Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

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publiés dans Amavero

  • devant toi familière

    devant toi
    familière
    la grande ourse
    immense
    t’attire
    invinciblement
    dans ton dos
    la voie lactée
    tombe
    en léchant la mer
    face à toi
    le lever de vénus
    l’incroyable éclat
    de jupiter
    star du ciel
    pressée
    une étoile filante
    vient te saluer
    et quand tu regardes
    vers le haut du mât
    le feu de ton voilier
    ajoute une étoile au ciel
    les lumières blanches
    du plancton et des méduses
    défilent
    sous le bateau
    dans un ruban sautillant
    tu ne sais
    si tu les déranges
    ou les attires
    et puis
    ce bruit mouvant
    du sillage
    sur la coque
    à la fois caresse force
    et destin
    l’écran glauque du radar
    et ses taches vertes
    pour te rappeler
    que tu n’es jamais seul
    l’horizon percé
    de points lumineux
    à décoder
    la mer noire
    qui te cerne
    te porte et te surveille
    et ton regard
    qui ne sait où se poser
    vers l’eau
    ou vers le bateau
    vers l’extérieur
    où vers l’intérieur de toi


  • morts sombres

    dans le désert où tout est répété 
    enfouis par des années de terre rocailleuse 
    confinant en sépulcre leurs âmes rêveuses

    je contacte les morts sombres sous mes pieds

    je les devine qui souffrent gémissent
    au souvenir des chevaux mors aux dents
    et des troupeaux de yaks aux mille sangs
    moutons et chèvres mêlés aux comices

    le temps s’est arrêté je sens
    le temps serpent temps araignée
    grand moqueur de l’air et des gens
    maître de l’univers du vent

    et pourtant sous le ciel de pluie
    la roue a tourné malgré lui
    des 4×4 se sont introduits
    violant le passé du décor
    insouciants du tumulte en terre
    où se découragent les morts
    égarés surpris délétères
    cassés par le cri des moteurs 
    le crépitement des radios
    le grésillement des antennes
    tous les dieux anciens sont outrés

    et quand nous partirons tristes bohèmes
    enchainés au présent des charlatans
    laissant seuls les nomades survivants
    les morts ne seront jamais plus les mêmes


  • moine bouddha

    moi le moine je suis bouddha
    à côté du bouddha
    j’ai son sourire
    le même sens de la vacuité
    de l’être et des objets
    une perception réservée aux initiés
    alors quel est le plus bouddha des deux

    jour après jour le vide se fait en moi
    je m’approche de la vraie nature du monde
    mon ego perd sa forme
    j’ai déjà renoncé à tout 
    je respire l’impermanence des choses
    tout viendra à moi
    même vos regards votre brouhaha
    je les accepte 
    ils s’intègrent à l’harmonie naturelle
    ne cherchez pas 
    il n’y a rien à trouver
    laissez simplement la paix venir en vous
    et vous sourirez
    comme moi

  • lumière et vie

    elle me dit
    que la lumière soit
    mais la lumière fuit
    elle insiste elle me dit
    je suis la lumière
    alors pour lui plaire
    j’imite Giono
    si tu veux ta place au soleil
    ne cherches pas à faire de la place
    fais du soleil

    subjugué par le sortilège
    je saisis mon crayon sacrilège
    j’écris longtemps fiévreusement
    de tout mon être frémissant
    je veux du soleil et de l’ombre
    sur les murmures des enfants
    je veux des rayons de folie
    sur les silences des murs blancs
    transperçant le fil de la vie
    j’entends la vibration du monde
    née de chaque instant altérable
    distillé par l’infinie ronde
    des joies et peines insatiables
    le soir ensemble tapis
    on écouterait 
    la douce nuit tomber
    sur nos têtes alanguies
    on pleurerait un peu
    sur le passé sinueux
    sur les destinées mystérieuses
    l’élégant ciel de Provence 
    rose et bleu
    serait strié
    de ses trainées vaporeuses
    la cigale infatigable 
    continuerait de pousser
    son cri rogue et nu
    d’un air peu aimable
    sans souci du noir venu

    et le matin 
    la lumière clamerait 
    je suis là
    à nouveau
    plus forte qu’hier
    plus déterminée

    ici même l’ombre te donne la force de vivre
    à la frontière de couleurs infinies
    tu discernes tout 
    les peines et les envies
    les chagrins et les désirs
    tu vois la vie qui s’agrandit de courbes floues
    tu vois les mains qui se tendent et se nouent
    tu vois les yeux des autres qui te disent vas-y
    pleure aime joue ris
    tu vois l’amour qui enveloppe tout
    dans ses bras ivres et doux
    ton cœur apaisera ses cris

    le violent torrent de ton âme
    grâce à ces yeux affectueux
    suivra un cours moins frénétique
    goûtant même l’égarement
    le temps devenu flegmatique
    vibrant au rythme du présent

    alors
    plein de gaieté reconnaissante
    ce jour serein de l’accalmie
    à ta jeunesse impatiente
    je dirai simplement merci
    d’avoir su me parler 
    juste quand il le fallait
    de lumière et de vie

    à L.


  • libellule

    tu as la grâce libellule
    un sourire énigme de muse
    le cœur gros comme un gros diamant
    cœur d’or cœur d’amour cœur vibrant

    marchant sur la pointe des pieds
    de peur d’abimer le sentier
    de la vie riche que tu sculptes
    tu embrasses la terre entière
    les arbres les fleurs et la mer

    d’un air tranquille sans tumulte
    tu croques tes rêves d’enfant
    qui s’envolent en riant

    tu es si farouche et secrète
    qu’on n’ose t »effleurer
    mais du haut de ton port de tête
    victorieux altier
    tu abrites un monde bleu
    qui rend les gens heureux

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  • Shelley (Percy-Bysshe) : To a Skylark (À une alouette)

    Hail to thee, blithe Spirit!
    Bird thou never wert,
    That from Heaven, or near it,
    Pourest thy full heart
    In profuse strains of unpremeditated art.
    Higher still and higher
    From the earth thou springest
    Like a cloud of fire;
    The blue deep thou wingest,
    And singing still dost soar, and soaring ever singest.
    In the golden lightning
    Of the sunken sun
    O’er which clouds are bright’ning,
    Thou dost float and run,
    Like an unbodied joy whose race is just begun.
    The pale purple even
    Melts around thy flight;
    Like a star of Heaven
    In the broad daylight
    Thou art unseen, but yet I hear thy shrill delight:
    Keen as are the arrows
    Of that silver sphere,
    Whose intense lamp narrows
    In the white dawn clear
    Until we hardly see — we feel that it is there.
    All the earth and air
    With thy voice is loud.
    As, when night is bare,
    From one lonely cloud
    The moon rains out her beams, and heaven is overflowed.
    What thou art we know not;
    What is most like thee?
    From rainbow clouds there flow not
    Drops so bright to see
    As from thy presence showers a rain of melody.
    Like a poet hidden
    In the light of thought,
    Singing hymns unbidden,
    Till the world is wrought
    To sympathy with hopes and fears it heeded not:
    Like a high-born maiden
    In a palace tower,
    Soothing her love-laden
    Soul in secret hour
    With music sweet as love, which overflows her bower:
    Like a glow-worm golden
    In a dell of dew,
    Scattering unbeholden
    Its aerial hue
    Among the flowers and grass, which screen it from the view:
    Like a rose embowered
    In its own green leaves,
    By warm winds deflowered,
    Till the scent it gives
    Makes faint with too much sweet these heavy-winged thieves.
    Sound of vernal showers
    On the twinkling grass,
    Rain-awakened flowers,
    All that ever was
    Joyous, and clear, and fresh, thy music doth surpass.
    Teach us, sprite or bird,
    What sweet thoughts are thine:
    I have never heard
    Praise of love or wine
    That panted forth a flood of rapture so divine.
    Chorus hymeneal
    Or triumphal chaunt
    Matched with thine, would be all
    But an empty vaunt —
    A thing wherein we feel there is some hidden want.
    What objects are the fountains
    Of thy happy strain?
    What fields, or waves, or mountains?
    What shapes of sky or plain?
    What love of thine own kind? what ignorance of pain?
    With thy clear keen joyance
    Languor cannot be:
    Shadow of annoyance
    Never came near thee:
    Thou lovest, but ne’er knew love’s sad satiety.
    Waking or asleep,
    Thou of death must deem
    Things more true and deep
    Than we mortals dream,
    Or how could thy notes flow in such a crystal stream?
    We look before and after,
    And pine for what is not:
    Our sincerest laughter
    With some pain is fraught;
    Our sweetest songs are those that tell of saddest thought.
    Yet if we could scorn
    Hate, and pride, and fear;
    If we were things born
    Not to shed a tear,
    I know not how thy joy we ever should come near.
    Better than all measures
    Of delightful sound,
    Better than all treasures
    That in books are found,
    Thy skill to poet were, thou scorner of the ground!
    Teach me half the gladness
    That thy brain must know,
    Such harmonious madness
    From my lips would flow
    The world should listen then, as I am listening now!

    Salut à toi, Esprit joyeux! 
    Car oiseau jamais tu ne fus 
    Qui dans le ciel, et presqu’aux Cieux 
    Epanche en longs accents profus 
    Un coeur empli de sons qu’aucun art n’a conçus. 
    De la terre où tu prends essor, 
    Nuage de feu jaillissant, 
    Tu t’élèves plus haut encore 
    Loin au-dessus de l’océan 
    Ne cessant l’ascension, ta chanson ne cessant. 
    Dans le soleil crépusculaire 
    Et l’or de son évanescence 
    Où les nuées se font plus claires 
    Tu sembles flotter, puis t’élances 
    Comme une joie sans corps dont la course commence. 
    Même pâleur et cramoisi 
    S’effacent quand tu les pourfends; 
    Comme une étoile en plein midi, 
    Nul ne te voit au firmament, 
    Pourtant j’entends le cri de ton enchantement; 
    Ardent comme là-haut la sphère 
    Aux si vives flèches d’argent, 
    Mais dont s’estompe la lumière 
    Dans la clarté du matin blanc 
    Jusqu’à n’être vue guère, que l’on sent là pourtant. 
    Partout sur terre et dans les airs 
    Ta puissante voix retentit 
    Comme quand la lune à travers 
    Le seul nuage de la nuit 
    Inonde tout le ciel de lumineuse pluie. 
    Ce que tu es nous ignorons; 
    Qu’est-ce qui le mieux te décrit? 
    Car les gouttes d’arc-en-ciel n’ont 
    Des nues jamais resplendi 
    Comme tombe l’averse de ta mélodie. 
    Ainsi le poète oublié 
    Dans sa lumière intérieure, 
    Chantant, sans en être prié, 
    L’hymne à ses espoirs et ses peurs 
    Aux hommes ébahis d’y découvrir les leurs; 
    Ainsi la noble damoiselle 
    Au palais, dans sa haute tour, 
    Qui des musiques les plus belles 
    Berce son coeur épris d’amour 
    Sans savoir qu’elle charme aussi toute la cour; 
    Ainsi le ver luisant doré 
    Dont la couleur seule est perçue 
    Au fond d’un vallon de rosée, 
    Parsemant ce halo diffus 
    Parmi l’herbe et les fleurs où lui est hors de vue; 
    Ainsi le rosier habillé 
    Du feuillage vert de ses fleurs 
    Que le vent brûlant vient piller 
    Mais dont l’odorante douceur 
    Fera s’évanouir l’aérien détrousseur. 
    L’averse vernale et son bruit 
    Sur les herbes qui étincellent, 
    Les fleurs éveillées par la pluie, 
    Joies pures et vives, certes, mais elles 
    Ne surpassent jamais ta musique éternelle. 
    Apprends-nous donc, sylphe ou oiseau, 
    Les doux pensers qui sont les tiens; 
    Je n’ai jamais entendu mots 
    D’éloge à l’amour ou au vin 
    Déclamés en un flot de bonheur si divin. 
    Chants de triomphe et choeurs nuptiaux, 
    Si à ta voix on les compare, 
    Nous paraissent creux, sonnent faux 
    Et ne sont que vaines fanfares 
    Auxquelles font défaut les choses les plus rares. 
    Quelle est la source, quel est l’objet 
    De cette chantante fontaine? 
    Des bois? Des vagues? De hauts sommets? 
    Des formes de ciel ou de plaine? 
    L’amour de ton espèce? Le mépris de la peine? 
    Car dans ton pur ravissement 
    La langueur ne trouve point place; 
    Et l’ombre du désagrément 
    Jamais même ne te menace; 
    Tu aimes, mais de l’amour ignores ce qui lasse. 
    En éveil, ou lorsque tu dors, 
    N’est-ce pas qu’en toi s’illumine 
    Plus de vérité sur la mort 
    Que les mortels n’en imaginent, 
    Pour que coulent de toi notes si cristallines? 
    Nous voulons demain et hier, 
    Après eux soupirons sans cesse; 
    Dans nos rires les plus sincères, 
    Il est toujours quelque détresse; 
    Et nos chants sont plus beaux qui parlent de tristesse. 
    Pourtant si nous avions pouvoir 
    D’oublier peur, orgueil et haine, 
    Si nous étions nés pour avoir 
    De la vie ni larmes ni peine, 
    Comme ta joie dès lors nous paraîtrait lointaine. 
    Ton art, mieux que tous les ténors 
    Qui touchent l’âme profonde, 
    Ton art, mieux que tous les trésors 
    Dont tant de grands livres abondent, 
    Servirait le poète, ô oublieux du monde! 
    Apprends-moi un peu du plaisir 
    Connu d’un coeur toujours content, 
    Pareil harmonieux délire 
    Coulerait alors dans mon chant; 
    Le monde m’entendrait, comme moi je t’entends! 

    Percy Bysshe Shelley – Traduction : Jean-Luc Wronski – source : poesie.net

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Une couverture de la Gazette d'Amavero avec des portraits de Nikolaus, un enfant, et de Barbara, une femme âgée, accompagnés de descriptions artistiques.
Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025