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Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.


  • je veux tout

    je veux tout
    ensemble 
    à la fois
    l’amour et la joie
    la musique et les mots
    le nombre et le silence

    je veux le présent et le passé les nuits et les jours
    le futur je m’en fous il viendra toujours

    je veux des rires fous des tableaux couverts de nuages
    pour m’envoler dans leurs rêves bleus sans âge

    je veux qu’on m’aime et qu’on me déteste
    comme si j’étais le centre du monde
    au moins un soir une fois je me déleste
    je le promets je me tiendrais coi dans la lumière ronde

    sur la scène sous les feux de la rampe dorée
    tous les regards tournés vers mon cri
    me salueraient les yeux mouillés
    surtout les filles qui savent qui je suis
    surtout celles qui m’ont regardé la tête penchée
    avant de partir sans un seul regret

    et puis je m’en irai dans le noir de l’oubli
    sans me retourner à petits pas
    le dos voûté dans ses plis
    espérant les rappels qui ne viendront pas

    j’irai enfouir mon cœur en berne
    comme un ours qui hiberne

    je veux me souvenir du passé qui me fuit
    je n’ai pas toujours été ce que je suis

    j’aimerai tant redevenir l’enfant naïf
    souriant sur les photos noir et blanc
    être à nouveau cet ange blond
    au moins un jour une nuit
    le cœur lavé d’un regard pur
    quand la vie était encore un conte de fées
    rempli d’elfes gentils de sourires larges
    de soupes fumantes et de babils

    mais c’était avant que tout ne soit sali
    d’une manière incompréhensible
    la nuit se tapissait là tout près
    et blessa les gens que j’aimais
    je ne saurai jamais pourquoi
    je veux pouvoir pardonner 
    sans oublier
    mais c’est dur 
    mon âme a rouillé
    la porte de mon cœur s’est coincée

    alors 
    en attendant
    je veux des petits enfants 
    qui courent en riant dans la plaine
    habillant l’espace et le temps 
    de leurs pirouettes incertaines
    je les verrai grandir comme si j’étais immortel
    je veux tous mes amis flottant en ribambelle

    je veux tout
    la chaleur et le frisson
    la tristesse et le pardon
    je veux vivre chaque minute pleine de paix et de fureur
    je veux tout oublier et me souvenir de tout 
    du bonheur
    jusqu’au bout


  • tourbillon

    elle tourbillonne sans connaître sa force
    moi je n’ai que des mots
    elle est le tronc moi l’écorce
    incroyable elle entre sans permis dans mon cœur
    tandis que je gratte le sien coucou bonheur
    elle est la vie qui bouge et bondit
    avec elle tout est beauté
    elle est la compassion née
    chez elle est tout est vrai
    elle souffre avec ceux qui crient
    elle sait pleurer comme un gouffre
    et moi je me terre de peur de sombrer
    inassouvi le cœur buté
    et pourtant pourtant
    si j’avais le temps
    je lui dirais les mots ne sont pas que des mots
    ils sont aussi un bout d’âme brute
    un morceau d’éternité
    oui j’oserais dire l’infini face à la vie
    je lui dirais
    l’amour est une forteresse contre la mort
    que je bâtis autour de toi mauvais maçon
    ivre de mots remparts leviers pinceaux
    mon tourbillon ma vérité
    calligraphie de mes sentiments agités
    ma respiration petit grain de blé
    un poisson bouche ouverte vers l’immensité
    ma réponse une pause un bras
    un paysage qu’elle seule reconnaîtra
    elle saura que j’en suis l’auteur
    riant de toutes mes erreurs
    des feuilles de hêtre sur un tronc de platane
    elle me dira tu peins comme un âne
    et elle m’embrassera attendrie
    rêvant devant ce soleil éternel
    que moi seul aura su créer pour elle
    la tête sur mon épaule
    alanguie


  • guirlandes éclatées mes rêves d'elle

    en guirlandes éclatées
    en soleils nettoyés
    en pas de danse sur des cristaux argentés
    fragile autoroute de quatre heures du matin
    quand les brouillards dessinent l’horizon
    sont mes rêves mes rêves
    en nostalgie confuse
    en air de blues et d’alcools
    sur des nuits trop longues
    en larmes fraîches quand vient la rosée
    en reflets mouillés de belles vitrines
    gardant les avenues désertes
    sont mes rêves d’elle
    en tristesse repeinte et reniée
    en éventail japonais
    en chemins sillonnés
    en air d’orifice aux étoiles
    en cocasseries jalouses
    en impuissances vermeilles
    sur des vagues cassées
    sont mes rêves mes rêves
    en colliers picturaux
    d’audace aux sommets prestigieux
    en guitare désaccordée
    en chiens nus pitoyables
    comme les rames du dernier métro
    en rimes balbutiantes
    sont mes rêves d’elle
    en véronique d’Espagne
    dentelle rougissante
    en noir comme le noir de ses yeux
    où je me noie
    en aiguilles du temps désaxées
    brodant d’interminables ouvrages
    sont mes rêves mes rêves
    en noir comme ses cheveux
    noir mêlé du rose que je crée
    en hallucinations souveraines
    en boucliers de caprices
    brise libre par-dessus les toits
    voguants vers l’infini à petits pas
    sont mes rêves de toi


  • agrippe-toi

    agrippe-toi à moi je suis montagne
    respire-moi je suis ton souffle
    regarde-moi je suis ta lumière
    plonge en moi je suis l’océan
    suis-moi je suis ton chemin
    habite-moi je suis ton île
    vis-moi je suis ton âme
    aime-moi je suis là
    je suis l’amour


  • orgueil et paresse

    Pourquoi te lèves-tu le matin? A part l’envie de pisser, qu’est-ce qui te pousse ainsi à bouger? Moi, mon plus grand bonheur, une fois le café avalé au lit, est de me rencogner sous la couette. Je tente alors désespérément de retrouver mes rêves là où je les avais laissés. Tiens, cette nuit, j’étais en stage avec un groupe de jeunes femmes et d’hommes; on nous emmène dans un vestiaire où il faut se déshabiller et prendre sa douche, ensemble… Ding! C’est là que le réveil sonne!… Je ne saurai jamais la suite. Ni d’aucun de mes rêves sublimes et passionnants. Bien sûr, comme tout le monde, j’ai volé des heures durant au-dessus des toits et des campagnes et c’était plutôt agréable. Je suis tombé souvent dans des trous sans fin, je hurlais et c’était horrible. Je me suis retrouvé tout nu dans la rue et c’était honteux. Mais le réveil sonne, toujours. Il faut se lever, bouger, partir. Réincarné, je serais un lézard, c’est sûr
    En attendant, « chaque matin, le soleil se lève pour les autres » comme dit si bien Lautréamont. Il faut y aller, vers son destin du quotidien. Et le plus étonnant, c’est que sans haine et sans passion, j’y vais quand même. J’espère peut-être en secret que la comète s’écrase, que le sol se déchire, que je gagne au Loto sans jamais y jouer. Mais il ne se passe jamais rien de ce genre et je continue quand même à bouger.
    Dans une ultime réflexion sur moi-même, l’autre jour, j’ai enfin compris pourquoi: malgré l’évidence mille fois répétée, malgré le passé et l’histoire, malgré tous les échecs et toutes les frustrations, et aussi dingue que cela puisse paraître, je me crois encore pas tout à fait inutile. J’imagine dans ma folie égotique apporter une pierre essentielle à l’édifice. Je crois exister quand même, grain de sable oui, mais roseau pensant aussi : cette tige si faible, c’est moi et personne d’autre. Et ce moi qui m’exaspère c’est aussi celui qui me fait avancer.
    C’est donc bien l’immensité de mon orgueil qui contre la lourdeur de ma paresse. Je suis né avec: j’étais si bien dans le ventre de ma mère et il a fallu que cette lumière et ce bruit m’attirent, comme s’ils m’appellaient. Ce malentendu original est ma croix. J’ai cru qu’on me voulait, ailleurs, et j’y suis allé. Mille fois j’en suis revenu, dépité. Mille fois, j’y suis retourné.
    Chaque matin, je me lève quand même, après de longues hésitations, parce que je me dis que le monde a besoin de moi. Et il suffit d’un sourire pour que je le croie!…

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  • Artaud (Antonin) : Van Gogh est peintre parce qu’il a recollecté la nature

    Je ne décrirai donc pas un tableau de Van Gogh après Van Gogh, mais je dirai que Van Gogh est peintre parce qu’il a recollecté la nature, qu’il l’a comme retranspirée et fait suer, qu’il a fait gicler en faisceaux sur ses toiles, en gerbes comme monumentales de couleurs, le séculaire concassement d’éléments, l’épouvantable pression élémentaire d’apostrophes, de stries, de virgules, de barres dont on ne peut plus croire après lui que les aspects naturels ne soient faits.

    Et de combien de coudoiements réprimés, de heurts oculaires pris sur le vif, de cillements pris dans le motif, les courants lumineux des forces qui travaillent la réalité ont-ils eu à renverser le barrage avant d’être enfin refoulés, et comme hissés sur la toile, et acceptés ?

    Il n’y a pas de fantômes dans les tableaux de Van Gogh, pas de visions, pas d’hallucinations.

    C’est de la vérité torride d’un soleil de deux heures de l’après-midi.

    Un lent cauchemar génésique petit à petit élucidé. Sans cauchemar et sans effet.

    Mais la souffrance du prénatal y est.

    C’est le luisant mouillé d’un herbage, de la tige d’un plant de blé qui est là prêt à être extradé.

    Et dont la nature un jour rendra compte.

    Comme la société aussi rendra compte de sa mort prématurée.

    Un plant de blé sous le vent incliné, avec au-dessus les ailes d’un seul oiseau en virgule posé, quel est le peintre, qui ne serait pas strictement peintre, qui aurait pu avoir comme Van Gogh l’audace de s’attaquer à un sujet d’une aussi désarmante simplicité ?

    Non, il n’y a pas de fantômes dans les tableaux de Van Gogh, pas de drame, pas de sujet et je dirai même pas d’objet, car le motif lui-même qu’est-ce que c’est ?

    Sinon quelque chose comme l’ombre de fer du motet d’une inénarrable musique antique, comme le leitmotiv d’un thème désespéré de son propre sujet.

    C’est de la nature nue et pure vue, telle qu’elle se révèle, quand on sait l’approcher d’assez près.

    Témoin ce paysage d’or fondu, de bronze cuit dans l’ancienne Égypte, où un énorme soleil s’appuie sur des toits si croulants de lumière qu’ils en sont comme en décomposition.

    Et je ne connais pas de peinture apocalyptique, hiéroglyphique, fantomatique ou pathétique qui me donne, à moi, cette sensation d’occulte étranglée, de cadavre d’un hermétisme inutile, tête ouverte, et qui rendrait sur le billot son secret.

    Je ne pense pas ce disant au Père Tranquille, ou à cette funambulesque allée d’automne où passe, en dernier, un vieil homme courbé avec un parapluie à sa manche accroché, comme le crochet d’un chiffonnier.

    Je repense à ses corbeaux aux ailes d’un noir de truffes lustrées.

    Je repense à son champ de blé : tête d’épi sur tête d’épi, et tout est dit,

    avec, devant, quelques petites têtes de coquelicots doucement semés, âcrement et nerveusement appliqués là, et clairsemés, sciemment et rageusement ponctués et déchiquetés.

    Seule la vie sait offrir ainsi des dénudations épidermiques qui parlent sous une chemise déboutonnée, et on ne sait pourquoi le regard incline à gauche plutôt qu’à droite, vers le monticule de chair frisée.

    Mais c’est ainsi et c’est un fait. Mais c’est ainsi et cela est fait.

    Occulte aussi sa chambre à coucher, si adorablement paysanne et semée comme d’une odeur à confire les blés qu’on voit frémir dans le paysage, au loin, derrière la fenêtre qui les cacherait.

    Paysanne aussi, la couleur du vieil édredon, d’un rouge de moule, d’oursin, de crevette, de rouget du Midi, d’un rouge de piment roussi.

    Et ce fut sûrement de la faute de van Gogh si la couleur de l’édredon de son lit fut dans le réel si réussie, et je ne vois pas quel est le tisseur qui aurait pu en transplanter l’inénarrable trempe, comme Van Gogh sut transborder du fond de son cerveau sur sa toile le rouge de cet inénarrable enduit.

    Et je ne sais pas combien de prêtres criminels rêvant dans la tête de leur soi-disant Saint-Esprit, l’or ocreux, le bleu infini d’une verrière à leur gouge « Marie », ont su isoler dans l’air, extraire des niches narquoises de l’air, ces cou- leurs à la bonne franquette qui sont tout un événement, où chaque coup de pinceau de Van Gogh sur la toile est pire qu’un événement.

    Une fois, ça donne une chambre proprette, mais d’un tain de baume ou d’arôme qu’aucun bénédictin ne saura plus retrouver pour amener à point ses alcools de santé.

    Une autre fois ça donne une simple meule par un énorme soleil écrasée.

    Cette chambre faisait penser au Grand Œuvre avec son mur blanc de perles claires, sur lequel une serviette de toilette rugueuse pend comme un vieux gri-gri paysan, inapprochable et réconfortant.

    Il y a de ces blancs de craie légers qui sont pires que d’anciens supplices, et jamais comme dans cette toile, le vieux scrupule opératoire du pauvre grand van Gogh n’apparaît.

    Car c’est bien cela tout Van Gogh, l’unique scrupule de la touche sourdement et pathétiquement appliquée. La couleur roturière des choses, mais si juste, si amoureusement juste qu’il n’y a pas de pierres précieuses qui puissent atteindre à sa rareté.

    Antonin Artaud — Van Gogh le suicidé de la société, Œuvres complètes, Éditions Gallimard, tome XIII Littérature et Poésie @super fans

    Artaud (Antonin) : Van Gogh est peintre parce qu’il a recollecté la nature

  • Readman Prud’homme (Camille) : C’est au printemps que je tombe

    c’est au printemps que je tombe, quand il n’y a nulle part pour le sombre, ni le ciel ni les conversations. dans l’illusion des choses qui s’adoucissent, je vois plutôt les duretés qui perdurent, et ce qui ne me concerne pas me chavire.
    j’ai vu des gens qui portaient des uniformes humiliants et d’autres à qui on criait des bêtises, j’ai vu des gens qui venaient de perdre leur amour et d’autres leur candeur et bien que ces drames nétaient pas les miens, ils mont renversée.
    le reste de l’année ce que je croise ne m’assaille pas toujours, mais au printemps on croirait qu’il n’y a plus de seuil entre ce que je suis et ce qui m’entoure.
    alors quand sortir devient hasardeux – quand sortir porte la promesse de nouvelles cruautés – je reste chez moi et j’attends en pensant aux villes assiégées.

    Camille Readman Prud’homme. quand je ne dis rien je pense encore (2021)

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  • Modèle d’un jour : Sylvie C.

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Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025