1 382 artistes • 745 auteurs
publiés dans Amavero

Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.


  • j'aime la musique qui chante

    j’aime la musique qui chante
    sans les piaillements d’un saxo courant après les notes
    j’aime l’harmonie horizontale qui raconte une histoire
    sans la fureur verticale qui plaque des accords impossibles
    j’aime le silence l’introduction l’espoir
    au piano je n’aime pas les mains qui s’entrechoquent
    j’aime la main gauche qui épaule la main droite
    qui lui permet de chanter
    j’aime la note qui dure un peu plus longtemps que prévu
    suspendue dans cette attente où tout s’imagine
    j’aime la musique qui permet de créer sa musique
    comme un tableau commencé par l’artiste qu’on pourrait poursuivre
    une palette de couleurs à compléter en ouvrant les mains
    j’aime quand le souvenir s’incruste
    quand la vibration s’accorde à l’âme
    une fréquence inconnue dans les livres
    j’aime la sublime guitare
    quand elle offre chaque note
    ciselée comme une œuvre d’art
    et la mélodie qui se déploie comme une symphonie


  • berceau

    dors l’enfant dors
    dors l’enfant d’or
    propre et sanglé dans la blancheur
    rentre ton petit pied sous le plaid
    ferme tes yeux de poupée
    envole-toi dans tes rêves purs
    mais pourquoi veux-tu que je dorme
    tu vois bien j’ai les yeux grands ouverts
    parle-moi plutôt d’un autre monde
    les gens s’aiment-ils chez toi
    les enfants y reçoivent-ils des câlins doux et chauds
    comme ceux de grand-mère quand elle se penche sur moi
    leur raconte-t-on aussi des histoires étranges
    sur les esprits des vallées qui reviennent vous voir
    et que dit-on le soir à la veillée
    dors l’enfant dors
    tu as le temps de grandir
    plus tard tu te diras
    j’étais si bien bébé
    dans mon berceau de bois sculpté
    dors l’enfant d’or
    l’autre monde peut attendre


  • homme d’ombre et d’onde (avant après)

    avant
    j’étais un homme d’ombre et d’onde
    pleurant seul
    ballot d’aube
    et me voici lumière active
    chassant l’inutile
    fuyant les prémices obscures de la mort
    long fut le temps où je cherchais l’indicible
    au-delà de la poussière des jours
    aujourd’hui je cours
    hâté par les battements du coeur
    peuplant le présent d’un corail de pacotille
    futile barrière anti-futur anti-noir anti-tout
    j’étais larve du soir fantôme d’attirance
    et me voici prévisible espérance
    fallait-il hier se fondre
    dans les couleurs neutres
    du feutre automnal
    ou faut-il maintenant
    vibrer bêtement
    sur des fréquences arc-en-ciel
    entre douleur et fureur
    par mon incomplétude structurelle
    plus je suis imparfait plus je m’ancre
    quand je crie mon impuissance
    l’écho de la terre se pare d’infini
    ma solitude est multiple
    mon désespoir infime
    mon avenir sans surprise
    mes mains fabriquent ma tour d’ivoire
    tandis que sèche mon coeur
    je vois une vie sereine
    avec des yeux de comptable
    quand je vivais l’errance
    avec une âme de poète
    la marque du bonheur
    imprime mon sourire
    ma peau est lisse
    comme un bébé
    j’ai perdu mes crevasses
    en même temps que mes cheveux
    je marche droit vers la fin
    avec une force joyeuse et contrôlée
    la route monte de plus en plus
    le soleil me frotte le dos
    il me dessine une ombre gigantesque
    je reste coi
    les oreilles bouchées de certitude
    un jour peut-être
    se marieront mes deux destins
    mon passé d’abondance et d’ébauches
    et mon présent de fer apparent
    ce jour-là gare je serai le roi de la terre
    je n’aurai plus qu’à mourir et comparaître
    alors je dirai à Dieu
    Seigneur, me voici
    pêcheur à occurence multiple
    (vous seriez jaloux d’un saint)
    j’ai cherché et suivi toutes les voies
    qui mènent à vous
    j’ai rêvé et j’ai agi
    j’ai aimé et j’ai créé
    j’ai pleuré et combattu
    j’ai écouté et j’ai dirigé
    j’ai donné et entrainé
    mes rêves me rapprochaient de vous
    mais dans une forme d’inutilité
    mes actes me rendaient insouciant
    mais je perdais le sens du bien
    l’amour m’a comblé
    dans un quotidien douteux
    mes pleurs étaient des gouttes d’insuffisance
    mes combats une vaine agitation
    et quand j’ai voulu emporter d’autres derrière moi
    j’ai souvent quitté les routes de la théorie
    pour un chemin ou tout est discutable
    Seigneur me voici
    que fallait-il faire
    et Dieu de sa voix caverneuse et douce
    me donnerait enfin cette réponse
    que je ne connais pas
    et qu’il faut que j’attende encore
    esclave combattant avec ses deux vies
    homme fatal de la dichotomie
    imparable amant du futur antérieur
    funambule de l’inestimable impossible
    gratteur de racines incomestibles
    chercheur d’ailleurs successifs
    vasectomisé génétique
    du chromosome bonheur


  • belzébuth

    tut tut tut
    la cahutte
    sur la butte
    belzébuth
    prend son luth
    ou sa flûte

    tut tut tut
    belzébuth
    persécute
    mi sol ut
    ça chahute
    c’est son but
    on l’bizute
    mais la brute
    belzébuth
    bête en rut
    a dit zut
    à la pute
    belzébuth
    tout hirsute
    sous sa hutte
    a l’scorbut
    on dit chut
    plus de flute
    ni de luth
    c’est la chute
    la culbute
    plus de lutte
    belzébuth
    sans volute
    parachute
    azimut

  • à petits pas

    elle s’avance à petits pas
    levant vers moi son regard clair
    impératif et fier
    je ne sais ce qui me trouble le plus
    sa rousseur ou ses yeux verts
    quand elle s’étend lentement sur le lit
    elle s’en empare sans lutte
    se lovant d’une manière incroyablement ronde
    prise de possession totale capture
    je ne suis plus que son prisonnier fatal

    dès qu’elle surgit
    tout l’espace lui appartient
    quand elle frotte sa tête contre la mienne
    j’entends son cœur qui ne bat que pour moi

    elle est la grâce et le mystère
    jamais elle ne crie 
    toujours ses yeux parlent pour elle

    quand elle me quitte
    d’une démarche souple et altière
    le temps se fige
    je ne respire plus 
    je n’existe plus pour elle
    je ne survis que pour son retour
    m’occupant sans âme à des tâches incertaines
    la vie n’est qu’une lutte entre désir et spleen

    elle me rend plus aimable et souriant
    telle est sa marque sur le sceau du temps
    partout où elle vit hautaine
    elle se déplace en reine
    sans hâte
    ma chatte


Dernières publications d’art et de poésie

  • Edward-Henry Potthast : At The Seaside (1905)

    Edward-Henry Potthast : At The Seaside (1905)

  • Jean-Baptiste-Siméon Chardin : Le Gobelet d’argent (1768)

    Jean-Baptiste-Siméon Chardin : Le Gobelet d’argent (1768)

  • Maulpoix (Jean) : Adieu

    Maulpoix (Jean) : Adieu

  • Azzhara : J’écris à jeun

    J’écris à jeûn
    Soif et faim dans tout le corps
    Un lot de remords dans le cœur
    Je bois mes larmes
    Je mange mes pleurs
    J’avale le silence, il glisse dans la gorge sèche
    Du miel silencieux
    Derrière moi, je ressens la présence rassurante et généreuse
    Comme l’odeur du pain chaud qui me couvre
    Je le cherche
    Le froid gris de son absence me gifle
    J’ai mal
    J’ai soif
    J’ai faim
    J’écris à jeun
    Mes pensées troublées
    Ma main tremblante
    Mes ongles rongés
    Mes pieds attachés
    Je veux sentir le manque
    J’écris à jeun

    Azzhara. Nuit intranquille. 2021

    Azzhara : J’écris à jeun

  • Richter (Gerhard) : C’est le besoin de communiquer qui amène à peindre (1962)

    C’est le besoin de communiquer qui amène à peindre et vous pousse vers l’art en général. L’envie de fixer une vision, de maîtriser des manifestations extérieures (auxquelles il faut donner un nom et un sens). Sans elle, ce travail serait absurde, et, comme l’art pour l’art, il ne se justifierait pas.

    Penser que l’art copie la nature est un sinistre malentendu. Car l’art a toujours œuvré contre la nature et pour la raison.

    Chaque mot, chaque trait nous est insufflé par notre époque et par les circonstances. Les liens, les aspirations relèvent du passé et du présent. Il est donc impossible d’agir, de penser arbitrairement et indépendamment d’eux. D’une certaine manière, ceci est réconfortant puisque chaque individu est en quelque sorte entouré, lié par la contemporanéité. Il y aura toujours un possible même dans le pire des malheurs.

    Vouloir rendre visible l’invisible, la chose connue, inconnue ou plausible, et même l’impensable est une revendication, une prétention absurde. Certes, nous pouvons déduire l’invisible, donc présupposer son existence avec une quasi-certitude, mais nous ne sommes pas en mesure de représenter cet invisible par un symbole qui le remplace et qui soit lui aussi invisible.

    Il n’y a aucune raison d’accepter sans réserve ce que la tradition nous a transmis. Rien n’est bien ou mal en soi, sauf dans certaines circonstances et à condition que nous le voulions. Cet état de fait annihile les conventions, les garanties et les inconditionnels et nous oblige, chaque jour, à prendre nos responsabilités et à décider du bien et du mal.

    S’imaginer une chose, se la représenter, fait de nous des hommes L’art, c’est donner du sens, générer du sens au même titre que la quête de Dieu ou la religion. Même sachant que tout sens donné ou tout tableau peint est un simulacre, une illusion, nous ne pouvons y renoncer. Car la foi (penser, réfléchir le présent et l’avenir) est notre trait de caractère essentiel.

    Les moyens de l’art (la manière de représenter une chose, le style, la technique et la chose représentée en soi) sont les conditions néces­saires à l’art tout comme les qualités de l’artiste (mode de vie, capacités, entourage). L’art peut naître autant de l’harmonie que de la contradic­tion avec les conditions qui le génèrent. Il n’est en soi, ni visible ni définissable, seules les conditions qui l’ont généré sont visibles et repro­ductibles ; on a tendance à les confondre avec l’art en soi.

    Dès que l’activité artistique est devenue un « isme », elle cesse d’en être une. Car seul ce qui lutte quotidiennement pour prendre forme et exister, est vivant. (À titre de comparaison : le social est une forme et une méthode juste qui correspond aux conceptions actuelles ; mais si en revanche, il se prétend socialisme, ordre social ou dogme, il renonce à ce qui lui est propre et risque de courir à sa perte.)

    Je ne suis pas venu ici pour fuir le matérialisme. Il règne ici d’une manière plus radicale et plus perfide encore, mais j’ai dû fuir l’idéa­lisme criminel des socialistes.

    La peinture na rien à voir avec la pensée. Quand on peint, la pensée est peinture. La pensée est un langage, un registre qui doit fonctionner avant et après. Einstein ne pensait pas quand il faisait ses calculs, il calculait, chaque équation réagissait à la précédente, tout comme en peignant, une forme répond à une autre et ainsi de suite.

    L’art sert à la socialisation. Il nous relie aux autres et à ce qui nous entoure au sein d’une même conception et d’une même quête.

    Pour moi, l’enjeu n’est jamais l’art, mais uniquement la chose pour laquelle l’art peut être utile.

    Comme il n’existe ni certitude, ni vérité absolue, nous aspirons toujours à une vérité artificielle faisant autorité, donc humaine. Nous avons des jugements de valeur et fabriquons une vérité qui en exclut d’autres. Dans la production de vérité, l’art est la composante qui met en forme.

    Les sciences de la nature ont assurément influencé les arts. Pour l’Aztèque, le coucher du soleil était un événement inintelligible auquel il ne survivait que grâce aux représentations divines. Depuis, ces manifestations évidentes ont trouvé une explication. Mais, au vu de l’immensité de l’inconcevable, de ce qui ne peut être expliqué, l’inex­plicable semble tellement gigantesque, que nous sommes pris de vertige et que les images d’antan éclatent comme des bulles de savon. Songer à l’absolu ineffable (par exemple en regardant le firmament), savoir qu’il est impossible de donner un sens à cette immensité nous touche à tel point que nous ne pouvons survivre qu’en ignorant.

    Aussi curieux que ceci puisse paraître, « ne pas savoir où vont les choses », l’impression de se perdre et d’avoir perdu, est source de foi et d’un immense optimisme, elle n’engendre ni certitude ni sécurité collective. Il faut avoir perdu Dieu pour croire, et l’art pour peindre.

    Richter (Gerhard) : C’est le besoin de communiquer qui amène à peindre (1962)

  • Uguay (Marie) : Tu m’apprends l’âge, mon amour

    Uguay (Marie) : Tu m’apprends l’âge, mon amour

  • Trois espaces

    Trois espaces

  • Elle était là dans le silence pluvieux

    Elle était là dans le silence pluvieux

  • Tu cours dans un espace fini

    Tu cours dans un espace fini
    Blanc fulgurant
    dans un océan de noirceur
    le feu a tout détruit
    mais toi tu portes l’espoir
    Franchiras-tu les limites
    de ce monde sinistre ?
    Détache-toi
    Envole-toi
    Brise le carcan
    Terrasse l’ombre
    et jette le fantôme
    qui veut t’enfermer

    Texte et calligramme de Baronne, inspiré par John Caple(2000) ;

    Tu cours dans un espace fini

Abonnez-vous à
La Gazette d’Amavero
Entrez votre email
et vous recevrez notre newsletter
un lundi sur deux :
100% bénévole, gratuit,
sans pub, ni spam, ni traqueurs

← Retour

Votre adresse email a été envoyée

Merci pour votre abonnement au site Amavero et à ses poèmes !

Une couverture de la Gazette d'Amavero avec des portraits de Nikolaus, un enfant, et de Barbara, une femme âgée, accompagnés de descriptions artistiques.
Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025