Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

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publiés dans Amavero

  • halo qui luit

    peu à peu la nuit se pare de noir et brume
    s’emmitouflant dans un manteau d’ouate infernale
    aux teintes bleuies de zinc rocher d’araignée
    l’horizon gris s’enterre dans un brouillard sale
    abritant un labyrinthe d’inimitiés
    le ciel en pleurs se lie à la terre qui fume 

    désemparée par ce règne nu
    où les couleurs de la vie se diluent
    l’âme gémit désorientée
    pleurant les mots refoulés
    les émotions perdues
    les sourires reclus
    les sentiers lumineux qui se sont éteints
    les paysages qu’elle n’aura jamais peints

    elle fait plus que pleurer serpillière
    elle se tord de douleur la sorcière
    s’arrachant des tonnes de vies ratées
    les murs de la nuit noire se recréent

    dans le froid sombre comme une pieuvre qui hurle
    où tout se tait
    où rien ne plait
    furtif un mouvement esquisse une virgule
    ridicule
    derrière son halo bleuté
    la lune tente une épopée
    incertaine

    uniforme trouée de grisaille ironique
    le cercle mal dessiné
    s’élève péniblement sur les hommes
    pour que l’âme s’accroche
    sans la moindre anicroche

    je discerne là-bas une lueur moirée
    cible vacillante qui ne veut pas mourir
    étendard de révolte à la fin du soupir
    que je pourrai enfin brandir pour espérer

    le halo qui luit met le holà à ma nuit

    Image Dall.e pour illustrer le poème « halo qui luit »


    Texte de Luc Fayard illustré par l’IA


  • nénuphars

    Hélène Legrand – Naissance

    il faut oser
    étudier le nénuphar
    et pourtant tout y est
    l’ambiance spéciale
    du glauque exotique
    les couleurs en camaïeu
    qui s’épaulent
    on entend la grenouille
    on devine la libellule
    on imagine la mare
    et ses environs
    et cette joyeuse humidité
    qui l’entoure

    Texte de Luc Fayard inspiré par Naissance, par Hélène Legrand


  • contes

    Isabelle Mestchersky – Sable marin 12

    dans un pays
    de montagne et d’eau
    vivaient des animaux étranges
    à moitié transparents
    doués de langage
    et d’émotion
    ils savaient dessiner
    sur les rochers de grès
    et racontaient des contes
    doux et colorés
    aux enfants curieux
    qui venaient se réchauffer
    près d’eux
    et quand la pluie tombait
    que l’orage grondait
    tous se terraient
    au coin du feu
    et la nuit de peuplait
    d’histoires et de chants

    Texte de Luc Fayard inspiré par Sable marin 12, d’Isabelle Mestchersky


  • colonne

    Pierre-Auguste Renoir – Colonna Romano (1913)

    elle porte bien son nom
    la plantureuse colonna
    moderne décontractée
    habillée de bleu
    comme ses yeux
    qui voient bien plus loin
    qu’on imagine
    qui percent toute vanité
    avec elle
    il faut être simple et vrai
    peut-être alors
    vous gratifiera-t-elle
    d’un grand sourire
    venu de son cœur large

    Texte de Luc Fayard inspiré par Colonna Romano; De Pierre-Auguste Renoir


  • destin

    Paul Cézanne – Le Joueur de cartes (1890-1892)

    massif
    concentré
    silencieux
    tassé
    dans un coin du bistro
    il ne voit
    ne regarde
    que ses cartes
    pour lui le monde disparaît
    et commence même
    à s’effacer des murs
    son destin se joue
    dans sa main
    une fois de plus
    il s’interroge
    la vie est un pari

    Texte de Luc Fayard inspiré par Le Joueur de cartes, de Paul Cézanne

    Couverture du livre 'Poèmes courts sur des œuvres d'art. Volume 1 : Les impressionnistes' par Luc Fayard, publié par Éditions Amavero.
    beau-livre « Poèmes courts sur des œuvres d’art. Volume 1 : Les impressionnistes », Éditions Amavero, 2023

    Duo œuvre-poème publié dans le beau-livre papier
    Poèmes courts sur des œuvres d’art. Volume 1 :
    Les impressionnistes
    Éditions Amavero, Jouy-en-Josas, 2023
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  • Artaud (Antonin) : Van Gogh est peintre parce qu’il a recollecté la nature

    Je ne décrirai donc pas un tableau de Van Gogh après Van Gogh, mais je dirai que Van Gogh est peintre parce qu’il a recollecté la nature, qu’il l’a comme retranspirée et fait suer, qu’il a fait gicler en faisceaux sur ses toiles, en gerbes comme monumentales de couleurs, le séculaire concassement d’éléments, l’épouvantable pression élémentaire d’apostrophes, de stries, de virgules, de barres dont on ne peut plus croire après lui que les aspects naturels ne soient faits.

    Et de combien de coudoiements réprimés, de heurts oculaires pris sur le vif, de cillements pris dans le motif, les courants lumineux des forces qui travaillent la réalité ont-ils eu à renverser le barrage avant d’être enfin refoulés, et comme hissés sur la toile, et acceptés ?

    Il n’y a pas de fantômes dans les tableaux de Van Gogh, pas de visions, pas d’hallucinations.

    C’est de la vérité torride d’un soleil de deux heures de l’après-midi.

    Un lent cauchemar génésique petit à petit élucidé. Sans cauchemar et sans effet.

    Mais la souffrance du prénatal y est.

    C’est le luisant mouillé d’un herbage, de la tige d’un plant de blé qui est là prêt à être extradé.

    Et dont la nature un jour rendra compte.

    Comme la société aussi rendra compte de sa mort prématurée.

    Un plant de blé sous le vent incliné, avec au-dessus les ailes d’un seul oiseau en virgule posé, quel est le peintre, qui ne serait pas strictement peintre, qui aurait pu avoir comme Van Gogh l’audace de s’attaquer à un sujet d’une aussi désarmante simplicité ?

    Non, il n’y a pas de fantômes dans les tableaux de Van Gogh, pas de drame, pas de sujet et je dirai même pas d’objet, car le motif lui-même qu’est-ce que c’est ?

    Sinon quelque chose comme l’ombre de fer du motet d’une inénarrable musique antique, comme le leitmotiv d’un thème désespéré de son propre sujet.

    C’est de la nature nue et pure vue, telle qu’elle se révèle, quand on sait l’approcher d’assez près.

    Témoin ce paysage d’or fondu, de bronze cuit dans l’ancienne Égypte, où un énorme soleil s’appuie sur des toits si croulants de lumière qu’ils en sont comme en décomposition.

    Et je ne connais pas de peinture apocalyptique, hiéroglyphique, fantomatique ou pathétique qui me donne, à moi, cette sensation d’occulte étranglée, de cadavre d’un hermétisme inutile, tête ouverte, et qui rendrait sur le billot son secret.

    Je ne pense pas ce disant au Père Tranquille, ou à cette funambulesque allée d’automne où passe, en dernier, un vieil homme courbé avec un parapluie à sa manche accroché, comme le crochet d’un chiffonnier.

    Je repense à ses corbeaux aux ailes d’un noir de truffes lustrées.

    Je repense à son champ de blé : tête d’épi sur tête d’épi, et tout est dit,

    avec, devant, quelques petites têtes de coquelicots doucement semés, âcrement et nerveusement appliqués là, et clairsemés, sciemment et rageusement ponctués et déchiquetés.

    Seule la vie sait offrir ainsi des dénudations épidermiques qui parlent sous une chemise déboutonnée, et on ne sait pourquoi le regard incline à gauche plutôt qu’à droite, vers le monticule de chair frisée.

    Mais c’est ainsi et c’est un fait. Mais c’est ainsi et cela est fait.

    Occulte aussi sa chambre à coucher, si adorablement paysanne et semée comme d’une odeur à confire les blés qu’on voit frémir dans le paysage, au loin, derrière la fenêtre qui les cacherait.

    Paysanne aussi, la couleur du vieil édredon, d’un rouge de moule, d’oursin, de crevette, de rouget du Midi, d’un rouge de piment roussi.

    Et ce fut sûrement de la faute de van Gogh si la couleur de l’édredon de son lit fut dans le réel si réussie, et je ne vois pas quel est le tisseur qui aurait pu en transplanter l’inénarrable trempe, comme Van Gogh sut transborder du fond de son cerveau sur sa toile le rouge de cet inénarrable enduit.

    Et je ne sais pas combien de prêtres criminels rêvant dans la tête de leur soi-disant Saint-Esprit, l’or ocreux, le bleu infini d’une verrière à leur gouge « Marie », ont su isoler dans l’air, extraire des niches narquoises de l’air, ces cou- leurs à la bonne franquette qui sont tout un événement, où chaque coup de pinceau de Van Gogh sur la toile est pire qu’un événement.

    Une fois, ça donne une chambre proprette, mais d’un tain de baume ou d’arôme qu’aucun bénédictin ne saura plus retrouver pour amener à point ses alcools de santé.

    Une autre fois ça donne une simple meule par un énorme soleil écrasée.

    Cette chambre faisait penser au Grand Œuvre avec son mur blanc de perles claires, sur lequel une serviette de toilette rugueuse pend comme un vieux gri-gri paysan, inapprochable et réconfortant.

    Il y a de ces blancs de craie légers qui sont pires que d’anciens supplices, et jamais comme dans cette toile, le vieux scrupule opératoire du pauvre grand van Gogh n’apparaît.

    Car c’est bien cela tout Van Gogh, l’unique scrupule de la touche sourdement et pathétiquement appliquée. La couleur roturière des choses, mais si juste, si amoureusement juste qu’il n’y a pas de pierres précieuses qui puissent atteindre à sa rareté.

    Antonin Artaud — Van Gogh le suicidé de la société, Œuvres complètes, Éditions Gallimard, tome XIII Littérature et Poésie @super fans

    Artaud (Antonin) : Van Gogh est peintre parce qu’il a recollecté la nature

  • Readman Prud’homme (Camille) : C’est au printemps que je tombe

    c’est au printemps que je tombe, quand il n’y a nulle part pour le sombre, ni le ciel ni les conversations. dans l’illusion des choses qui s’adoucissent, je vois plutôt les duretés qui perdurent, et ce qui ne me concerne pas me chavire.
    j’ai vu des gens qui portaient des uniformes humiliants et d’autres à qui on criait des bêtises, j’ai vu des gens qui venaient de perdre leur amour et d’autres leur candeur et bien que ces drames nétaient pas les miens, ils mont renversée.
    le reste de l’année ce que je croise ne m’assaille pas toujours, mais au printemps on croirait qu’il n’y a plus de seuil entre ce que je suis et ce qui m’entoure.
    alors quand sortir devient hasardeux – quand sortir porte la promesse de nouvelles cruautés – je reste chez moi et j’attends en pensant aux villes assiégées.

    Camille Readman Prud’homme. quand je ne dis rien je pense encore (2021)

    Readman Prud’homme (Camille) : C’est au printemps que je tombe

  • Modèle d’un jour : Sylvie C.

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  • Henri Le Sidaner : La Table bleue (1923)

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Une couverture de la Gazette d'Amavero avec des portraits de Nikolaus, un enfant, et de Barbara, une femme âgée, accompagnés de descriptions artistiques.
Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025