Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

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publiés dans Amavero

  • c'est surtout quand elle penche la tête

    c’est surtout quand elle penche la tête
    sur le côté
    légèrement
    qu’il devient fou
    avec ce décalage de position

    dans le mouvement
    les cheveux déjà longs
    tombent un peu plus
    et ses yeux sombres
    se plissent
    avec un point d’interrogation
    niché tout au fond

    il suffit
    qu’elle ait ce geste infime
    pour que son cœur explose
    il n’entend ni ne voit rien d’autre qu’elle
    auréolée de sa grâce
    lumineuse
    chantante

    si tu n’as jamais connu ce moment
    tu n’as rien vécu
    va pleurer sur les quais
    personne pour te consoler

    on dirait une pouliche
    qui se déhanche pour s’endormir
    et la brume viendrait se répandre autour d’elle
    pour la protéger du regard des hérons

    on dirait un pont qui s’élance
    suspendu dans le vide
    et la circulation s’arrêterait pour le regarder

    un jour elle était restée comme cela
    si longtemps
    à le contempler
    qu’il avait cru à un torticolis
    elle se demandait simplement
    qui il était au fond

    comme s’il le savait

    il aurait du dire
    le trop plein du cœur
    la tête qui cogne
    au lieu de rester muet
    benêt souriant

    alors après cette éternité figée
    sans réponse
    elle avait soupiré
    redressé la tête
    et disparu
    ses pieds effleurant à peine le sol
    fantôme au cœur tendre déçu
    il n’avait entendu que ce soupir
    à l’affreuse douceur

    aujourd’hui encore
    il résonne dans sa tête
    comme un crissement sourd
    tandis qu’il la cherche
    désespéré
    dans les rêves du monde entier


  • jardin en friche (friche)

    que vas-tu trouver si tu plonges en toi
    la plupart du temps un jardin en friche
    non clos ouvert aux courants d’air
    tout y grandit poussé par le vent
    et tu t’agites là-dedans
    comme un jardinier épileptique
    l’herbe est raide la graine sauvage
    ta nature profonde vit sans respect
    des lois de l’harmonie plate
    rebelle tu fouines tu creuses
    tu verras des fleurs aux couleurs violentes
    dans des recoins sombres
    et du chiendent dans ta plus belle plate-bande
    tu verras des lignes de fuite brisées
    dans des allées trop larges
    le temps est fragile dans ton jardin fou
    le soleil y chauffe trop fort
    la pluie tombe à verse
    tout pousse trop vite ou tout brûle
    et tes mains mon Dieu tes belles mains d’artiste
    regarde les rongées creusées gercées
    par les travaux de terrassier
    qui usent ton souffle et ton dos

    fou tu continues pourtant
    et voici qu’un soir un peu plus calme
    la brise et le ciel doux se tenant la main émules
    les oiseaux pépiant pour une fois sans tumulte
    assis contre le mur aux vieux vergers
    tu contemples ta vie agitée
    et elle te plait


  • ambiance train

    ambiance train fin de journée
    de quai en quai ça bouge
    ils vont quelque part c’est sûr
    mus par un désir un besoin
    ils s’y pressent sans détour
    avec de gros sacs
    ou de petites larmes cachées
    chacun sait pourquoi il est là
    ou fait semblant de s’en contenter
    c’est rare d’errer dans une gare
    une gare ça aiguille ça bourdonne
    ça distribue les chemins
    ça ne pense pas une gare
    ça bruisse
    ici on ne vaque pas on va
    et puis la machine s’ébranle
    emportant toutes ces vies dans ses mains
    destins unis par le même bruit balancé
    tous dans le même train train
    ils se disperseront arrêt après arrêt
    comme un jeu de cartes envolées
    pétales de marguerite effeuillés
    par le souffle mécanique du train
    trieur de hasard et de destinées
    je n’aime pas le train
    ni la fin de journée


  • le jeune berger

    Ces drôles de gens pressés
    Je les entendais depuis longtemps
    Ils se sont arrêtés dans un bruit de ferraille
    Avec leur vieille bagnole pourrie
    C’est malin tout le troupeau a fui

    Pourquoi me regardent-ils comme ça ?
    Étrangers, salut !
    Voici ma terre ses pierres dures et noires
    Voici le fleuve Indus toujours pressé
    Qui court après les nuages
    Voici les montagnes immenses de mon pays
    Vous pouvez lever la tête
    Elles seront toujours plus hautes que vous (rire)

    Ici, le sol est gris comme la vie
    Le ciel bleu comme les rêves

    Les bêtes sont loin maintenant
    Il faut que j’aille les chercher
    J’ai faim j’ai froid
    Pour une fois j’aimerai rentrer avant la nuit

    Les étrangers sont remontés dans leur voiture bruyante
    Ils agitaient leurs mains comme pour chasser les mouches
    Ils me souriaient en partant
    Comme si on se connaissait !

    Maman, que fais-tu en ce moment au village?
    Aujourd’hui, j’aurai préféré rester là-bas
    Jouer avec les cousins
    Prendre la petite sœur dans mes bras
    Écouter les histoires du grand-père
    Au lieu d’être ici
    Seul
    A nouveau


  • princesse

    c’est drôle elle croit sans doute
    qu’elle peut cacher sa beauté
    derrière la main
    alors que tout en elle flamboie
    elle est la grâce effarouchée
    ce n’est pas le hasard
    qui crée son éclat
    les cheveux noirs
    se rassemblent savamment
    les étoffes explosent
    les bracelets s’imposent
    qui connaîtra jamais
    l’infinité de son sourire

    la façon sensuelle qu’elle a
    de déployer son corps grand et droit
    son port de princesse du Thar
    la fait régner sans partage
    sur le désert indien
    seul un homme sensible et juste
    pourra apprécier un tel don du ciel
    bénie soit-elle


Dernières publications d’art et de poésie

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  • Artaud (Antonin) : Van Gogh est peintre parce qu’il a recollecté la nature

    Je ne décrirai donc pas un tableau de Van Gogh après Van Gogh, mais je dirai que Van Gogh est peintre parce qu’il a recollecté la nature, qu’il l’a comme retranspirée et fait suer, qu’il a fait gicler en faisceaux sur ses toiles, en gerbes comme monumentales de couleurs, le séculaire concassement d’éléments, l’épouvantable pression élémentaire d’apostrophes, de stries, de virgules, de barres dont on ne peut plus croire après lui que les aspects naturels ne soient faits.

    Et de combien de coudoiements réprimés, de heurts oculaires pris sur le vif, de cillements pris dans le motif, les courants lumineux des forces qui travaillent la réalité ont-ils eu à renverser le barrage avant d’être enfin refoulés, et comme hissés sur la toile, et acceptés ?

    Il n’y a pas de fantômes dans les tableaux de Van Gogh, pas de visions, pas d’hallucinations.

    C’est de la vérité torride d’un soleil de deux heures de l’après-midi.

    Un lent cauchemar génésique petit à petit élucidé. Sans cauchemar et sans effet.

    Mais la souffrance du prénatal y est.

    C’est le luisant mouillé d’un herbage, de la tige d’un plant de blé qui est là prêt à être extradé.

    Et dont la nature un jour rendra compte.

    Comme la société aussi rendra compte de sa mort prématurée.

    Un plant de blé sous le vent incliné, avec au-dessus les ailes d’un seul oiseau en virgule posé, quel est le peintre, qui ne serait pas strictement peintre, qui aurait pu avoir comme Van Gogh l’audace de s’attaquer à un sujet d’une aussi désarmante simplicité ?

    Non, il n’y a pas de fantômes dans les tableaux de Van Gogh, pas de drame, pas de sujet et je dirai même pas d’objet, car le motif lui-même qu’est-ce que c’est ?

    Sinon quelque chose comme l’ombre de fer du motet d’une inénarrable musique antique, comme le leitmotiv d’un thème désespéré de son propre sujet.

    C’est de la nature nue et pure vue, telle qu’elle se révèle, quand on sait l’approcher d’assez près.

    Témoin ce paysage d’or fondu, de bronze cuit dans l’ancienne Égypte, où un énorme soleil s’appuie sur des toits si croulants de lumière qu’ils en sont comme en décomposition.

    Et je ne connais pas de peinture apocalyptique, hiéroglyphique, fantomatique ou pathétique qui me donne, à moi, cette sensation d’occulte étranglée, de cadavre d’un hermétisme inutile, tête ouverte, et qui rendrait sur le billot son secret.

    Je ne pense pas ce disant au Père Tranquille, ou à cette funambulesque allée d’automne où passe, en dernier, un vieil homme courbé avec un parapluie à sa manche accroché, comme le crochet d’un chiffonnier.

    Je repense à ses corbeaux aux ailes d’un noir de truffes lustrées.

    Je repense à son champ de blé : tête d’épi sur tête d’épi, et tout est dit,

    avec, devant, quelques petites têtes de coquelicots doucement semés, âcrement et nerveusement appliqués là, et clairsemés, sciemment et rageusement ponctués et déchiquetés.

    Seule la vie sait offrir ainsi des dénudations épidermiques qui parlent sous une chemise déboutonnée, et on ne sait pourquoi le regard incline à gauche plutôt qu’à droite, vers le monticule de chair frisée.

    Mais c’est ainsi et c’est un fait. Mais c’est ainsi et cela est fait.

    Occulte aussi sa chambre à coucher, si adorablement paysanne et semée comme d’une odeur à confire les blés qu’on voit frémir dans le paysage, au loin, derrière la fenêtre qui les cacherait.

    Paysanne aussi, la couleur du vieil édredon, d’un rouge de moule, d’oursin, de crevette, de rouget du Midi, d’un rouge de piment roussi.

    Et ce fut sûrement de la faute de van Gogh si la couleur de l’édredon de son lit fut dans le réel si réussie, et je ne vois pas quel est le tisseur qui aurait pu en transplanter l’inénarrable trempe, comme Van Gogh sut transborder du fond de son cerveau sur sa toile le rouge de cet inénarrable enduit.

    Et je ne sais pas combien de prêtres criminels rêvant dans la tête de leur soi-disant Saint-Esprit, l’or ocreux, le bleu infini d’une verrière à leur gouge « Marie », ont su isoler dans l’air, extraire des niches narquoises de l’air, ces cou- leurs à la bonne franquette qui sont tout un événement, où chaque coup de pinceau de Van Gogh sur la toile est pire qu’un événement.

    Une fois, ça donne une chambre proprette, mais d’un tain de baume ou d’arôme qu’aucun bénédictin ne saura plus retrouver pour amener à point ses alcools de santé.

    Une autre fois ça donne une simple meule par un énorme soleil écrasée.

    Cette chambre faisait penser au Grand Œuvre avec son mur blanc de perles claires, sur lequel une serviette de toilette rugueuse pend comme un vieux gri-gri paysan, inapprochable et réconfortant.

    Il y a de ces blancs de craie légers qui sont pires que d’anciens supplices, et jamais comme dans cette toile, le vieux scrupule opératoire du pauvre grand van Gogh n’apparaît.

    Car c’est bien cela tout Van Gogh, l’unique scrupule de la touche sourdement et pathétiquement appliquée. La couleur roturière des choses, mais si juste, si amoureusement juste qu’il n’y a pas de pierres précieuses qui puissent atteindre à sa rareté.

    Antonin Artaud — Van Gogh le suicidé de la société, Œuvres complètes, Éditions Gallimard, tome XIII Littérature et Poésie @super fans

    Artaud (Antonin) : Van Gogh est peintre parce qu’il a recollecté la nature

  • Readman Prud’homme (Camille) : C’est au printemps que je tombe

    c’est au printemps que je tombe, quand il n’y a nulle part pour le sombre, ni le ciel ni les conversations. dans l’illusion des choses qui s’adoucissent, je vois plutôt les duretés qui perdurent, et ce qui ne me concerne pas me chavire.
    j’ai vu des gens qui portaient des uniformes humiliants et d’autres à qui on criait des bêtises, j’ai vu des gens qui venaient de perdre leur amour et d’autres leur candeur et bien que ces drames nétaient pas les miens, ils mont renversée.
    le reste de l’année ce que je croise ne m’assaille pas toujours, mais au printemps on croirait qu’il n’y a plus de seuil entre ce que je suis et ce qui m’entoure.
    alors quand sortir devient hasardeux – quand sortir porte la promesse de nouvelles cruautés – je reste chez moi et j’attends en pensant aux villes assiégées.

    Camille Readman Prud’homme. quand je ne dis rien je pense encore (2021)

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Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025