1 382 artistes • 745 auteurs
publiés dans Amavero

Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.


  • Dupin (Jacques) : Proximité du murmure (extrait)


    Sorbes de la nuit d’été
    étoiles enfantines
    syllabes muettes du futur amour
    quand les flammes progressent de poutre en poutre sous nos toits
    exiguë
    la définition du ciel

    Jacques Dupin: extrait de Proximité du murmure utilisé par Joan Mitchell dans son tableau « Sorbes de la nuit d’été« 


  • Stevens (Wallace) : Domination of Black (Domination du Noir)

    At night, by the fire,
    The colors of the bushes
    And of the fallen leaves,
    Repeating themselves,
    Turned in the room,
    Like the leaves themselves
    Turning in the wind.

    La nuit, au coin du feu,
    Les couleurs des buissons
    Et des feuilles tombées,
    Se répétant elles-mêmes,
    Tournaient dans la chambre
    Comme les feuilles mêmes
    Tournent dans le vent.

    (suite…)

  • cauchemar

    lla voiture danse sur deux roues
    l’aspirateur s’envole à cheval sur son manche
    la maison fume comme une pipe
    le réverbère s’interroge sur son avenir
    le lit rebondit comme un fou à ressort
    le trottoir zigzague
    le téléphone dit des gros mots
    le camion de pompiers rue comme un mustang sauvage
    l’ordinateur radote radote radote
    le feu rouge reste rouge et le feu vert devient rouge
    le robinet du lavabo lache des jets d’eau multicolores
    le train qui passe allume toutes ses lumières
    la chaise fait la toupie sur un seul pied
    le cycliste tourne en rond
    la table monte en l’air et retombe en soupirant
    l’arbre se met à chanter
    le linge s’entortille sur son fil
    l’alouette exécute un salto arrière
    l’escalier en colimaçon ne mène plus nulle part
    l’autoroute fuit comme un tuyau percé
    le mur de la chambre murmure des mots d’amour vieux de mille ans
    l’horloge de l’église sonne minuit toutes les heures
    le livre dans la bibliothèque s’ouvre et se ferme faisant voleter ses pages
    je me réveille en sueur
    tout semble normal
    je me lève
    ouvre la porte
    avance un pied
    et je tombe
    je tombe


  • Pontonnier (Cécile) : 20 mots désuets et oubliés de la langue française

    Apoltronner : rendre peureux, poltron 

    Bombillement : bourdonnement (d’insectes, en particulier d’abeilles) 

    Contemption : mépris 

    Coquefredouille : homme sans valeur, sans esprit 

    Cunctateur : personne qui temporise 

    Gaber : plaisanter, rire, se moquer 

    Grenouiller  : nager (grenouiller des affaires : manoeuvrer)

    Hourvari : difficulté inattendue 

    Infundibuliforme : qui a la forme d’un entonnoir

    Marmiteux : piteux, misérable 

    Nivéen : d’un blanc pur, comme neige 

    Ocieux : oisif 

    Patafioler : maudire, punir 

    Piriforme ; qui a une forme de poire 

    Sardanapale : personne vivant une vie de luxe, dissolue 

    Sproposito : chose dite mal à propos 

    Tintinnabuler : produire un petit ton de clochette 

    Ubiquiste : qui peut se trouver dans plusieurs lieux à la fois 

    A vau-de-route : dans la précipitation, dans le désordre 

    Zinzinuler : chanter, gazouiller 

    publié sur fb par Bernadette L. et Pierre-Marc de B.


  • Suzuki (Daisetz Teitaro) : La légende d'Ou Tao-tseu

    Ou Tao-tseu (en japonais Godoshi) l’un des plus grands peintres de Chine,  vivait sous le règne de l’Empereur Siuan-tsoung, de la dynastie Tang. D’après la légende, sa dernière peinture fut un paysage commandé par l’Empereur pour orner  un des murs du palais. L’artiste dissimula son œuvre sous un rideau jusqu’à l’arrivée de l’Empereur ; tirant alors le rideau, il découvrit sa vaste peinture. L’Empereur contempla avec admiration une scène merveilleuse : forêts, hautes montagnes, nuages flottant dans le ciel immense, hommes sur les collines, vols d’oiseaux dans les airs. « Voyez, dit le peintre, au pied de cette montagne, réside un esprit. » Il battit des mains et la porte qui fermait l’entrée de la caverne s’ouvrit. set la porte qui fermait l’entrée de la caverne s’ouvrit. « L’intérieur en est magnifique au-delà de tout ce que les mots peuvent exprimer, poursuivit-il. Permettez-moi de vous montrer le chemin. » Ce disant, il entra dans la caverne ; la porte se referma sur lui et,  avant que l’Empereur étonné eût pu parler ou faire un geste, tout s’était évanoui sur le mur redevenu blanc où ne subsistait plus aucune trace du pinceau de l’artiste. On ne revit jamais plus Ou Tao-tseu.
    L‘artiste avait disparu, et tout le paysage avait été effacé ; mais de cet anéantissement surgit un nouveau monde spirituel, dans lequel résident les maîtres du  Zen, où ils accomplissent toutes sortes de bouffonneries, affirment toutes sortes d’absurdités, en restant cependant en parfait accord avec la vraie nature des choses, où se révèle un monde dépouillé de toutes ses faussetés, conventions et simulations et de tous artifices intellectuels. Tant qu’on n’aura pas pénétré dans ce monde de réalités, la vérité du zen restera çà jamais un livre scellé.

    Dairetz Teitaro Suzuki, Essais sur le bouddhisme zen

Dernières publications d’art et de poésie

  • Edward-Henry Potthast : At The Seaside (1905)

    Edward-Henry Potthast : At The Seaside (1905)

  • Jean-Baptiste-Siméon Chardin : Le Gobelet d’argent (1768)

    Jean-Baptiste-Siméon Chardin : Le Gobelet d’argent (1768)

  • Maulpoix (Jean) : Adieu

    Maulpoix (Jean) : Adieu

  • Azzhara : J’écris à jeun

    J’écris à jeûn
    Soif et faim dans tout le corps
    Un lot de remords dans le cœur
    Je bois mes larmes
    Je mange mes pleurs
    J’avale le silence, il glisse dans la gorge sèche
    Du miel silencieux
    Derrière moi, je ressens la présence rassurante et généreuse
    Comme l’odeur du pain chaud qui me couvre
    Je le cherche
    Le froid gris de son absence me gifle
    J’ai mal
    J’ai soif
    J’ai faim
    J’écris à jeun
    Mes pensées troublées
    Ma main tremblante
    Mes ongles rongés
    Mes pieds attachés
    Je veux sentir le manque
    J’écris à jeun

    Azzhara. Nuit intranquille. 2021

    Azzhara : J’écris à jeun

  • Richter (Gerhard) : C’est le besoin de communiquer qui amène à peindre (1962)

    C’est le besoin de communiquer qui amène à peindre et vous pousse vers l’art en général. L’envie de fixer une vision, de maîtriser des manifestations extérieures (auxquelles il faut donner un nom et un sens). Sans elle, ce travail serait absurde, et, comme l’art pour l’art, il ne se justifierait pas.

    Penser que l’art copie la nature est un sinistre malentendu. Car l’art a toujours œuvré contre la nature et pour la raison.

    Chaque mot, chaque trait nous est insufflé par notre époque et par les circonstances. Les liens, les aspirations relèvent du passé et du présent. Il est donc impossible d’agir, de penser arbitrairement et indépendamment d’eux. D’une certaine manière, ceci est réconfortant puisque chaque individu est en quelque sorte entouré, lié par la contemporanéité. Il y aura toujours un possible même dans le pire des malheurs.

    Vouloir rendre visible l’invisible, la chose connue, inconnue ou plausible, et même l’impensable est une revendication, une prétention absurde. Certes, nous pouvons déduire l’invisible, donc présupposer son existence avec une quasi-certitude, mais nous ne sommes pas en mesure de représenter cet invisible par un symbole qui le remplace et qui soit lui aussi invisible.

    Il n’y a aucune raison d’accepter sans réserve ce que la tradition nous a transmis. Rien n’est bien ou mal en soi, sauf dans certaines circonstances et à condition que nous le voulions. Cet état de fait annihile les conventions, les garanties et les inconditionnels et nous oblige, chaque jour, à prendre nos responsabilités et à décider du bien et du mal.

    S’imaginer une chose, se la représenter, fait de nous des hommes L’art, c’est donner du sens, générer du sens au même titre que la quête de Dieu ou la religion. Même sachant que tout sens donné ou tout tableau peint est un simulacre, une illusion, nous ne pouvons y renoncer. Car la foi (penser, réfléchir le présent et l’avenir) est notre trait de caractère essentiel.

    Les moyens de l’art (la manière de représenter une chose, le style, la technique et la chose représentée en soi) sont les conditions néces­saires à l’art tout comme les qualités de l’artiste (mode de vie, capacités, entourage). L’art peut naître autant de l’harmonie que de la contradic­tion avec les conditions qui le génèrent. Il n’est en soi, ni visible ni définissable, seules les conditions qui l’ont généré sont visibles et repro­ductibles ; on a tendance à les confondre avec l’art en soi.

    Dès que l’activité artistique est devenue un « isme », elle cesse d’en être une. Car seul ce qui lutte quotidiennement pour prendre forme et exister, est vivant. (À titre de comparaison : le social est une forme et une méthode juste qui correspond aux conceptions actuelles ; mais si en revanche, il se prétend socialisme, ordre social ou dogme, il renonce à ce qui lui est propre et risque de courir à sa perte.)

    Je ne suis pas venu ici pour fuir le matérialisme. Il règne ici d’une manière plus radicale et plus perfide encore, mais j’ai dû fuir l’idéa­lisme criminel des socialistes.

    La peinture na rien à voir avec la pensée. Quand on peint, la pensée est peinture. La pensée est un langage, un registre qui doit fonctionner avant et après. Einstein ne pensait pas quand il faisait ses calculs, il calculait, chaque équation réagissait à la précédente, tout comme en peignant, une forme répond à une autre et ainsi de suite.

    L’art sert à la socialisation. Il nous relie aux autres et à ce qui nous entoure au sein d’une même conception et d’une même quête.

    Pour moi, l’enjeu n’est jamais l’art, mais uniquement la chose pour laquelle l’art peut être utile.

    Comme il n’existe ni certitude, ni vérité absolue, nous aspirons toujours à une vérité artificielle faisant autorité, donc humaine. Nous avons des jugements de valeur et fabriquons une vérité qui en exclut d’autres. Dans la production de vérité, l’art est la composante qui met en forme.

    Les sciences de la nature ont assurément influencé les arts. Pour l’Aztèque, le coucher du soleil était un événement inintelligible auquel il ne survivait que grâce aux représentations divines. Depuis, ces manifestations évidentes ont trouvé une explication. Mais, au vu de l’immensité de l’inconcevable, de ce qui ne peut être expliqué, l’inex­plicable semble tellement gigantesque, que nous sommes pris de vertige et que les images d’antan éclatent comme des bulles de savon. Songer à l’absolu ineffable (par exemple en regardant le firmament), savoir qu’il est impossible de donner un sens à cette immensité nous touche à tel point que nous ne pouvons survivre qu’en ignorant.

    Aussi curieux que ceci puisse paraître, « ne pas savoir où vont les choses », l’impression de se perdre et d’avoir perdu, est source de foi et d’un immense optimisme, elle n’engendre ni certitude ni sécurité collective. Il faut avoir perdu Dieu pour croire, et l’art pour peindre.

    Richter (Gerhard) : C’est le besoin de communiquer qui amène à peindre (1962)

  • Uguay (Marie) : Tu m’apprends l’âge, mon amour

    Uguay (Marie) : Tu m’apprends l’âge, mon amour

  • Trois espaces

    Trois espaces

  • Elle était là dans le silence pluvieux

    Elle était là dans le silence pluvieux

  • Tu cours dans un espace fini

    Tu cours dans un espace fini
    Blanc fulgurant
    dans un océan de noirceur
    le feu a tout détruit
    mais toi tu portes l’espoir
    Franchiras-tu les limites
    de ce monde sinistre ?
    Détache-toi
    Envole-toi
    Brise le carcan
    Terrasse l’ombre
    et jette le fantôme
    qui veut t’enfermer

    Texte et calligramme de Baronne, inspiré par John Caple(2000) ;

    Tu cours dans un espace fini

Abonnez-vous à
La Gazette d’Amavero
Entrez votre email
et vous recevrez notre newsletter
un lundi sur deux :
100% bénévole, gratuit,
sans pub, ni spam, ni traqueurs

← Retour

Votre adresse email a été envoyée

Merci pour votre abonnement au site Amavero et à ses poèmes !

Une couverture de la Gazette d'Amavero avec des portraits de Nikolaus, un enfant, et de Barbara, une femme âgée, accompagnés de descriptions artistiques.
Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025