Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.

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  • marche et musique (rythme et souffle au pays de Bray)

    pas à pas note à note pulsions égrenées
    pentes du haut et du bas douces effrénées
    œil intérieur connecté sur le monde en soi
    et les mains qui plongent ou font la balançoire

    la marche et la musique une offrande et un cri
    ton corps appuyé sur la matière et le vide
    t’offre lentement une construction multiple
    qui se déroule devant toi comme la vie

    le cœur crescendo quand ça grimpe durement
    double croche des pulsations tambourinées
    et le soupir gai quand s’aplatit le chemin
    pour que se joue la mélodie ensorcelée

    le présent impérieux imprègne l’âme nue
    tu n’as plus en tête ni futur ni mémoire
    juste une singulière vibration qui enfle
    enlaçant à travers toi le ciel et la terre

    chaque mouvement possède sa propre note
    le tout assemblé formant un destin unique
    une harmonie assouvie rythmée par le souffle
    et ce souffle pur est un espoir un arôme

    ose l’audace de vagabonder
    sur la voie subite qui se révèle
    dans la nouvelle cadence imposée
    par le monde arbitraire que tu crées

    une voie rude et longue sinueuse
    pleine de larmes rires de sueurs
    qui découvre lentement ses richesses
    écouter la vie la divine ivresse

    et la voir naître plaisir permanent
    grâce à cet aller-retour incessant
    prendre et donner inspirer expirer
    ce que tu crées provient de ce qui est

    à chacun son pas sa note cri et bonheur
    conception pure d’un moment d’éternité
    la beauté ressemble à un puzzle dérobé
    qui se dévoile quand les mains se lient au cœur

    marcheur et musicien l’un et l’autre accompli
    l’équilibre nait de ce groupe en conjonction
    la sagesse découle de confrontations
    auxquelles se mêle un petit grain de folie

    l’amour de la vie inconnu qui t’envahit
    te prend prestement dans ses cercles dans ses bras
    pour t’emporter au-delà du bien et du mal
    vers un monde nouveau où tout se réalise

    le silence t’entourait comme le désert
    il s’emplit maintenant de pulsations intimes
    qui te relient à tous les peuples de la terre
    et tu entends ton cœur profond battre à ce rythme

    rythme et souffle plein et vide énergie
    lumière et ténèbres souffrance et joie
    effort constant âme et main pas à pas
    musique et marche symphonies de vie


  • miroir de la montagne

    ombre animée des sapins choyés par le vent
    pentes bienveillantes à la longue blancheur
    et ce silence or et bleu nappant les hauteurs
    hantées d’aigles et de gypaètes seulement

    là les couleurs et les mouvements se répondent
    et se mêlent pour créer de nouvelles vies
    de nouvelles formes et là de nouveaux cris
    la nature n’est pas un temple elle est une onde

    c’est le pays de l’âme aux deux penchants
    celui des crêtes aigües noires et hautaines
    qui défient les siècles et les vents
    et un peu plus bas celui des courbes molles
    qui sans cassure s’étendent langoureusement

    la montagne est un miroir dans le miroir
    vers le bas les lignes fusionnent et bourdonnent
    vers le haut elles s’écartent et se taisent
    la vallée absorbe tout dans son cirque

    sur la neige il ne reste que le crissement de ton pas
    rythmé par ton souffle étonné tendre
    quand tu vois les traces de l’oiseau cendre
    et que tu pleures ce qui se vit sans toi

    les faitages des chalets créent des lignes brisées
    qui se répètent comme un dessin d’enfant
    fragiles hirondelles sur un fil crispé
    vers l’adret les couleurs du bois s’avancent fièrement
    et jaillissent de la forêt tels des avant postes
    chacun niché sur son promontoire

    au village le clocher bariolé proclame sa joie
    les rues aussi ont une double nature
    elles lancent des flèches vers l’horizon butant sur un mont
    ou créent des entrelacs de mystères accolés

    la force de cette unité vient de la multiplicité des plans
    voici l’avant et l’après voici la nature et voici l’homme
    voici le combat et l’harmonie la rage et la prière
    ici on ne se perd pas on avance d’un pas ferme

    le visage est celui de la terre et des roches
    aussi tailladé aussi brun qu’elles
    le sourire ressemble à la musique des rivières
    l’éclat des yeux éclaire plus loin que toi

    ici les gestes anciens ne sont pas oubliés
    ni le passé des hommes acharnés
    ici le temps ne s’arrête pas il bat
    le tempo des pays éminents
    où la lenteur est un art de vivre
    où chaque pas compte comme une offrande
    et si le soupir vient
    un regard haut l’éteint

    ici le temps respire au rythme des couleurs
    et quand l’ancolie refleurit
    l’homme s’ébroue et revit
    la montagne est un miroir du bonheur


  • karakoum

    la vie est un désert de karakoum
    un vent qui secoue les arbrisseaux malingres
    le soleil coiffant tout comme un chapeau
    et la piste qui court et s’efface

    la vie est un désert de karakoum
    avec son cratère qui fait boum
    son canal large et droit survolé de buses infidèles
    et l’éternel pêcheur venu de nulle part

    la vie est un désert de karakoum
    jaune sale et vert pâle
    avec ses couleurs pas franches
    tout est long et lent insaisissable
    comme le sable

    la vie est un désert de karakoum
    sans ombre ni relief
    le temps s’endort et rêve
    rien ne finira jamais

    la vie est un désert de karakoum
    peuplé d’histoires cruelles
    et d’espoirs sacrifiés
    et l’homme avance
    malgré tout


  • chênes verts

    chênes verts dénoués de rustres restanques
    soleil filtré créant un relief fractionné
    terre ocre et âcre aux cailloux de rochers
    grattée çà et là par quelques sangliers tenaces
    les champignons se montrent insolents
    les truffes se cachent évidemment
    ici on les entend légers
    des oiseaux sont heureux
    ils sont chez eux
    l’air possède une densité spéciale
    cristalline comme un sourire irréfléchi
    ténébreuse comme la texture des sens inspirés
    il faudra que tout reste ainsi
    l’homme ne va rien changer à cette riante gravité
    juste y ajouter le souffle de son passé
    pour qu’il se marie à ce présent mature
    juste un instrument de plus accordé
    à la symphonie ambiguë de la nature


  • univers parallèle

    dans un univers parallèle
    la joie régnait en maitre
    les poissons zigzaguaient

    sur des vagues de folie
    fanforonnes les algues jouaient 
    de la trompette bouchée
    la même substance
    de légèreté douce
    régnait dans l’eau et l’air 
    riant de leurs bêtises
    les êtres vivants 
    déployaient leurs antennes
    en étendards de victoire
    c’était peut-être le paradis


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  • Artaud (Antonin) : Van Gogh est peintre parce qu’il a recollecté la nature

    Je ne décrirai donc pas un tableau de Van Gogh après Van Gogh, mais je dirai que Van Gogh est peintre parce qu’il a recollecté la nature, qu’il l’a comme retranspirée et fait suer, qu’il a fait gicler en faisceaux sur ses toiles, en gerbes comme monumentales de couleurs, le séculaire concassement d’éléments, l’épouvantable pression élémentaire d’apostrophes, de stries, de virgules, de barres dont on ne peut plus croire après lui que les aspects naturels ne soient faits.

    Et de combien de coudoiements réprimés, de heurts oculaires pris sur le vif, de cillements pris dans le motif, les courants lumineux des forces qui travaillent la réalité ont-ils eu à renverser le barrage avant d’être enfin refoulés, et comme hissés sur la toile, et acceptés ?

    Il n’y a pas de fantômes dans les tableaux de Van Gogh, pas de visions, pas d’hallucinations.

    C’est de la vérité torride d’un soleil de deux heures de l’après-midi.

    Un lent cauchemar génésique petit à petit élucidé. Sans cauchemar et sans effet.

    Mais la souffrance du prénatal y est.

    C’est le luisant mouillé d’un herbage, de la tige d’un plant de blé qui est là prêt à être extradé.

    Et dont la nature un jour rendra compte.

    Comme la société aussi rendra compte de sa mort prématurée.

    Un plant de blé sous le vent incliné, avec au-dessus les ailes d’un seul oiseau en virgule posé, quel est le peintre, qui ne serait pas strictement peintre, qui aurait pu avoir comme Van Gogh l’audace de s’attaquer à un sujet d’une aussi désarmante simplicité ?

    Non, il n’y a pas de fantômes dans les tableaux de Van Gogh, pas de drame, pas de sujet et je dirai même pas d’objet, car le motif lui-même qu’est-ce que c’est ?

    Sinon quelque chose comme l’ombre de fer du motet d’une inénarrable musique antique, comme le leitmotiv d’un thème désespéré de son propre sujet.

    C’est de la nature nue et pure vue, telle qu’elle se révèle, quand on sait l’approcher d’assez près.

    Témoin ce paysage d’or fondu, de bronze cuit dans l’ancienne Égypte, où un énorme soleil s’appuie sur des toits si croulants de lumière qu’ils en sont comme en décomposition.

    Et je ne connais pas de peinture apocalyptique, hiéroglyphique, fantomatique ou pathétique qui me donne, à moi, cette sensation d’occulte étranglée, de cadavre d’un hermétisme inutile, tête ouverte, et qui rendrait sur le billot son secret.

    Je ne pense pas ce disant au Père Tranquille, ou à cette funambulesque allée d’automne où passe, en dernier, un vieil homme courbé avec un parapluie à sa manche accroché, comme le crochet d’un chiffonnier.

    Je repense à ses corbeaux aux ailes d’un noir de truffes lustrées.

    Je repense à son champ de blé : tête d’épi sur tête d’épi, et tout est dit,

    avec, devant, quelques petites têtes de coquelicots doucement semés, âcrement et nerveusement appliqués là, et clairsemés, sciemment et rageusement ponctués et déchiquetés.

    Seule la vie sait offrir ainsi des dénudations épidermiques qui parlent sous une chemise déboutonnée, et on ne sait pourquoi le regard incline à gauche plutôt qu’à droite, vers le monticule de chair frisée.

    Mais c’est ainsi et c’est un fait. Mais c’est ainsi et cela est fait.

    Occulte aussi sa chambre à coucher, si adorablement paysanne et semée comme d’une odeur à confire les blés qu’on voit frémir dans le paysage, au loin, derrière la fenêtre qui les cacherait.

    Paysanne aussi, la couleur du vieil édredon, d’un rouge de moule, d’oursin, de crevette, de rouget du Midi, d’un rouge de piment roussi.

    Et ce fut sûrement de la faute de van Gogh si la couleur de l’édredon de son lit fut dans le réel si réussie, et je ne vois pas quel est le tisseur qui aurait pu en transplanter l’inénarrable trempe, comme Van Gogh sut transborder du fond de son cerveau sur sa toile le rouge de cet inénarrable enduit.

    Et je ne sais pas combien de prêtres criminels rêvant dans la tête de leur soi-disant Saint-Esprit, l’or ocreux, le bleu infini d’une verrière à leur gouge « Marie », ont su isoler dans l’air, extraire des niches narquoises de l’air, ces cou- leurs à la bonne franquette qui sont tout un événement, où chaque coup de pinceau de Van Gogh sur la toile est pire qu’un événement.

    Une fois, ça donne une chambre proprette, mais d’un tain de baume ou d’arôme qu’aucun bénédictin ne saura plus retrouver pour amener à point ses alcools de santé.

    Une autre fois ça donne une simple meule par un énorme soleil écrasée.

    Cette chambre faisait penser au Grand Œuvre avec son mur blanc de perles claires, sur lequel une serviette de toilette rugueuse pend comme un vieux gri-gri paysan, inapprochable et réconfortant.

    Il y a de ces blancs de craie légers qui sont pires que d’anciens supplices, et jamais comme dans cette toile, le vieux scrupule opératoire du pauvre grand van Gogh n’apparaît.

    Car c’est bien cela tout Van Gogh, l’unique scrupule de la touche sourdement et pathétiquement appliquée. La couleur roturière des choses, mais si juste, si amoureusement juste qu’il n’y a pas de pierres précieuses qui puissent atteindre à sa rareté.

    Antonin Artaud — Van Gogh le suicidé de la société, Œuvres complètes, Éditions Gallimard, tome XIII Littérature et Poésie @super fans

    Artaud (Antonin) : Van Gogh est peintre parce qu’il a recollecté la nature

  • Readman Prud’homme (Camille) : C’est au printemps que je tombe

    c’est au printemps que je tombe, quand il n’y a nulle part pour le sombre, ni le ciel ni les conversations. dans l’illusion des choses qui s’adoucissent, je vois plutôt les duretés qui perdurent, et ce qui ne me concerne pas me chavire.
    j’ai vu des gens qui portaient des uniformes humiliants et d’autres à qui on criait des bêtises, j’ai vu des gens qui venaient de perdre leur amour et d’autres leur candeur et bien que ces drames nétaient pas les miens, ils mont renversée.
    le reste de l’année ce que je croise ne m’assaille pas toujours, mais au printemps on croirait qu’il n’y a plus de seuil entre ce que je suis et ce qui m’entoure.
    alors quand sortir devient hasardeux – quand sortir porte la promesse de nouvelles cruautés – je reste chez moi et j’attends en pensant aux villes assiégées.

    Camille Readman Prud’homme. quand je ne dis rien je pense encore (2021)

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Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025