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Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.


  • paysage giflant

    je ne savais rien de ce paysage giflant
    était-il beau ou laid
    pourtant 
    au premier coup d’œil 
    je stoppais ma marche 
    subjugué
    les odeurs l’éclairage les froufrous
    tout submergeait mes sens en éveil

    ensorcelé par ce lieu 
    j’y reviendrai souvent
    mes promenades avaient un but 
    désormais

    bien plus tard 
    j’apprendrai à le connaître
    à reconnaître 

    chaque détail
    l’inclinaison des frondaisons
    sensible aux saisons
    les couleurs insolentes 
    des lumières tamisées
    les courbes fruitées 
    des petites sentes
    et plus je le connaitrai
    plus je conforterai 
    mon besoin de lui

    mais il ne changera pas 
    son impact sur moi
    pas plus que je ne corrigerai 
    mon regard sur lui
    dès le début
    il fit partie de moi

    fulgurance de l’esthétique


  • Jaccottet (Philippe) : Toute fleur n’est que la nuit

    Toute fleur n’est que la nuit
    qui feint de s’être rapprochée

    Mais là d’où son parfum s’élève
    je ne puis espérer enrer
    c’est pourquoi tant il me trouble
    et me fait longtemps veiller
    devant cette porte fermée

    Toute couleur, toute vie
    naît d’où le regard s’arrête


    Ce monde n’est que la crête
    d’un invisible incendie

    Philippe Jaccottet. Airs. Oiseaux, fleurs et fruits. Poésie 1946-1967


  • décor fendu

    sur un bleu frissonnant de murmures
    figurines ridées penchées vers l’avant
    cheminant côte à côte lentement
    les vieilles femmes longent les murs
    les reptiles s’interrogent et s’évadent
    de la pierre rose mal taillée

    les frondaisons épaulées
    se dressent contre l’histoire
    les caresses anciennes restent vives
    qui peut les oublier

    les lignes de fuite se croisent
    comme des destins
    griffant des ronds incertains
    de lumière d’ombre et d’ardoise

    le décor s’est fendu
    il faut tendre la main
    vers l’invisible le nu le silence

    la vie est un tamis sans pépites
    ni archanges
    rien que des grésillements
    creuset mêlant
    des visages qu’on n’oublie pas d‘hier
    des palmiers de nostalgie plein le cœur
    la cloche égrenant un air dur et fier
    le décalage en harmonie couleurs

    animal maladroit
    on saute de pierre en pierre
    jusqu’à l’horizon
    alors qu’on se voudrait poisson
    fluide et optimiste
    plongeant dans les cercles infinis
    de la mousse à l’abîme

    on susurre de tout petits mots
    fragiles mal choisis
    alors qu’on désire l’embrassade
    les cris la folie
    l’accolade

    sur la table jaune et lisse
    la dame du flamenco prend la pose
    là-bas le bois attend d’être coupé
    là-haut le vieux nid se défait en bribes

    le temps ne s’arrête pas il se démultiplie
    en d’interminables pauses
    à chaque moment son sujet

    dans la cour le vieux banc rouillé
    parle avec le vieux banc de pierre
    des moments de marbre et de fer
    chacun se souvient du passé
    chaque tache conte une histoire
    pleine d’orage et de tendresse

    on sent l’amour et la tristesse
    flotter sous la surface noire
    sous celle de mon cœur aussi


  • six haïkus du vent et de la nuit

    le vent dans les feuilles
    les ombres dans son regard
    la nuit m’émerveille

    elle m’a souri
    en éclairant mon esprit 
    à travers la brume

    cette eau qui frissonne 
    je n’en aperçois que l’onde
    sans rien en dessous

    la vie est filandre
    le coeur araignée aveugle
    l’amour pris en toile

    la mare est de glace
    le givre et le gris s’installent
    où sont les lueurs

    se plaindre qu’il pleut
    autant refuser de vivre
    la vie goutte à goutte


  • Girardot (Corinne) : Le dompteur de lumière – Alain Spriet

    Quel meilleur support que infotekart pour évoquer la génèse d’un ouvrage qui donne à voir des oeuvres photographiques singulières, résultat de la capture d’un rai de lumière au travers d’un infiniment petit cristal incolore.

    Non, Alain Spriet n’est pas un savant huluberlu qui bricole des molécules dans un sombre laboratoire mais un scientifique émérite, grand voyageur et poète.
    Son univers professionnel est fait de formules, il parle substrat, excipient, dosage, et jongle avec les nomenclatures, les réglementations, et les normes. Mais, il a une passion, depuis son plus jeune âge, le minuscule, le petit, l’infiniment petit même…. 

    De la loupe, il est passé au microscope sous lequel se révèle un monde insoupçonné de couleurs et formes. Le grain de sable ordinaire se transforme alors en pierre précieuse !
    Non content d’ausculter ce qu’il trouve de plus petit, il se met à le « cultiver ». A partir des produits du quotidien, il concentre, assèche, évapore et fait naître des cristaux. Son jardin est constitué de dizaines puis centaines de lames de verres sur lesquelles des choses informes, à peine visibles, blanches, grisâtres, sans intérêt visible dorment tranquillement.

    Enfin, elles dorment jusqu’à ce que le photographe les place sous son objectif ! et là, se révèle un trésor de couleurs en fonction de l’orientation de la lumière et des conditions d’éclairage. Mais le tableau n’est pas toujours à la hauteur des ambitions de l’artiste !
    Alors le peintre de la lumière cristalline se donne les moyens de passer des heures à orienter le faisceau pour que chaque cristal soit sublimé par un jeu de filtres, une intensité lumineuse et une orientation qui donne, enfin, à voir un tableau, construit, où l’oeil du photographe trouve l’aboutissement de sa recherche. 

    Alain Spriet a conçu le dispositif qui lui permet de faire de la cristographie une réalité. La fusion de la cristallisation et de la photographie ne consiste pas à photographier un cristal mais bien à explorer les cristaux et les transformer en passeur de couleurs sur l’objectif du photographe.
    Durant des années, de l’aspirine au vinaigre en passant par l’albumine ou l’hydroxylamine, il cristallise puis part en exploration dans son univers de l’ultra petit. Il revient de ses voyages chargé de clichés dont il extrait des évocations de masques, de végétaux imaginaires, de ciels improbables, d’animaux fantastiques. Il construit une œuvre, son œuvre. 

    Il était une fois un faiseur de livres 

    Un autre photographe voyageur croise un jour le parcours d’Alain Spriet. Philippe Fouchard a su capter la réalité du regard humain, du bout du monde et du bout de la rue. 

    Mais ce photographe là sait faire des livres, des beaux livres, avec des morceaux de vie dedans, des artisans autour et des belles matières pour donner une consistance à tout ça.  L’éditeur et l’artiste nous embarquent dans l’aventure pour que l’oeuvre de l’un nourrisse la créativité de l’autre.
    Il n’y a plus d’aspirine ou de vinaigre, il n’y a plus de technologie, il n’y a plus que la lumière, la couleur, la proposition de l’artiste et un objet sensuel qui nous laissent pensifs ou inspirés selon nos humeurs.
    On peut les aider à concrétiser ce projet en participant à la campagne sur kickstarter. Alors, embarquez pour l’ultra monde de l’ultra petit ! 

    https://www.kickstarter.com/projects/alainspriet/cristographies-les-photos-de-lultra-monde-de-lultra-petit

     _____________ 

    Merci à Luc Fayard de permettre la publication sur son blog.

    Texte de Corinne Girardot


Dernières publications d’art et de poésie

  • Edward-Henry Potthast : At The Seaside (1905)

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  • Maulpoix (Jean) : Adieu

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  • Azzhara : J’écris à jeun

    J’écris à jeûn
    Soif et faim dans tout le corps
    Un lot de remords dans le cœur
    Je bois mes larmes
    Je mange mes pleurs
    J’avale le silence, il glisse dans la gorge sèche
    Du miel silencieux
    Derrière moi, je ressens la présence rassurante et généreuse
    Comme l’odeur du pain chaud qui me couvre
    Je le cherche
    Le froid gris de son absence me gifle
    J’ai mal
    J’ai soif
    J’ai faim
    J’écris à jeun
    Mes pensées troublées
    Ma main tremblante
    Mes ongles rongés
    Mes pieds attachés
    Je veux sentir le manque
    J’écris à jeun

    Azzhara. Nuit intranquille. 2021

    Azzhara : J’écris à jeun

  • Richter (Gerhard) : C’est le besoin de communiquer qui amène à peindre (1962)

    C’est le besoin de communiquer qui amène à peindre et vous pousse vers l’art en général. L’envie de fixer une vision, de maîtriser des manifestations extérieures (auxquelles il faut donner un nom et un sens). Sans elle, ce travail serait absurde, et, comme l’art pour l’art, il ne se justifierait pas.

    Penser que l’art copie la nature est un sinistre malentendu. Car l’art a toujours œuvré contre la nature et pour la raison.

    Chaque mot, chaque trait nous est insufflé par notre époque et par les circonstances. Les liens, les aspirations relèvent du passé et du présent. Il est donc impossible d’agir, de penser arbitrairement et indépendamment d’eux. D’une certaine manière, ceci est réconfortant puisque chaque individu est en quelque sorte entouré, lié par la contemporanéité. Il y aura toujours un possible même dans le pire des malheurs.

    Vouloir rendre visible l’invisible, la chose connue, inconnue ou plausible, et même l’impensable est une revendication, une prétention absurde. Certes, nous pouvons déduire l’invisible, donc présupposer son existence avec une quasi-certitude, mais nous ne sommes pas en mesure de représenter cet invisible par un symbole qui le remplace et qui soit lui aussi invisible.

    Il n’y a aucune raison d’accepter sans réserve ce que la tradition nous a transmis. Rien n’est bien ou mal en soi, sauf dans certaines circonstances et à condition que nous le voulions. Cet état de fait annihile les conventions, les garanties et les inconditionnels et nous oblige, chaque jour, à prendre nos responsabilités et à décider du bien et du mal.

    S’imaginer une chose, se la représenter, fait de nous des hommes L’art, c’est donner du sens, générer du sens au même titre que la quête de Dieu ou la religion. Même sachant que tout sens donné ou tout tableau peint est un simulacre, une illusion, nous ne pouvons y renoncer. Car la foi (penser, réfléchir le présent et l’avenir) est notre trait de caractère essentiel.

    Les moyens de l’art (la manière de représenter une chose, le style, la technique et la chose représentée en soi) sont les conditions néces­saires à l’art tout comme les qualités de l’artiste (mode de vie, capacités, entourage). L’art peut naître autant de l’harmonie que de la contradic­tion avec les conditions qui le génèrent. Il n’est en soi, ni visible ni définissable, seules les conditions qui l’ont généré sont visibles et repro­ductibles ; on a tendance à les confondre avec l’art en soi.

    Dès que l’activité artistique est devenue un « isme », elle cesse d’en être une. Car seul ce qui lutte quotidiennement pour prendre forme et exister, est vivant. (À titre de comparaison : le social est une forme et une méthode juste qui correspond aux conceptions actuelles ; mais si en revanche, il se prétend socialisme, ordre social ou dogme, il renonce à ce qui lui est propre et risque de courir à sa perte.)

    Je ne suis pas venu ici pour fuir le matérialisme. Il règne ici d’une manière plus radicale et plus perfide encore, mais j’ai dû fuir l’idéa­lisme criminel des socialistes.

    La peinture na rien à voir avec la pensée. Quand on peint, la pensée est peinture. La pensée est un langage, un registre qui doit fonctionner avant et après. Einstein ne pensait pas quand il faisait ses calculs, il calculait, chaque équation réagissait à la précédente, tout comme en peignant, une forme répond à une autre et ainsi de suite.

    L’art sert à la socialisation. Il nous relie aux autres et à ce qui nous entoure au sein d’une même conception et d’une même quête.

    Pour moi, l’enjeu n’est jamais l’art, mais uniquement la chose pour laquelle l’art peut être utile.

    Comme il n’existe ni certitude, ni vérité absolue, nous aspirons toujours à une vérité artificielle faisant autorité, donc humaine. Nous avons des jugements de valeur et fabriquons une vérité qui en exclut d’autres. Dans la production de vérité, l’art est la composante qui met en forme.

    Les sciences de la nature ont assurément influencé les arts. Pour l’Aztèque, le coucher du soleil était un événement inintelligible auquel il ne survivait que grâce aux représentations divines. Depuis, ces manifestations évidentes ont trouvé une explication. Mais, au vu de l’immensité de l’inconcevable, de ce qui ne peut être expliqué, l’inex­plicable semble tellement gigantesque, que nous sommes pris de vertige et que les images d’antan éclatent comme des bulles de savon. Songer à l’absolu ineffable (par exemple en regardant le firmament), savoir qu’il est impossible de donner un sens à cette immensité nous touche à tel point que nous ne pouvons survivre qu’en ignorant.

    Aussi curieux que ceci puisse paraître, « ne pas savoir où vont les choses », l’impression de se perdre et d’avoir perdu, est source de foi et d’un immense optimisme, elle n’engendre ni certitude ni sécurité collective. Il faut avoir perdu Dieu pour croire, et l’art pour peindre.

    Richter (Gerhard) : C’est le besoin de communiquer qui amène à peindre (1962)

  • Uguay (Marie) : Tu m’apprends l’âge, mon amour

    Uguay (Marie) : Tu m’apprends l’âge, mon amour

  • Trois espaces

    Trois espaces

  • Elle était là dans le silence pluvieux

    Elle était là dans le silence pluvieux

  • Tu cours dans un espace fini

    Tu cours dans un espace fini
    Blanc fulgurant
    dans un océan de noirceur
    le feu a tout détruit
    mais toi tu portes l’espoir
    Franchiras-tu les limites
    de ce monde sinistre ?
    Détache-toi
    Envole-toi
    Brise le carcan
    Terrasse l’ombre
    et jette le fantôme
    qui veut t’enfermer

    Texte et calligramme de Baronne, inspiré par John Caple(2000) ;

    Tu cours dans un espace fini

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Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025