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Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.


  • temps flou

    le temps me fuit
    se dissout se disloque s’effiloche
    je ne sais plus qui il est
    à quoi il sert
    il s’évapore sans bruit
    vidant sa substance

    dans des univers parallèles

    avant tout était simple et horodaté
    l’homme maitre de l’espace-temps
    aujourd’hui tout est flou et mou
    quelle heure est-il tout le monde s’en fout
    il fut un temps
    où le temps n’existait pas
    puis quelqu’un l’a inventé
    pour le confort des hommes
    je saisis peu à peu
    ce qui se passe en douce
    ce signal vicieux 
    qui échappe au monde
    cette métamorphose cosmologique
    l’irréversible impulsion
    vers l’impermanence des choses
    le retour aux sources
    les objets sans forme
    la fin de la dualité
    je devine sans l’admettre 
    l’incroyable vérité
    le temps virtualisé
    le problème c’est moi
    je ne veux pas être impermanent
    dissous dans la vacuité
    ni mes passions mes envies mon ego 
    ni mon verbe ni ma moto
    un combat inutile se livre en moi
    perdu d’avance
    ma chair mon âme mon esprit
    contre l’unicité du vide de l’univers
    quelle absurdité
    mais non tout n’est pas fini
    je me dépêche d’écrire 
    pour qu’il reste une trace
    avant que cette implosion 
    ce big bang à l’envers
    n’emporte tout dans le torrent
    d’un trou noir irréversible
    la fin de la mémoire et du temps
    j’écris j’écris j’impulse je draine
    rempli d’amour et de haine
    pleutres adorateurs
    de l’évolution naturelle
    et stupide des choses
    méfiez-vous
    un jour
    je créerai un courant contraire 
    celui de la douceur et de l’amour
    des discours et de l’enchantement
    sans chichis ni honte 
    apuré
    rythmé de rendez-vous réguliers
    que personne ne pourra manquer
    car ce jour-là
    tout le monde portera une montre

  • sans toi

    j’aurai beau explorer les chemins enclavés
    libérer les folies saturées d’arcs en ciel
    dessiner les pays aux douceurs irréelles
    sans toi à mes côtés je ne saurai créer

    j’aurai beau embrasser le monde symphonique 
    poussé par l’océan des notes turbulentes
    prestigieux maestro de pulsations démentes
    sans tes mains d’artiste j’oublierai la musique

    j’aurai beau tout chérir d’un désir enchanté
    les âmes éperdues les plus amples tourments
    vivre l’or de ma vie comme un tableau flamand
    sans ton amour clément je ne pourrai chanter

    j’aurai beau apprécier les sillons de la vie
    creusant leurs cicatrices comme autant d’étendards
    dans mes jours suspendus à ta lumière phare
    sans ton regard sur moi plus rien ne resplendit


  • rage

    rage 
    fureur 
    mal de vivre 
    vieillir 
    se taire
    ruminer 
    si peu d’envies
    rien à croire
    et puis 

    revivre 
    tout à coup
    ciel auroral bariolé
    phrase ciselée
    regard bleu du désert

    se dire 
    qu’on n’est pas encore mort
    renaître
    au coin d’un bord de mer salée
    descendue si loin
    déshabillant grèves et rochers
    sous un ciel à étages
    d’une infinité de gris 

    crise narcissique totale
    tous ces gens 
    ces lieux 
    ces objets 
    ces idées
    sans intérêt 
    ni passion 
    ni avenir
    prégnance de la banalité
    parole libérée
    parole parasite
    parole inutile

    je voudrais du silence
    longtemps 
    longtemps 
    se taire 
    ne pas se plaindre surtout
    faire semblant de sourire
    que personne ne sache
    que la peine se cache

    et puis 
    continuer de rêver
    se perdre dans les sens et l’indicible
    chercher partout la beauté
    trouver ce qui surnage
    un tout petit bleu 
    dans la vie grise
    se dire 
    que ce n’est pas encore fini

  • quand je serai vieux

    quand je serai vieux
    rongé par les lunes
    je me souviendrai
    des si mauvais jours
    et je me dirai
    les ans pèsent lourd
    le chemin se serre
    devant est si près
    qu’on ne connait rien
    ni même où on va
    mes pas sur le sable
    droit vers l’océan
    où vont-ils ensuite
    et pourtant je rêve
    de ciel plage et mer
    vieillir c’est marcher 
    sans se retourner
    dans un grand brouillard
    qui s’épaississant
    pose tout son poids
    sur sa courte vie


  • oubliez-moi

    grandiose
    sublime
    définitif
    j’accepte de mourir
    bien obligé hein
    mais attention 
    sans souffrir
    ni finir gâteux
    eh pourquoi pas
    quand on désire très fort 
    quelque chose
    et que ça se produit
    qui peut prouver 
    d’où viennent
    ce hasard télépathique 
    ce miracle biologique
    cet esprit œcuménique
    qui sait

    dans ces conditions calmes
    mourir sans état d’âme 
    ne serait rien d’autre
    qu’un passage obligé
    imperceptible changement d’état
    une fois je respire
    une fois je ne respire plus
    à peine si l’on voit la différence
    quelqu’un dirait tiens il est mort le vieux
    comme s’il disait tiens il pleut
    personne ne pourra discerner
    ce grain de sable envolé
    dans la tempête cosmique

    seul souci
    je ne veux pas faire de peine
    à ceux que j’aime et qui m’aiment
    à ceux-là je dis
    oubliez-moi
    vous allez voir
    c’est plus facile qu’on croit
    et rapide
    oubliez-moi
    un peu plus chaque jour
    où que je sois
    l’oubli tranquille et progressif
    seule solution à la vie après la mort
    oubliez même
    que je vous aime
    si mal d’ailleurs
    que ça n’en vaut pas la peine
    oubliez mon visage et ma voix
    fragiles fusibles de l’être
    oubliez mon âme aussi
    incongrue sans relief
    si peu inoubliable
    mots volatiles
    émois dociles

    quand je serai mort
    mon être sera
    sans importance pour vous
    soit il vivra sans vous
    soit il n’existera plus
    mais vous n’en saurez rien
    oubliez les moments vécus ensemble
    créations de l’atomique hasard
    oubliez-moi 
    de haut en bas
    de dos de profil de face
    oubliez-moi
    sans effort
    avec le temps qui efface
    les minuscules traces
    et quand vous m’aurez oublié
    vous verrez
    vous vivrez mieux
    sans vous poser la question
    de savoir si j’existe encore
    quelque part

    quand je serai mort
    j’aimerai vous dire où je suis
    je vous dirai
    que je vous aime encore
    que c’est vous 
    qui m’avez fait exister
    vos pas
    votre souffle  
    vos bonheurs
    et même vos souffrances
    qui devenaient les miennes
    je n’aimerai pas mourir
    sans avoir dit aux gens que j’aime
    que je les aime
    j’aimerai vous dire 
    là-bas
    dans cet ailleurs inconnaissable
    que je pense à vous

    mais du néant c’est difficile
    et sinon
    si jamais je pouvais vous parler
    je serais sans doute surveillé
    par un vieillard grincheux
    comptable pointilleux
    de mes grands et petits péchés 
    quel ennui mon dieu

    mes amis
    un dernier mot
    celui-là ne l’oubliez pas
    même si vous devez oublier 
    qu’il vient de moi
    une expression tellement banale
    qu’elle passera inaperçu
    après tout ce temps perdu
    je me sens moins nu
    je sais enfin comment il faut vivre
    moi-même je n’y arrive toujours pas 
    autruche 
    baudruche
    mais je le sais
    je le scande
    il faut 
    goû-ter l’ins-tant pré-sent
    à tout moment
    comme s’il était unique
    sans après et sans avant
    goûter d’un geste laconique
    l’ici et le maintenant
    du karma bouddhique
    par essence par définition
    le monde n’a pas de sens préexistant
    c’est vous qui le lui donnez
    respirez 
    simplement
    tissez vous-même
    votre lien aux autres
    devenez votre univers
    en couleurs 
    rose et vert
    souriez 
    c’est plus difficile
    mais ça détend
    faites le plein 
    de l’instantané
    je regrette tellement 
    de ne pas l’avoir fait
    pour moi c’est trop tard
    un vieux ça ne pleure pas
    ça geint
    ça se souvient 
    quand ça peut

    je crois que je mourrai sans regret
    mais pas sans peur
    j’ai peur de la peur de mourir
    je me vois essayant de me raisonner
    si j’ai encore ma tête
    voyons c’est simple
    soit il n’y a rien et alors basta
    paix aux morts et vive les vivants
    soit il y a quelque chose
    et ce quelque chose
    prend tellement de formes inimaginables
    foldingues 
    énigmatiques
    qu’il ne sert à rien de s’énerver

    parmi les scénarios alternatifs
    je me regarde et je me dis
    peut-être pas tout de suite le paradis
    mais l’enfer quand même non
    ce n’est pas pour moi
    j’opte pour la probabilité 
    du purgatoire
    en mesure conservatoire
    mais combien de temps
    on s’en fout
    le temps n’existe plus
    de quoi te plains-tu
    homme veule et nu 


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  • Azzhara : J’écris à jeun

    J’écris à jeûn
    Soif et faim dans tout le corps
    Un lot de remords dans le cœur
    Je bois mes larmes
    Je mange mes pleurs
    J’avale le silence, il glisse dans la gorge sèche
    Du miel silencieux
    Derrière moi, je ressens la présence rassurante et généreuse
    Comme l’odeur du pain chaud qui me couvre
    Je le cherche
    Le froid gris de son absence me gifle
    J’ai mal
    J’ai soif
    J’ai faim
    J’écris à jeun
    Mes pensées troublées
    Ma main tremblante
    Mes ongles rongés
    Mes pieds attachés
    Je veux sentir le manque
    J’écris à jeun

    Azzhara. Nuit intranquille. 2021

    Azzhara : J’écris à jeun

  • Richter (Gerhard) : C’est le besoin de communiquer qui amène à peindre (1962)

    C’est le besoin de communiquer qui amène à peindre et vous pousse vers l’art en général. L’envie de fixer une vision, de maîtriser des manifestations extérieures (auxquelles il faut donner un nom et un sens). Sans elle, ce travail serait absurde, et, comme l’art pour l’art, il ne se justifierait pas.

    Penser que l’art copie la nature est un sinistre malentendu. Car l’art a toujours œuvré contre la nature et pour la raison.

    Chaque mot, chaque trait nous est insufflé par notre époque et par les circonstances. Les liens, les aspirations relèvent du passé et du présent. Il est donc impossible d’agir, de penser arbitrairement et indépendamment d’eux. D’une certaine manière, ceci est réconfortant puisque chaque individu est en quelque sorte entouré, lié par la contemporanéité. Il y aura toujours un possible même dans le pire des malheurs.

    Vouloir rendre visible l’invisible, la chose connue, inconnue ou plausible, et même l’impensable est une revendication, une prétention absurde. Certes, nous pouvons déduire l’invisible, donc présupposer son existence avec une quasi-certitude, mais nous ne sommes pas en mesure de représenter cet invisible par un symbole qui le remplace et qui soit lui aussi invisible.

    Il n’y a aucune raison d’accepter sans réserve ce que la tradition nous a transmis. Rien n’est bien ou mal en soi, sauf dans certaines circonstances et à condition que nous le voulions. Cet état de fait annihile les conventions, les garanties et les inconditionnels et nous oblige, chaque jour, à prendre nos responsabilités et à décider du bien et du mal.

    S’imaginer une chose, se la représenter, fait de nous des hommes L’art, c’est donner du sens, générer du sens au même titre que la quête de Dieu ou la religion. Même sachant que tout sens donné ou tout tableau peint est un simulacre, une illusion, nous ne pouvons y renoncer. Car la foi (penser, réfléchir le présent et l’avenir) est notre trait de caractère essentiel.

    Les moyens de l’art (la manière de représenter une chose, le style, la technique et la chose représentée en soi) sont les conditions néces­saires à l’art tout comme les qualités de l’artiste (mode de vie, capacités, entourage). L’art peut naître autant de l’harmonie que de la contradic­tion avec les conditions qui le génèrent. Il n’est en soi, ni visible ni définissable, seules les conditions qui l’ont généré sont visibles et repro­ductibles ; on a tendance à les confondre avec l’art en soi.

    Dès que l’activité artistique est devenue un « isme », elle cesse d’en être une. Car seul ce qui lutte quotidiennement pour prendre forme et exister, est vivant. (À titre de comparaison : le social est une forme et une méthode juste qui correspond aux conceptions actuelles ; mais si en revanche, il se prétend socialisme, ordre social ou dogme, il renonce à ce qui lui est propre et risque de courir à sa perte.)

    Je ne suis pas venu ici pour fuir le matérialisme. Il règne ici d’une manière plus radicale et plus perfide encore, mais j’ai dû fuir l’idéa­lisme criminel des socialistes.

    La peinture na rien à voir avec la pensée. Quand on peint, la pensée est peinture. La pensée est un langage, un registre qui doit fonctionner avant et après. Einstein ne pensait pas quand il faisait ses calculs, il calculait, chaque équation réagissait à la précédente, tout comme en peignant, une forme répond à une autre et ainsi de suite.

    L’art sert à la socialisation. Il nous relie aux autres et à ce qui nous entoure au sein d’une même conception et d’une même quête.

    Pour moi, l’enjeu n’est jamais l’art, mais uniquement la chose pour laquelle l’art peut être utile.

    Comme il n’existe ni certitude, ni vérité absolue, nous aspirons toujours à une vérité artificielle faisant autorité, donc humaine. Nous avons des jugements de valeur et fabriquons une vérité qui en exclut d’autres. Dans la production de vérité, l’art est la composante qui met en forme.

    Les sciences de la nature ont assurément influencé les arts. Pour l’Aztèque, le coucher du soleil était un événement inintelligible auquel il ne survivait que grâce aux représentations divines. Depuis, ces manifestations évidentes ont trouvé une explication. Mais, au vu de l’immensité de l’inconcevable, de ce qui ne peut être expliqué, l’inex­plicable semble tellement gigantesque, que nous sommes pris de vertige et que les images d’antan éclatent comme des bulles de savon. Songer à l’absolu ineffable (par exemple en regardant le firmament), savoir qu’il est impossible de donner un sens à cette immensité nous touche à tel point que nous ne pouvons survivre qu’en ignorant.

    Aussi curieux que ceci puisse paraître, « ne pas savoir où vont les choses », l’impression de se perdre et d’avoir perdu, est source de foi et d’un immense optimisme, elle n’engendre ni certitude ni sécurité collective. Il faut avoir perdu Dieu pour croire, et l’art pour peindre.

    Richter (Gerhard) : C’est le besoin de communiquer qui amène à peindre (1962)

  • Uguay (Marie) : Tu m’apprends l’âge, mon amour

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  • Trois espaces

    Trois espaces

  • Elle était là dans le silence pluvieux

    Elle était là dans le silence pluvieux

  • Tu cours dans un espace fini

    Tu cours dans un espace fini
    Blanc fulgurant
    dans un océan de noirceur
    le feu a tout détruit
    mais toi tu portes l’espoir
    Franchiras-tu les limites
    de ce monde sinistre ?
    Détache-toi
    Envole-toi
    Brise le carcan
    Terrasse l’ombre
    et jette le fantôme
    qui veut t’enfermer

    Texte et calligramme de Baronne, inspiré par John Caple(2000) ;

    Tu cours dans un espace fini

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Une couverture de la Gazette d'Amavero avec des portraits de Nikolaus, un enfant, et de Barbara, une femme âgée, accompagnés de descriptions artistiques.
Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025