse d’en être une. Car seul ce qui lutte quotidiennement pour prendre forme et exister, est vivant. (À titre de comparaison : le social est une forme et une méthode juste qui correspond aux conceptions actuelles ; mais si en revanche, il se prétend socialisme, ordre social ou dogme, il renonce à ce qui lui est propre et risque de courir à sa perte.)

    Je ne suis pas venu ici pour fuir le matérialisme. Il règne ici d’une manière plus radicale et plus perfide encore, mais j’ai dû fuir l’idéa­lisme criminel des socialistes.

    La peinture na rien à voir avec la pensée. Quand on peint, la pensée est peinture. La pensée est un langage, un registre qui doit fonctionner avant et après. Einstein ne pensait pas quand il faisait ses calculs, il calculait, chaque équation réagissait à la précédente, tout comme en peignant, une forme répond à une autre et ainsi de suite.

    L’art sert à la socialisation. Il nous relie aux autres et à ce qui nous entoure au sein d’une même conception et d’une même quête.

    Pour moi, l’enjeu n’est jamais l’art, mais uniquement la chose pour laquelle l’art peut être utile.

    Comme il n’existe ni certitude, ni vérité absolue, nous aspirons toujours à une vérité artificielle faisant autorité, donc humaine. Nous avons des jugements de valeur et fabriquons une vérité qui en exclut d’autres. Dans la production de vérité, l’art est la composante qui met en forme.

    Les sciences de la nature ont assurément influencé les arts. Pour l’Aztèque, le coucher du soleil était un événement inintelligible auquel il ne survivait que grâce aux représentations divines. Depuis, ces manifestations évidentes ont trouvé une explication. Mais, au vu de l’immensité de l’inconcevable, de ce qui ne peut être expliqué, l’inex­plicable semble tellement gigantesque, que nous sommes pris de vertige et que les images d’antan éclatent comme des bulles de savon. Songer à l’absolu ineffable (par exemple en regardant le firmament), savoir qu’il est impossible de donner un sens à cette immensité nous touche à tel point que nous ne pouvons survivre qu’en ignorant.

    Aussi curieux que ceci puisse paraître, « ne pas savoir où vont les choses », l’impression de se perdre et d’avoir perdu, est source de foi et d’un immense optimisme, elle n’engendre ni certitude ni sécurité collective. Il faut avoir perdu Dieu pour croire, et l’art pour peindre.

    Richter (Gerhard) : C’est le besoin de communiquer qui amène à peindre (1962)

  • Uguay (Marie) : Tu m’apprends l’âge, mon amour

    Uguay (Marie) : Tu m’apprends l’âge, mon amour

  • Trois espaces

    Trois espaces

  • Elle était là dans le silence pluvieux

    Elle était là dans le silence pluvieux

  • Tu cours dans un espace fini

    Tu cours dans un espace fini
    Blanc fulgurant
    dans un océan de noirceur
    le feu a tout détruit
    mais toi tu portes l’espoir
    Franchiras-tu les limites
    de ce monde sinistre ?
    Détache-toi
    Envole-toi
    Brise le carcan
    Terrasse l’ombre
    et jette le fantôme
    qui veut t’enfermer

    Texte et calligramme de Baronne, inspiré par John Caple(2000) ;

    Tu cours dans un espace fini

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Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025