Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

1 439 artistes • 759 auteurs
publiés dans Amavero

  • Delphine Desane : The night was made for rest and sleep it was not made for grief and tears (2020)

    Delphine Desane – The night was made for rest and sleep it was not made for grief and tears (2020)

  • Giorgio de Chirico : Malinconia Torinese (1965)

    Giorgio di Chirico – Malinconia Torinese (1965)

  • la lune pleure (illustré par 32 œuvres d'art contemporain)



    la lune pleure

    je n’irai pas décrocher la lune
    je la laisse où elle est
    pour que perdurent mes rêves
    les soirs de grise mine
    quand je lève la tête
    et m’imagine
    un monde moins dur
    aux vallons embrumés

    bleutée au loin
    dans mes nuits d’insomnie
    elle m’envoie de son coin
    des mots d’amour attendris

    depuis des siècles
    ni astre ni matière
    la lune n’est que prières
    supplications espoirs
    larmes et joies
    sphère aspirant
    les émotions du monde
    qui montent vers elle

    surtout
    ne pas la prendre
    dans ses bras
    qu’elle reste là-haut
    au chaud
    à nous regarder
    la tête penchée

    quel plaisir alors
    de suivre sa courbe
    dans le ciel rose
    pour que la nuit durant
    respirant autre chose
    que le fardeau de l’âge
    mon âme légère
    s’élève jusqu’à elle
    comme une feuille d’or
    libérée de la gravité

    vous ne le saviez pas
    la lune parfois
    verse une larme
    mais ça ne se voit pas
    ces nuits-là elle se cache
    au fond des nuages

    aujourd’hui la lune est triste
    elle chante lasse
    pour que les cœurs tendres
    entendent son sélène soupir

    il dit
    pauvres humains
    je vous aimais bien
    mais vous avez cassé votre jouet
    plus rien ne sera comme avant
    aujourd’hui je ne peux retenir
    ni les vents de l’enfer ni les raz de marée
    vous mourrez par l’eau et par le feu
    que vous n’avez pas su contenir

    la lune c’est affreux
    une nuit bientôt
    va nous dire adieu
    couchée pour de bon
    loin du regard des hommes
    implosant de mille cratères
    aplatie comme une serpillère

    alors sur la terre ronde
    la mer en furie
    pourra lâcher
    ses vagues titanesques
    et les vents tourbillonner
    en arabesques
    siphons libérant les tsunamis
    de la fin du monde

    regardez bien
    la lune pleure
    en son recoin
    sur le malheur

    Domenico Amato

    Texte de Luc Fayard illustré par 32 œuvres d’art contemporain

    Cette fois-ci je me suis contenté de chercher dans la base d’œuvres d’art contemporain Nicole’s Museum celles qui avaient une lune : aussi bête que cela ! Où l’on voit que la lune libère les imaginations !…

    Auteurs des oeuvres (de haut en bas, de gauche à droite, autour du texte, puis en dessous) :
    Gani Kistauov, Whelan, Paul Lancaster, Federico Garcia-Lorca, Yuri Laptev, Phyllis Jackson, André Masson, Adrian Borda, Annie Stegg-Gerard, Hector Acevedo, Arseniy Lapin, Juan-F. Beja, Kashinath Chawan
    , Mils Bertho, Josep Guinovart, Domenico Amato, Richard Chalmers, Rithika Merchant, Dominika Morariu, Barbara Allaert, Alice Assouline, Peter Doig, Carson Ellis, Olivier de Rivaz, Joanne Delomba, Bronu Novelli, Yui Sakamoto, John-Henry Toney, Katsushika Hokusai, Michel Naze, Peter Harskamp, Linda Vachon

    Lire également le le poème en version texte seul.


  • lumière du soir

    Claire Gruson – Lumière du soir

    on entend craquer
    la vieille charpente
    et les poutres lasses
    la lumière appose
    son filtre d’or tamisé
    sur la pièce alanguie
    le canapé attend
    son visiteur du soir
    venu d’un pas lent
    il franchira la porte
    se penchera pour saisir
    l’ouvrage hier délaissé
    et s’assiéra encore
    pour lire lentement
    le bras sur l’accoudoir
    quelque part
    dans la maison
    une horloge fatiguée
    décompte le temps

    Texte de Luc Fayard inspiré par Lumière du soir, de Claire Gruson


  • lézard

    Alain Courtaigne – Lézard des murailles (2020)

    si j’étais philosophe
    serein sur mon muret
    j’égrènerais des strophes
    par les ans tempérées

    je vivrais reposé
    dans les effluves d’herbe
    et des fleurs arrangées
    en de subtiles gerbes

    étendu sur mon lit
    de galets et de mousse
    les heures sans folie
    me rendraient l’âme douce

    ainsi libre d’envies
    ni joyeux ni peiné
    je jouirais de ma vie
    pour des milliards d’année

    Texte de Luc Fayard, inspiré par la sculpture Lézard des murailles, d’Alain Courtaigne. 2020, taille directe de grès, longueur 150 cm


Dernières publications d’art et de poésie

  • Artaud (Antonin) : Van Gogh est peintre parce qu’il a recollecté la nature

    Je ne décrirai donc pas un tableau de Van Gogh après Van Gogh, mais je dirai que Van Gogh est peintre parce qu’il a recollecté la nature, qu’il l’a comme retranspirée et fait suer, qu’il a fait gicler en faisceaux sur ses toiles, en gerbes comme monumentales de couleurs, le séculaire concassement d’éléments, l’épouvantable pression élémentaire d’apostrophes, de stries, de virgules, de barres dont on ne peut plus croire après lui que les aspects naturels ne soient faits.

    Et de combien de coudoiements réprimés, de heurts oculaires pris sur le vif, de cillements pris dans le motif, les courants lumineux des forces qui travaillent la réalité ont-ils eu à renverser le barrage avant d’être enfin refoulés, et comme hissés sur la toile, et acceptés ?

    Il n’y a pas de fantômes dans les tableaux de Van Gogh, pas de visions, pas d’hallucinations.

    C’est de la vérité torride d’un soleil de deux heures de l’après-midi.

    Un lent cauchemar génésique petit à petit élucidé. Sans cauchemar et sans effet.

    Mais la souffrance du prénatal y est.

    C’est le luisant mouillé d’un herbage, de la tige d’un plant de blé qui est là prêt à être extradé.

    Et dont la nature un jour rendra compte.

    Comme la société aussi rendra compte de sa mort prématurée.

    Un plant de blé sous le vent incliné, avec au-dessus les ailes d’un seul oiseau en virgule posé, quel est le peintre, qui ne serait pas strictement peintre, qui aurait pu avoir comme Van Gogh l’audace de s’attaquer à un sujet d’une aussi désarmante simplicité ?

    Non, il n’y a pas de fantômes dans les tableaux de Van Gogh, pas de drame, pas de sujet et je dirai même pas d’objet, car le motif lui-même qu’est-ce que c’est ?

    Sinon quelque chose comme l’ombre de fer du motet d’une inénarrable musique antique, comme le leitmotiv d’un thème désespéré de son propre sujet.

    C’est de la nature nue et pure vue, telle qu’elle se révèle, quand on sait l’approcher d’assez près.

    Témoin ce paysage d’or fondu, de bronze cuit dans l’ancienne Égypte, où un énorme soleil s’appuie sur des toits si croulants de lumière qu’ils en sont comme en décomposition.

    Et je ne connais pas de peinture apocalyptique, hiéroglyphique, fantomatique ou pathétique qui me donne, à moi, cette sensation d’occulte étranglée, de cadavre d’un hermétisme inutile, tête ouverte, et qui rendrait sur le billot son secret.

    Je ne pense pas ce disant au Père Tranquille, ou à cette funambulesque allée d’automne où passe, en dernier, un vieil homme courbé avec un parapluie à sa manche accroché, comme le crochet d’un chiffonnier.

    Je repense à ses corbeaux aux ailes d’un noir de truffes lustrées.

    Je repense à son champ de blé : tête d’épi sur tête d’épi, et tout est dit,

    avec, devant, quelques petites têtes de coquelicots doucement semés, âcrement et nerveusement appliqués là, et clairsemés, sciemment et rageusement ponctués et déchiquetés.

    Seule la vie sait offrir ainsi des dénudations épidermiques qui parlent sous une chemise déboutonnée, et on ne sait pourquoi le regard incline à gauche plutôt qu’à droite, vers le monticule de chair frisée.

    Mais c’est ainsi et c’est un fait. Mais c’est ainsi et cela est fait.

    Occulte aussi sa chambre à coucher, si adorablement paysanne et semée comme d’une odeur à confire les blés qu’on voit frémir dans le paysage, au loin, derrière la fenêtre qui les cacherait.

    Paysanne aussi, la couleur du vieil édredon, d’un rouge de moule, d’oursin, de crevette, de rouget du Midi, d’un rouge de piment roussi.

    Et ce fut sûrement de la faute de van Gogh si la couleur de l’édredon de son lit fut dans le réel si réussie, et je ne vois pas quel est le tisseur qui aurait pu en transplanter l’inénarrable trempe, comme Van Gogh sut transborder du fond de son cerveau sur sa toile le rouge de cet inénarrable enduit.

    Et je ne sais pas combien de prêtres criminels rêvant dans la tête de leur soi-disant Saint-Esprit, l’or ocreux, le bleu infini d’une verrière à leur gouge « Marie », ont su isoler dans l’air, extraire des niches narquoises de l’air, ces cou- leurs à la bonne franquette qui sont tout un événement, où chaque coup de pinceau de Van Gogh sur la toile est pire qu’un événement.

    Une fois, ça donne une chambre proprette, mais d’un tain de baume ou d’arôme qu’aucun bénédictin ne saura plus retrouver pour amener à point ses alcools de santé.

    Une autre fois ça donne une simple meule par un énorme soleil écrasée.

    Cette chambre faisait penser au Grand Œuvre avec son mur blanc de perles claires, sur lequel une serviette de toilette rugueuse pend comme un vieux gri-gri paysan, inapprochable et réconfortant.

    Il y a de ces blancs de craie légers qui sont pires que d’anciens supplices, et jamais comme dans cette toile, le vieux scrupule opératoire du pauvre grand van Gogh n’apparaît.

    Car c’est bien cela tout Van Gogh, l’unique scrupule de la touche sourdement et pathétiquement appliquée. La couleur roturière des choses, mais si juste, si amoureusement juste qu’il n’y a pas de pierres précieuses qui puissent atteindre à sa rareté.

    Antonin Artaud — Van Gogh le suicidé de la société, Œuvres complètes, Éditions Gallimard, tome XIII Littérature et Poésie @super fans

    Artaud (Antonin) : Van Gogh est peintre parce qu’il a recollecté la nature

  • Readman Prud’homme (Camille) : C’est au printemps que je tombe

    c’est au printemps que je tombe, quand il n’y a nulle part pour le sombre, ni le ciel ni les conversations. dans l’illusion des choses qui s’adoucissent, je vois plutôt les duretés qui perdurent, et ce qui ne me concerne pas me chavire.
    j’ai vu des gens qui portaient des uniformes humiliants et d’autres à qui on criait des bêtises, j’ai vu des gens qui venaient de perdre leur amour et d’autres leur candeur et bien que ces drames nétaient pas les miens, ils mont renversée.
    le reste de l’année ce que je croise ne m’assaille pas toujours, mais au printemps on croirait qu’il n’y a plus de seuil entre ce que je suis et ce qui m’entoure.
    alors quand sortir devient hasardeux – quand sortir porte la promesse de nouvelles cruautés – je reste chez moi et j’attends en pensant aux villes assiégées.

    Camille Readman Prud’homme. quand je ne dis rien je pense encore (2021)

    Readman Prud’homme (Camille) : C’est au printemps que je tombe

  • Modèle d’un jour : Sylvie C.

    Modèle d’un jour : Sylvie C.

  • Modèle d’un jour : Marie G.

    Modèle d’un jour : Marie G.

  • Pablo Picasso – Suite d’animaux au trait (1941)

    Pablo Picasso – Suite d’animaux au trait (1941)

  • Henri Le Sidaner : La Table bleue (1923)

    Henri Le Sidaner : La Table bleue (1923)

  • Ajouts d’impressionnistes

    Ajouts d’impressionnistes

  • La Gazette d’Amavero n°18 – Lundi 9 février 2026

    La Gazette d’Amavero n°18 – Lundi 9 février 2026

  • Forough Farrokhzâd : Je saluerai encore le soleil

    Forough Farrokhzâd : Je saluerai encore le soleil

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Une couverture de la Gazette d'Amavero avec des portraits de Nikolaus, un enfant, et de Barbara, une femme âgée, accompagnés de descriptions artistiques.
Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025