Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.
Dans les archives d’InfoTekArt, quelques pépites indémodables, comme celle-ci qui parle du blues des années 30 et des formidables cartoons de Robert Crumb, qui vit en France maintenant
Robert Crumb a croqué tous les musiciens blues, jazz et country qu’il aimait : je l’ai retrouvé dans ce bouquin extraordinaire:
qui comprend un CD avec des enregistrements des années 1930. C’est le type qui a créé Fritz The Cat ,et la fameuse image reproduite sur des millions de tee-shirts « Keep on Trucking », ou encore la pochette de l’album Cheap Thrills de Big Brother & The Holding Co. (avec Janis Joplin).
Lire cet excellent dossier de Singulart sur Robert Crumb
Cliquez sur l’image ci-dessous pour voir en grand une belle planche des dessins de R.Crumb (tirée de son livre) 👇
En cadeau, je vous offre
« I Got Mine » de Frank Stokes
dont le jeu de guitare préfigure Bob Dylan. C’est sa photo de pochette de disque qui a inspiré la couverture de la BD (en haut).
Écoutez ce blues de 1928 !
(sur mon serveur Infomaniak, sans pub, ce n’est pas Youtube!) source
Quant à Robert Crumb, il vit en France maintenant depuis 1991. J’aimerais bien boire un verre avec lui. Au fait, l’éditeur de ce type de blues, allez le visiter: www.yazoorecords.com.
Critique d’art, Félix Fénéon se promenait dans les expositions et disait tout le bien qu’il pensait des nouveaux impressionnistes, dans un style inimitable. Extraits.
Edgar Degas – Le Tub (1886) – pastel sur cartonEdgar Degas – Femme à la bassine (1886)Edgar Degas – La Toilette (1884-1886)
De M. Degas.
Des femmes emplissent de leur accroupissement cucurbitant la coque des tubs : l’une, le menton à la poitrine, se râpe la nuque; l’autre, en une torsion qui la fait virante, le bras collé au dos, d’une éponge qui mousse se travaille les régions coccygiennes.
Une anguleuse échine se tend; des avant-bras, dégageant des seins en virgouleuses(1), plongent verticalement entre des jambes pour mouiller une débarbouilloire dans l’eau d’un tub où des pieds trempent.
S’abattent une chevelure sur des épaules, un buste sur des hanches, un ventre sur des cuisses, des membres sur leurs jointures, et cette maritorne (2), vue du plafond; debout sur son lit, mains plaquées aux fesses, semble une série de cylindres, renflés un peu, qui s’emboîtent.
De front, agenouillée, les cuisses disjointes, la tête inclinée sur la flaccidité (3) du torse, une fille s’essuie.
Et c’est dans d’obscures chambres d’hôtel meublé, dans d’étroits réduits que ces corps aux riches patines, ces corps talés (4) par les noces, les couches et les maladies, se décortiquent ou s’étirent.
Mais voici du plein air. Une baigneuse de rivière, dans des verdures, remet sa chemise qui plane, ballonnante sur des bras s’arquant haut. Trois villageoises, bestiales et bien découplées, entrent dans une rivière et, le dos courbé, bombant l’énormité de croupes où le soleil s’écrase, ramant l’air de leurs bras simiesquement demi-tendus, s’avancent vers la grande eau, à laborieux pas; sur leurs mollets, un chien-loup halète.
Dans l’œuvre de M. Degas — et de quel autre? – les peaux humaines vivent d’une vie expressive. Les lignes de ce cruel et sagace observateur élucident, à travers les difficultés de raccourcis follement elliptiques, la mécanique de tous les mouvements; d’un être qui bouge, elles n’enregistrent pas seulement le geste essentiel, mais ses plus minimes et lointaines répercussions myologiques (5) : d’où cette définitive unité de dessin. Art de réalisme et qui cependant ne procède pas d’une vision directe : dès qu’un être se sait observé, il perd sa naïve spontanéité de fonctionnement; M. Degas ne copie donc pas d’après nature il accumule sur un même sujet une multitude de croquis où son œuvre puisera une véracité irréfragable; jamais tableaux n’ont moins évoqué la pénible image du « modèle » qui « pose ».
Sa couleur est d’une artificieuse et personnelle maîtrise; il l’extériorisera sur la bariolure turbulente des jockeys, sur les rubans et les lèvres des ballerines; aujourd’hui il la manifeste par des effets étouffés et comme latents, dont le prétexte est pris au roux d’une tignasse, aux plis violâtres d’un linge mouillé, au rose d’une mante pendue, aux irisations acrobatiques roulant au cirque d’une cuvette.
Extraits de Œuvres, Les impressionnistes en 1886, 8e exposition impressionniste du 15 mai au 15 juin, rue Laffitte, 1
(1) en poire (2) femme malpropre (3) état de ce qui est flasque (4) endommagés (5) relatifs aux muscles
A InfoTekArt, j’ai eu la chance d’avoir quelques auteur(e)s externes qui se sont proposé(e)s pour un article ou une critique de livre. Je republie avec plaisir cette note détaillée d’Angèle Paoli sur l’astronomie au féminin.
Yaël Nazé est l’auteur de nombreux ouvrages dont le plus récent, L’astronomie au féminin, vient d’être publié chez Vuibert en mars 2006.
Anders Zorn : Sommarnöje (Plaisir d’été) (1886)
André Derain : Madame Matisse en Kimono (1905)
Oscar Howe : Retreat (1968)
Fernand Léger : La Grande Parade sur fond rouge (1926)
Nick Alm : Blue Café (2020)
Jackson Pollock : Paysage avec un cheval (1933-1934)
Man Ray : Femme (1923)
Richard Dadd : The Fairy Feller’s Master-Stroke (1855-1864)
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