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Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.


  • belle journée pour les arts en partage

    sous la baguette magique
    des bonnes fées des arts
    les musiciens musiquèrent
    la soprano soprana
    le poète … rima
    et c’est alors que
    sous la houlette de
    Valérie la fée cheffe
    les artistes artistèrent
    dans un grand ballet de crayons
    et de pinceaux multicolores
    elles bourdonnaient comme une ruche
    le scenario était bien ficelé
    d’abord le découpage en 16 pièces
    d’une photo issue elle-même
    d’une mise en scène élaborée
    par l’ineffable Jeff Wall
    puis chacune avec son rectangle A3
    porté contre son cœur
    comme un carton de prière
    ou de manifestation
    se mit à dessiner crayonner peindre
    son petit bout d’univers
    – ça crissait dans tous les coins –
    fin du premier acte
    on se mit alors
    à échanger son rectangle
    avec ceux de ses voisines
    et ce fut un trafic mémorable
    de traits et couleurs en tout genre
    enfin dans un silence théâtral
    les morceaux furent assemblés
    soudés par un scotch bleu
    sur l’envers du décor
    et donnant tout son sens
    à ce travail collectif
    l’on se remit à l’ouvrage
    pour adoucir les transitions
    d’un rectangle à l’autre
    et faire oublier les plis
    grande règle de la vie

    tout le monde souriait
    ce fut une belle journée
    pour les artistes pas tristes
    et les arts pas bizarres

    Œuvre réalisée par les artistes de l’association « Art en partage » de Chaville, sur la base d’une photographie de Jeff Wall
    Photographie de Jeff Wall – exposée au Moma

    Musiciens : Véronique Baron (piano), Isabelle Chayé-Mauvarin (violoncelle), Alexandre Derome (cor de basset), Marie-Hélène Dhollande (violoncelle), Geneviève Ellrodt (soprano), Pascal Fuchs (clarinette), Sabine Gignoux (violon), Clauge Grigy (clarinette), Jean-Marie L’Huillier (piano et chant), Florence Mulertt (flûte traversière). Classe de musique de chambre « Accords majeurs » du Conservatoire de Chaville .

    Œuvres jouées : Brahms, Mendelssohn, Berlioz, Viardot, Bonis, Hue…
    Artistes : Béatrice Boyer, Anne Dombre, Martine Durou, Martine Tayeb, Valérie Sizaret. Association L’Art en partage, Chaville.
    Poète : Luc Fayard (texte « ma compagne« )

    Photographe : Jeff Wall (exposé au Moma)

    Avec le soutien de l’association : Amavero art et poésie (Jouy-en-Josas)


  • visage

    Nina Mae Fowler – Paula (Sweet Charity) (2023) – fusain sur papier

    son visage est un paysage
    habillé d’ombre et de lumière
    les joues et le nez le menton
    sont des collines des vallons
    jouant des angles et des ronds

    mais le regard est le feu
    en dedans
    l’incendie fait rage

    et pour la pose
    la bouche si forte
    si bien dessinée
    mutique s’est fermée
    on sait pourtant
    qu’elle aurait pu raconter
    tant d’histoires de tumultes
    les folies des rencontres
    qu’elle a vécues

    mais pour une fois
    c’est décidé
    Paula se tait

    c’est elle
    qu’elle regarde
    fixement
    en silence
    rêvant à la vie
    qu’elle aurait eue
    dans un autre monde
    sans glamour
    ni paillettes

    voilà pourquoi
    ce matin-là
    en noir et blanc
    drapée d’orgueil
    et de tristesse
    sans sourciller
    Paula l’artiste
    laisse venir
    la larme à l’œil

    et le monde se tait
    subjugué

    Texte de Luc Fayard, inspiré par le dessin de Nina Mae Fowler « Paula (Sweet Charity) (2023) » paru en Une de Beaux Arts Magazine de mars 2025. Fusain sur papier mis en scène dans un cadre avec chaînes et perles baroques
    Publié par Amavero avec l’aimable autorisation de l’artiste.

    https://ninamaefowler.art/

    Mise à jour : ce texte et ce dessin sont aussi allés compléter notre petite galerie thématique commentée : « Portraits de femmes« 


  • poupée à roulettes

    Christina Bothwell – Talisman

    une poupée en céramique
    et à roulettes
    cela n’existe pas
    et pourtant me voilà
    fière et mystérieuse
    si fragile
    qu’on me suspend au mur

    les enfants ont juste le droit
    de me contempler
    et de me haïr
    puisque pas touche

    alors regardez-moi
    comme un totem
    je suis le signe
    de la précarité du monde
    j’ai le cœur serré
    les mains moites
    doigts collés par la peur

    un jour en claquant
    une fenêtre s’ouvrira
    le vent entrera
    en tourbillonnant
    et je tomberai par terre
    explosant
    en mille morceaux

    prenant pitié de moi
    une petite fille attendrie
    agenouillée sur le puzzle
    tentera de recoller mon âme
    mission impossible
    je finirai à la poubelle
    et le clou sur le mur rouillera

    pleurez braves gens
    la poupée à roulettes est morte
    et la légèreté du monde aussi

     

    Texte de Luc Fayard inspiré par la sculpture Talisman, de Christina Bothwell (1990) – technique mixte : verre coulé, céramique et objets trouvés

    Voir aussi les œuvres d’art sélectionnées par l’association Amavero: art contemporain dans Galerie d’art contemporain et moderne dans Galerie d’art moderne


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  • Artaud (Antonin) : Van Gogh est peintre parce qu’il a recollecté la nature

    Je ne décrirai donc pas un tableau de Van Gogh après Van Gogh, mais je dirai que Van Gogh est peintre parce qu’il a recollecté la nature, qu’il l’a comme retranspirée et fait suer, qu’il a fait gicler en faisceaux sur ses toiles, en gerbes comme monumentales de couleurs, le séculaire concassement d’éléments, l’épouvantable pression élémentaire d’apostrophes, de stries, de virgules, de barres dont on ne peut plus croire après lui que les aspects naturels ne soient faits.

    Et de combien de coudoiements réprimés, de heurts oculaires pris sur le vif, de cillements pris dans le motif, les courants lumineux des forces qui travaillent la réalité ont-ils eu à renverser le barrage avant d’être enfin refoulés, et comme hissés sur la toile, et acceptés ?

    Il n’y a pas de fantômes dans les tableaux de Van Gogh, pas de visions, pas d’hallucinations.

    C’est de la vérité torride d’un soleil de deux heures de l’après-midi.

    Un lent cauchemar génésique petit à petit élucidé. Sans cauchemar et sans effet.

    Mais la souffrance du prénatal y est.

    C’est le luisant mouillé d’un herbage, de la tige d’un plant de blé qui est là prêt à être extradé.

    Et dont la nature un jour rendra compte.

    Comme la société aussi rendra compte de sa mort prématurée.

    Un plant de blé sous le vent incliné, avec au-dessus les ailes d’un seul oiseau en virgule posé, quel est le peintre, qui ne serait pas strictement peintre, qui aurait pu avoir comme Van Gogh l’audace de s’attaquer à un sujet d’une aussi désarmante simplicité ?

    Non, il n’y a pas de fantômes dans les tableaux de Van Gogh, pas de drame, pas de sujet et je dirai même pas d’objet, car le motif lui-même qu’est-ce que c’est ?

    Sinon quelque chose comme l’ombre de fer du motet d’une inénarrable musique antique, comme le leitmotiv d’un thème désespéré de son propre sujet.

    C’est de la nature nue et pure vue, telle qu’elle se révèle, quand on sait l’approcher d’assez près.

    Témoin ce paysage d’or fondu, de bronze cuit dans l’ancienne Égypte, où un énorme soleil s’appuie sur des toits si croulants de lumière qu’ils en sont comme en décomposition.

    Et je ne connais pas de peinture apocalyptique, hiéroglyphique, fantomatique ou pathétique qui me donne, à moi, cette sensation d’occulte étranglée, de cadavre d’un hermétisme inutile, tête ouverte, et qui rendrait sur le billot son secret.

    Je ne pense pas ce disant au Père Tranquille, ou à cette funambulesque allée d’automne où passe, en dernier, un vieil homme courbé avec un parapluie à sa manche accroché, comme le crochet d’un chiffonnier.

    Je repense à ses corbeaux aux ailes d’un noir de truffes lustrées.

    Je repense à son champ de blé : tête d’épi sur tête d’épi, et tout est dit,

    avec, devant, quelques petites têtes de coquelicots doucement semés, âcrement et nerveusement appliqués là, et clairsemés, sciemment et rageusement ponctués et déchiquetés.

    Seule la vie sait offrir ainsi des dénudations épidermiques qui parlent sous une chemise déboutonnée, et on ne sait pourquoi le regard incline à gauche plutôt qu’à droite, vers le monticule de chair frisée.

    Mais c’est ainsi et c’est un fait. Mais c’est ainsi et cela est fait.

    Occulte aussi sa chambre à coucher, si adorablement paysanne et semée comme d’une odeur à confire les blés qu’on voit frémir dans le paysage, au loin, derrière la fenêtre qui les cacherait.

    Paysanne aussi, la couleur du vieil édredon, d’un rouge de moule, d’oursin, de crevette, de rouget du Midi, d’un rouge de piment roussi.

    Et ce fut sûrement de la faute de van Gogh si la couleur de l’édredon de son lit fut dans le réel si réussie, et je ne vois pas quel est le tisseur qui aurait pu en transplanter l’inénarrable trempe, comme Van Gogh sut transborder du fond de son cerveau sur sa toile le rouge de cet inénarrable enduit.

    Et je ne sais pas combien de prêtres criminels rêvant dans la tête de leur soi-disant Saint-Esprit, l’or ocreux, le bleu infini d’une verrière à leur gouge « Marie », ont su isoler dans l’air, extraire des niches narquoises de l’air, ces cou- leurs à la bonne franquette qui sont tout un événement, où chaque coup de pinceau de Van Gogh sur la toile est pire qu’un événement.

    Une fois, ça donne une chambre proprette, mais d’un tain de baume ou d’arôme qu’aucun bénédictin ne saura plus retrouver pour amener à point ses alcools de santé.

    Une autre fois ça donne une simple meule par un énorme soleil écrasée.

    Cette chambre faisait penser au Grand Œuvre avec son mur blanc de perles claires, sur lequel une serviette de toilette rugueuse pend comme un vieux gri-gri paysan, inapprochable et réconfortant.

    Il y a de ces blancs de craie légers qui sont pires que d’anciens supplices, et jamais comme dans cette toile, le vieux scrupule opératoire du pauvre grand van Gogh n’apparaît.

    Car c’est bien cela tout Van Gogh, l’unique scrupule de la touche sourdement et pathétiquement appliquée. La couleur roturière des choses, mais si juste, si amoureusement juste qu’il n’y a pas de pierres précieuses qui puissent atteindre à sa rareté.

    Antonin Artaud — Van Gogh le suicidé de la société, Œuvres complètes, Éditions Gallimard, tome XIII Littérature et Poésie @super fans

    Artaud (Antonin) : Van Gogh est peintre parce qu’il a recollecté la nature

  • Readman Prud’homme (Camille) : C’est au printemps que je tombe

    c’est au printemps que je tombe, quand il n’y a nulle part pour le sombre, ni le ciel ni les conversations. dans l’illusion des choses qui s’adoucissent, je vois plutôt les duretés qui perdurent, et ce qui ne me concerne pas me chavire.
    j’ai vu des gens qui portaient des uniformes humiliants et d’autres à qui on criait des bêtises, j’ai vu des gens qui venaient de perdre leur amour et d’autres leur candeur et bien que ces drames nétaient pas les miens, ils mont renversée.
    le reste de l’année ce que je croise ne m’assaille pas toujours, mais au printemps on croirait qu’il n’y a plus de seuil entre ce que je suis et ce qui m’entoure.
    alors quand sortir devient hasardeux – quand sortir porte la promesse de nouvelles cruautés – je reste chez moi et j’attends en pensant aux villes assiégées.

    Camille Readman Prud’homme. quand je ne dis rien je pense encore (2021)

    Readman Prud’homme (Camille) : C’est au printemps que je tombe

  • Modèle d’un jour : Sylvie C.

    Modèle d’un jour : Sylvie C.

  • Modèle d’un jour : Marie G.

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  • Pablo Picasso – Suite d’animaux au trait (1941)

    Pablo Picasso – Suite d’animaux au trait (1941)

  • Henri Le Sidaner : La Table bleue (1923)

    Henri Le Sidaner : La Table bleue (1923)

  • Ajouts d’impressionnistes

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Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025