Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

1 439 artistes • 759 auteurs
publiés dans Amavero

  • devant toi familière

    devant toi
    familière
    la grande ourse
    immense
    t’attire
    invinciblement
    dans ton dos
    la voie lactée
    tombe
    en léchant la mer
    face à toi
    le lever de vénus
    l’incroyable éclat
    de jupiter
    star du ciel
    pressée
    une étoile filante
    vient te saluer
    et quand tu regardes
    vers le haut du mât
    le feu de ton voilier
    ajoute une étoile au ciel
    les lumières blanches
    du plancton et des méduses
    défilent
    sous le bateau
    dans un ruban sautillant
    tu ne sais
    si tu les déranges
    ou les attires
    et puis
    ce bruit mouvant
    du sillage
    sur la coque
    à la fois caresse force
    et destin
    l’écran glauque du radar
    et ses taches vertes
    pour te rappeler
    que tu n’es jamais seul
    l’horizon percé
    de points lumineux
    à décoder
    la mer noire
    qui te cerne
    te porte et te surveille
    et ton regard
    qui ne sait où se poser
    vers l’eau
    ou vers le bateau
    vers l’extérieur
    où vers l’intérieur de toi


  • morts sombres

    dans le désert où tout est répété 
    enfouis par des années de terre rocailleuse 
    confinant en sépulcre leurs âmes rêveuses

    je contacte les morts sombres sous mes pieds

    je les devine qui souffrent gémissent
    au souvenir des chevaux mors aux dents
    et des troupeaux de yaks aux mille sangs
    moutons et chèvres mêlés aux comices

    le temps s’est arrêté je sens
    le temps serpent temps araignée
    grand moqueur de l’air et des gens
    maître de l’univers du vent

    et pourtant sous le ciel de pluie
    la roue a tourné malgré lui
    des 4×4 se sont introduits
    violant le passé du décor
    insouciants du tumulte en terre
    où se découragent les morts
    égarés surpris délétères
    cassés par le cri des moteurs 
    le crépitement des radios
    le grésillement des antennes
    tous les dieux anciens sont outrés

    et quand nous partirons tristes bohèmes
    enchainés au présent des charlatans
    laissant seuls les nomades survivants
    les morts ne seront jamais plus les mêmes


  • moine bouddha

    moi le moine je suis bouddha
    à côté du bouddha
    j’ai son sourire
    le même sens de la vacuité
    de l’être et des objets
    une perception réservée aux initiés
    alors quel est le plus bouddha des deux

    jour après jour le vide se fait en moi
    je m’approche de la vraie nature du monde
    mon ego perd sa forme
    j’ai déjà renoncé à tout 
    je respire l’impermanence des choses
    tout viendra à moi
    même vos regards votre brouhaha
    je les accepte 
    ils s’intègrent à l’harmonie naturelle
    ne cherchez pas 
    il n’y a rien à trouver
    laissez simplement la paix venir en vous
    et vous sourirez
    comme moi

  • lumière et vie

    elle me dit
    que la lumière soit
    mais la lumière fuit
    elle insiste elle me dit
    je suis la lumière
    alors pour lui plaire
    j’imite Giono
    si tu veux ta place au soleil
    ne cherches pas à faire de la place
    fais du soleil

    subjugué par le sortilège
    je saisis mon crayon sacrilège
    j’écris longtemps fiévreusement
    de tout mon être frémissant
    je veux du soleil et de l’ombre
    sur les murmures des enfants
    je veux des rayons de folie
    sur les silences des murs blancs
    transperçant le fil de la vie
    j’entends la vibration du monde
    née de chaque instant altérable
    distillé par l’infinie ronde
    des joies et peines insatiables
    le soir ensemble tapis
    on écouterait 
    la douce nuit tomber
    sur nos têtes alanguies
    on pleurerait un peu
    sur le passé sinueux
    sur les destinées mystérieuses
    l’élégant ciel de Provence 
    rose et bleu
    serait strié
    de ses trainées vaporeuses
    la cigale infatigable 
    continuerait de pousser
    son cri rogue et nu
    d’un air peu aimable
    sans souci du noir venu

    et le matin 
    la lumière clamerait 
    je suis là
    à nouveau
    plus forte qu’hier
    plus déterminée

    ici même l’ombre te donne la force de vivre
    à la frontière de couleurs infinies
    tu discernes tout 
    les peines et les envies
    les chagrins et les désirs
    tu vois la vie qui s’agrandit de courbes floues
    tu vois les mains qui se tendent et se nouent
    tu vois les yeux des autres qui te disent vas-y
    pleure aime joue ris
    tu vois l’amour qui enveloppe tout
    dans ses bras ivres et doux
    ton cœur apaisera ses cris

    le violent torrent de ton âme
    grâce à ces yeux affectueux
    suivra un cours moins frénétique
    goûtant même l’égarement
    le temps devenu flegmatique
    vibrant au rythme du présent

    alors
    plein de gaieté reconnaissante
    ce jour serein de l’accalmie
    à ta jeunesse impatiente
    je dirai simplement merci
    d’avoir su me parler 
    juste quand il le fallait
    de lumière et de vie

    à L.


  • libellule

    tu as la grâce libellule
    un sourire énigme de muse
    le cœur gros comme un gros diamant
    cœur d’or cœur d’amour cœur vibrant

    marchant sur la pointe des pieds
    de peur d’abimer le sentier
    de la vie riche que tu sculptes
    tu embrasses la terre entière
    les arbres les fleurs et la mer

    d’un air tranquille sans tumulte
    tu croques tes rêves d’enfant
    qui s’envolent en riant

    tu es si farouche et secrète
    qu’on n’ose t »effleurer
    mais du haut de ton port de tête
    victorieux altier
    tu abrites un monde bleu
    qui rend les gens heureux

Dernières publications d’art et de poésie

  • Artaud (Antonin) : Van Gogh est peintre parce qu’il a recollecté la nature

    Je ne décrirai donc pas un tableau de Van Gogh après Van Gogh, mais je dirai que Van Gogh est peintre parce qu’il a recollecté la nature, qu’il l’a comme retranspirée et fait suer, qu’il a fait gicler en faisceaux sur ses toiles, en gerbes comme monumentales de couleurs, le séculaire concassement d’éléments, l’épouvantable pression élémentaire d’apostrophes, de stries, de virgules, de barres dont on ne peut plus croire après lui que les aspects naturels ne soient faits.

    Et de combien de coudoiements réprimés, de heurts oculaires pris sur le vif, de cillements pris dans le motif, les courants lumineux des forces qui travaillent la réalité ont-ils eu à renverser le barrage avant d’être enfin refoulés, et comme hissés sur la toile, et acceptés ?

    Il n’y a pas de fantômes dans les tableaux de Van Gogh, pas de visions, pas d’hallucinations.

    C’est de la vérité torride d’un soleil de deux heures de l’après-midi.

    Un lent cauchemar génésique petit à petit élucidé. Sans cauchemar et sans effet.

    Mais la souffrance du prénatal y est.

    C’est le luisant mouillé d’un herbage, de la tige d’un plant de blé qui est là prêt à être extradé.

    Et dont la nature un jour rendra compte.

    Comme la société aussi rendra compte de sa mort prématurée.

    Un plant de blé sous le vent incliné, avec au-dessus les ailes d’un seul oiseau en virgule posé, quel est le peintre, qui ne serait pas strictement peintre, qui aurait pu avoir comme Van Gogh l’audace de s’attaquer à un sujet d’une aussi désarmante simplicité ?

    Non, il n’y a pas de fantômes dans les tableaux de Van Gogh, pas de drame, pas de sujet et je dirai même pas d’objet, car le motif lui-même qu’est-ce que c’est ?

    Sinon quelque chose comme l’ombre de fer du motet d’une inénarrable musique antique, comme le leitmotiv d’un thème désespéré de son propre sujet.

    C’est de la nature nue et pure vue, telle qu’elle se révèle, quand on sait l’approcher d’assez près.

    Témoin ce paysage d’or fondu, de bronze cuit dans l’ancienne Égypte, où un énorme soleil s’appuie sur des toits si croulants de lumière qu’ils en sont comme en décomposition.

    Et je ne connais pas de peinture apocalyptique, hiéroglyphique, fantomatique ou pathétique qui me donne, à moi, cette sensation d’occulte étranglée, de cadavre d’un hermétisme inutile, tête ouverte, et qui rendrait sur le billot son secret.

    Je ne pense pas ce disant au Père Tranquille, ou à cette funambulesque allée d’automne où passe, en dernier, un vieil homme courbé avec un parapluie à sa manche accroché, comme le crochet d’un chiffonnier.

    Je repense à ses corbeaux aux ailes d’un noir de truffes lustrées.

    Je repense à son champ de blé : tête d’épi sur tête d’épi, et tout est dit,

    avec, devant, quelques petites têtes de coquelicots doucement semés, âcrement et nerveusement appliqués là, et clairsemés, sciemment et rageusement ponctués et déchiquetés.

    Seule la vie sait offrir ainsi des dénudations épidermiques qui parlent sous une chemise déboutonnée, et on ne sait pourquoi le regard incline à gauche plutôt qu’à droite, vers le monticule de chair frisée.

    Mais c’est ainsi et c’est un fait. Mais c’est ainsi et cela est fait.

    Occulte aussi sa chambre à coucher, si adorablement paysanne et semée comme d’une odeur à confire les blés qu’on voit frémir dans le paysage, au loin, derrière la fenêtre qui les cacherait.

    Paysanne aussi, la couleur du vieil édredon, d’un rouge de moule, d’oursin, de crevette, de rouget du Midi, d’un rouge de piment roussi.

    Et ce fut sûrement de la faute de van Gogh si la couleur de l’édredon de son lit fut dans le réel si réussie, et je ne vois pas quel est le tisseur qui aurait pu en transplanter l’inénarrable trempe, comme Van Gogh sut transborder du fond de son cerveau sur sa toile le rouge de cet inénarrable enduit.

    Et je ne sais pas combien de prêtres criminels rêvant dans la tête de leur soi-disant Saint-Esprit, l’or ocreux, le bleu infini d’une verrière à leur gouge « Marie », ont su isoler dans l’air, extraire des niches narquoises de l’air, ces cou- leurs à la bonne franquette qui sont tout un événement, où chaque coup de pinceau de Van Gogh sur la toile est pire qu’un événement.

    Une fois, ça donne une chambre proprette, mais d’un tain de baume ou d’arôme qu’aucun bénédictin ne saura plus retrouver pour amener à point ses alcools de santé.

    Une autre fois ça donne une simple meule par un énorme soleil écrasée.

    Cette chambre faisait penser au Grand Œuvre avec son mur blanc de perles claires, sur lequel une serviette de toilette rugueuse pend comme un vieux gri-gri paysan, inapprochable et réconfortant.

    Il y a de ces blancs de craie légers qui sont pires que d’anciens supplices, et jamais comme dans cette toile, le vieux scrupule opératoire du pauvre grand van Gogh n’apparaît.

    Car c’est bien cela tout Van Gogh, l’unique scrupule de la touche sourdement et pathétiquement appliquée. La couleur roturière des choses, mais si juste, si amoureusement juste qu’il n’y a pas de pierres précieuses qui puissent atteindre à sa rareté.

    Antonin Artaud — Van Gogh le suicidé de la société, Œuvres complètes, Éditions Gallimard, tome XIII Littérature et Poésie @super fans

    Artaud (Antonin) : Van Gogh est peintre parce qu’il a recollecté la nature

  • Readman Prud’homme (Camille) : C’est au printemps que je tombe

    c’est au printemps que je tombe, quand il n’y a nulle part pour le sombre, ni le ciel ni les conversations. dans l’illusion des choses qui s’adoucissent, je vois plutôt les duretés qui perdurent, et ce qui ne me concerne pas me chavire.
    j’ai vu des gens qui portaient des uniformes humiliants et d’autres à qui on criait des bêtises, j’ai vu des gens qui venaient de perdre leur amour et d’autres leur candeur et bien que ces drames nétaient pas les miens, ils mont renversée.
    le reste de l’année ce que je croise ne m’assaille pas toujours, mais au printemps on croirait qu’il n’y a plus de seuil entre ce que je suis et ce qui m’entoure.
    alors quand sortir devient hasardeux – quand sortir porte la promesse de nouvelles cruautés – je reste chez moi et j’attends en pensant aux villes assiégées.

    Camille Readman Prud’homme. quand je ne dis rien je pense encore (2021)

    Readman Prud’homme (Camille) : C’est au printemps que je tombe

  • Modèle d’un jour : Sylvie C.

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  • Modèle d’un jour : Marie G.

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  • Pablo Picasso – Suite d’animaux au trait (1941)

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  • Henri Le Sidaner : La Table bleue (1923)

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  • Ajouts d’impressionnistes

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  • La Gazette d’Amavero n°18 – Lundi 9 février 2026

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  • Forough Farrokhzâd : Je saluerai encore le soleil

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Une couverture de la Gazette d'Amavero avec des portraits de Nikolaus, un enfant, et de Barbara, une femme âgée, accompagnés de descriptions artistiques.
Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025