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Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.


  • dehors dedans

    dehors
    bleu blanc vert
    couleurs prégnantes
    avions filant
    vers leur destin
    joyeux cris d’enfants
    montant de la vallée
    les oiseaux discutent
    revenus de loin
    sans me dérider

    dedans
    rien ne sourit
    mes sens reliés au monde
    ne m’y ont pas attaché
    je ne saurais jamais
    qui je suis
    spectateur de ma vie
    toujours en attente
    de quoi


  • d'abord le vent

    ici 

    on vit 

    on sent 
    différemment

    d’abord le vent incessant
    pénètre les pores
    cure de désintox
    massage brutal et caressant

    puis le soleil impérial
    se heurte aux nuages 
    les couleurs claires de la mer
    mordent les palmiers
    au pied des mornes rouges

    l’accent met en relief le sourire
    de gens calmes et lents
    le pélican brusque plongeur 
    repart lourd et décidé 
    l’iguane d’un autre temps 
    s’arque sur la pierre grise

    les taches de fleurs nonchalantes
    se penchent vers vous
    comme pour vous dire
    respirez calmement
    revivez 
    oubliez le temps
    laissez parler les sens 
    renaissance


  • éternelle universalité de la douleur

    quand leurs maris sont partis
    il y a des siècles semble-t-il
    les deux femmes bouddhistes
    sont entrées au temple de Gandan
    chaussées de leurs bottes mongoles
    elles y sont restées

    leurs doigts égrenant le temps
    sur de longs chapelets ridés

    les jours de marché
    assises là dans ce recoin
    toujours le même
    recroquevillées
    sur les marches du temple
    aussi usées qu’elles
    elles parlent à mi-voix
    des gens qui passent 

    avec le temps
    comme s’ils avaient de l’importance
    et ils doivent en avoir
    puisqu’elles sont encore là pour en parler

    chaque fois qu’elles se retrouvent
    la conversation reprend
    à l’endroit exact où elle s’était arrêtée
    elles commentent de minuscules épisodes
    le fil de la vie se déroule
    c’est le tout qui forme le monde
    tout se raconte
    plus rien ne les surprend
    mais tout les intéresse
    surtout les choses du dedans
    car leurs yeux plissés de compassion
    sont tournés vers les âmes qui souffrent
    les sans voix les solitaires les épleurées
    celles qui subissent en silence
    l’éternelle universalité de la douleur


  • cicatrice d'amour

    la cicatrice d’amour
    a le regard fulgurant
    d’un vif éclair de soleil
    zébrant le ciel bleu et lourd

    sur sa peau les souvenirs
    s’égrènent avec le cœur
    entêtés ils apparient
    les sourires et les pleurs

    alors tous les sens s’éveillent
    les odeurs mêlées aux sons
    les parfums le long du corps
    et les vibrations du temps

    là d’une branche invisible
    un oiseau s’orne de trilles
    secouant de toutes plumes
    la vitalité de l’air

    chaque fois qu’un être chante
    la mort cède note à note
    pas après pas sans raison
    comme une distraction

    alors l’âme se renforce
    de questions et de réponses
    la vie n’est plus qu’un puzzle
    passé recomposée

    avec des pièces triées
    pour leurs couleurs fortes
    leurs arêtes sectionnées
    aux places les plus accortes

    on remanie sa mémoire
    avec d’arrière-pensées
    pour créer sa vie dorée
    avec ses heures de gloire

    la seule vraie à toute heure
    la voie rêvée du bonheur
    celle de l’enfant vainqueur
    qui souffre rit et qui pleure


  • chevauchées et clôtures

    roulement lourd de la chevauchée
    plein soleil
    la plaine et la poussière
    la liberté et la contrainte
    la fatigue et la joie
    le bonheur peut-être
    à bien y regarder pourtant
    lourdes sont les selles
    dures et longues les jambes des cavaliers
    implacable le mors en bouche des chevaux
    pour les tenir au carré
    pas question de ruer
    comme à côté d’eux les copains libres
    là où le cavalier décide ils devront aller vivre
    les chevaux s’ébrouent lentement tête baissée
    ils savent tous que le soir advenu c’est sûr
    ils seront enfermés par les mêmes clôtures
    où les a mené ce brouhaha indompté


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  • Maulpoix (Jean) : Adieu

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  • Azzhara : J’écris à jeun

    J’écris à jeûn
    Soif et faim dans tout le corps
    Un lot de remords dans le cœur
    Je bois mes larmes
    Je mange mes pleurs
    J’avale le silence, il glisse dans la gorge sèche
    Du miel silencieux
    Derrière moi, je ressens la présence rassurante et généreuse
    Comme l’odeur du pain chaud qui me couvre
    Je le cherche
    Le froid gris de son absence me gifle
    J’ai mal
    J’ai soif
    J’ai faim
    J’écris à jeun
    Mes pensées troublées
    Ma main tremblante
    Mes ongles rongés
    Mes pieds attachés
    Je veux sentir le manque
    J’écris à jeun

    Azzhara. Nuit intranquille. 2021

    Azzhara : J’écris à jeun

  • Richter (Gerhard) : C’est le besoin de communiquer qui amène à peindre (1962)

    C’est le besoin de communiquer qui amène à peindre et vous pousse vers l’art en général. L’envie de fixer une vision, de maîtriser des manifestations extérieures (auxquelles il faut donner un nom et un sens). Sans elle, ce travail serait absurde, et, comme l’art pour l’art, il ne se justifierait pas.

    Penser que l’art copie la nature est un sinistre malentendu. Car l’art a toujours œuvré contre la nature et pour la raison.

    Chaque mot, chaque trait nous est insufflé par notre époque et par les circonstances. Les liens, les aspirations relèvent du passé et du présent. Il est donc impossible d’agir, de penser arbitrairement et indépendamment d’eux. D’une certaine manière, ceci est réconfortant puisque chaque individu est en quelque sorte entouré, lié par la contemporanéité. Il y aura toujours un possible même dans le pire des malheurs.

    Vouloir rendre visible l’invisible, la chose connue, inconnue ou plausible, et même l’impensable est une revendication, une prétention absurde. Certes, nous pouvons déduire l’invisible, donc présupposer son existence avec une quasi-certitude, mais nous ne sommes pas en mesure de représenter cet invisible par un symbole qui le remplace et qui soit lui aussi invisible.

    Il n’y a aucune raison d’accepter sans réserve ce que la tradition nous a transmis. Rien n’est bien ou mal en soi, sauf dans certaines circonstances et à condition que nous le voulions. Cet état de fait annihile les conventions, les garanties et les inconditionnels et nous oblige, chaque jour, à prendre nos responsabilités et à décider du bien et du mal.

    S’imaginer une chose, se la représenter, fait de nous des hommes L’art, c’est donner du sens, générer du sens au même titre que la quête de Dieu ou la religion. Même sachant que tout sens donné ou tout tableau peint est un simulacre, une illusion, nous ne pouvons y renoncer. Car la foi (penser, réfléchir le présent et l’avenir) est notre trait de caractère essentiel.

    Les moyens de l’art (la manière de représenter une chose, le style, la technique et la chose représentée en soi) sont les conditions néces­saires à l’art tout comme les qualités de l’artiste (mode de vie, capacités, entourage). L’art peut naître autant de l’harmonie que de la contradic­tion avec les conditions qui le génèrent. Il n’est en soi, ni visible ni définissable, seules les conditions qui l’ont généré sont visibles et repro­ductibles ; on a tendance à les confondre avec l’art en soi.

    Dès que l’activité artistique est devenue un « isme », elle cesse d’en être une. Car seul ce qui lutte quotidiennement pour prendre forme et exister, est vivant. (À titre de comparaison : le social est une forme et une méthode juste qui correspond aux conceptions actuelles ; mais si en revanche, il se prétend socialisme, ordre social ou dogme, il renonce à ce qui lui est propre et risque de courir à sa perte.)

    Je ne suis pas venu ici pour fuir le matérialisme. Il règne ici d’une manière plus radicale et plus perfide encore, mais j’ai dû fuir l’idéa­lisme criminel des socialistes.

    La peinture na rien à voir avec la pensée. Quand on peint, la pensée est peinture. La pensée est un langage, un registre qui doit fonctionner avant et après. Einstein ne pensait pas quand il faisait ses calculs, il calculait, chaque équation réagissait à la précédente, tout comme en peignant, une forme répond à une autre et ainsi de suite.

    L’art sert à la socialisation. Il nous relie aux autres et à ce qui nous entoure au sein d’une même conception et d’une même quête.

    Pour moi, l’enjeu n’est jamais l’art, mais uniquement la chose pour laquelle l’art peut être utile.

    Comme il n’existe ni certitude, ni vérité absolue, nous aspirons toujours à une vérité artificielle faisant autorité, donc humaine. Nous avons des jugements de valeur et fabriquons une vérité qui en exclut d’autres. Dans la production de vérité, l’art est la composante qui met en forme.

    Les sciences de la nature ont assurément influencé les arts. Pour l’Aztèque, le coucher du soleil était un événement inintelligible auquel il ne survivait que grâce aux représentations divines. Depuis, ces manifestations évidentes ont trouvé une explication. Mais, au vu de l’immensité de l’inconcevable, de ce qui ne peut être expliqué, l’inex­plicable semble tellement gigantesque, que nous sommes pris de vertige et que les images d’antan éclatent comme des bulles de savon. Songer à l’absolu ineffable (par exemple en regardant le firmament), savoir qu’il est impossible de donner un sens à cette immensité nous touche à tel point que nous ne pouvons survivre qu’en ignorant.

    Aussi curieux que ceci puisse paraître, « ne pas savoir où vont les choses », l’impression de se perdre et d’avoir perdu, est source de foi et d’un immense optimisme, elle n’engendre ni certitude ni sécurité collective. Il faut avoir perdu Dieu pour croire, et l’art pour peindre.

    Richter (Gerhard) : C’est le besoin de communiquer qui amène à peindre (1962)

  • Uguay (Marie) : Tu m’apprends l’âge, mon amour

    Uguay (Marie) : Tu m’apprends l’âge, mon amour

  • Trois espaces

    Trois espaces

  • Elle était là dans le silence pluvieux

    Elle était là dans le silence pluvieux

  • Tu cours dans un espace fini

    Tu cours dans un espace fini
    Blanc fulgurant
    dans un océan de noirceur
    le feu a tout détruit
    mais toi tu portes l’espoir
    Franchiras-tu les limites
    de ce monde sinistre ?
    Détache-toi
    Envole-toi
    Brise le carcan
    Terrasse l’ombre
    et jette le fantôme
    qui veut t’enfermer

    Texte et calligramme de Baronne, inspiré par John Caple(2000) ;

    Tu cours dans un espace fini

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Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025