rien à dire
le ciel est sale
les regards fuient
le bruit partout
un jour d’hiver
sans pluie
sans pli
sempiternel
marcher
respirer
je la croise
un sourire
non
tant pis
m’en fous
j’existe encore
Blog « Fleureter »
Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.
Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.
rien à dire
le ciel est sale
les regards fuient
le bruit partout
un jour d’hiver
sans pluie
sans pli
sempiternel
marcher
respirer
je la croise
un sourire
non
tant pis
m’en fous
j’existe encore
ce qui tombe du ciel
n’est pas un crachin breton
c’est une infamie
de l’eau lourde et méchante
la goutte épaisse et bien grasse
sans chichis
cette pluie ne s’insinue pas elle frappe
elle veut tout tremper
les petits et les gros
le cou le genou les endroits sensibles
sur la peau et sur la terre
des doigts de pieds jusqu’aux cimes des arbres
rien ne lui résistera
ce n’est pas un rideau cette pluie
c’est une grille une prison un marteau
quand elle vous vient dessus
comme ça
sans prévenir
vous n’êtes plus qu’une mare
une dégoulinade
rien ne sert de résister
c’est foutu
et puis au moment où vous allez hurler
sur cette averse ennemie
pluie brutale des ténèbres sans vent
violeuse d’espaces et de temps
hop elle est partie
aussi légère qu’une plume
la garce
et vous restez là comme un sourd
les bras ballants le souffle court
l’œil humide sans aucune arme
baptisé pour l’éternité
enchainé à un sol en loque
tandis que la dernière larme
quittant votre sourcil dressé
tombe sur le sol mouillé floc
Elle l’avait quitté. Submergé par son chagrin d’amour, il décida d’en finir. Allongé tout nu dans la baignoire, il pleura longtemps et mécaniquement. Les larmes jaillissaient en cascade, glissaient sur ses joues rouges comme des fourmis translucides. Il tenait la tête légèrement penchée pour qu’elles tombent plus vite au fond. Il y eut une flaque, qui devint grosse. L’eau monta. Elle couvrit ses orteils, s’insinua entre ses cuisses, dépassa ses genoux. Il pleurait encore et encore, versant des litres de regrets.
L’eau montait toujours.
Lorsqu’il fut entièrement recouvert, il s’apprêta à plonger.
Hélas, après s’être vidé de toutes ses larmes, son corps ne pesait plus rien : il flottait désespérément sur l’eau, comme un corps mort de bateau. Vingt fois, il essaya de rester au fond, à chaque fois il remontait sans avoir eu le temps d’avaler la moindre gorgée. Au bout d’un moment, le jeu l’amusa et il se mit à rire, à rire, à rire, en ouvrant grand la bouche. L’eau lui envahit la gorge par surprise et l’étouffa. Il mourut dans un dernier hoquet avec un drôle de rictus.
Readman Prud’homme (Camille) : C’est au printemps que je tombe
c’est au printemps que je tombe, quand il n’y a nulle part pour le sombre, ni le ciel ni les conversations. dans l’illusion des choses qui s’adoucissent, je vois plutôt les duretés qui perdurent, et ce qui ne me concerne pas me chavire.
j’ai vu des gens qui portaient des uniformes humiliants et d’autres à qui on criait des bêtises, j’ai vu des gens qui venaient de perdre leur amour et d’autres leur candeur et bien que ces drames nétaient pas les miens, ils mont renversée.
le reste de l’année ce que je croise ne m’assaille pas toujours, mais au printemps on croirait qu’il n’y a plus de seuil entre ce que je suis et ce qui m’entoure.
alors quand sortir devient hasardeux – quand sortir porte la promesse de nouvelles cruautés – je reste chez moi et j’attends en pensant aux villes assiégées.
Camille Readman Prud’homme. quand je ne dis rien je pense encore (2021)







