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Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.


  • la porte du tableau

    le temps souffle comme le vent
    qui n’offre rien pour s’arrimer
    transmuant ton cœur élimé
    en nuée de limbes mouvants

    dans les ténèbres somnambule
    tu ne sais sur quel pied danser
    balbutiant et balancé
    tu sursautes comme une bulle

    grenouille sur un nénuphar
    luciole perdue dans la brume
    fleur de désir et d’amertume
    voilier louvoyant vers le phare

    suivant sa vocation ténue
    la mémoire de tes dix doigts
    cherche le toucher de l’émoi
    et le frisson de l’âme nue

    nuit et jour tu peins tu zigzagues
    dans un serpentin de questions
    un matin vient la solution
    ravir les écumes des vagues

    suivant ta foi ton idéal
    tu fais éclore du tableau
    une maison de terre et eau
    dont tu es le héros final

    étiré par ton repentir
    un trait pareil à une eau-forte
    sur la toile éclaire la porte
    par où tu peux enfin partir

    Hommage à Ou Tao-tseu (en japonais Godoshi) et Wang Fô

    Image créée par Dall.e pour illustrer le texte de Luc Fayard « la porte du tableau »


    Texte sélectionné pour L’Anthologie des meilleurs poèmes du Prix international Arthur Rimbaud 2022; Flamme de Bronze du Prix Flammes Vives 2022.

    Texte de Luc Fayard illustré par une image IA créée pour ce texte; voir une autre illustration de ce texte avec deux tableaux, un d’art moderne et un autre chinois du 13 e siècle.


  • je voudrais écrire

    je voudrais écrire
    les plus belles pages du monde
    que le monde lirait
    en pleurant un peu

    mes pages seraient des tableaux
    de tristesse et de beauté
    le beau est toujours triste
    quand il est intouchable

    au bout de la tristesse
    entre les lignes poindrait
    une faible lueur d’espoir
    ne pas mourir tout à fait

    je parlerais de l’amour
    trop fort débordant
    en vagues sur les rochers
    blanchis d’écume

    des désirs non accomplis
    du renoncement
    rogneur d’âme qui tient
    éloigné du but

    je dirai la mer
    et son horizon
    et les oiseaux verts
    là-bas qui s’en vont

    je dirai l’envie
    d’être un autre
    que cet empêtré
    dans la lourdeur des choses

    dans mes pages je volerais
    fièrement librement,
    sur ma vie sans frontières
    mon passé sans cadran

    je parlerai des yeux
    qui m’ont rendu fou
    et du dernier regard
    qui porta le noir infini

    je parlerai du temps perdu
    qui fuit lentement
    comme un goutte à goutte
    du sang des gens

    des mots qui se croisent
    sans s’entendre têtus
    comme deux rivières
    réticentes à confluer

    du soleil aveuglant
    qui ferme les yeux
    cédant à la chaleur
    de formes emmêlées

    je parlerai du corps
    qui s’abandonne en nudité
    de sa peau fruit rouge
    à croquer en délicatesse

    dans la foison de mes pages
    on verrait des tableaux
    à contempler longuement
    comme une source de vie

    les mots sont si faibles
    menteurs et réducteurs
    la peinture est le parangon
    de la création humaine

    je voudrais que mes mots
    se lisent comme un tableau
    une musique symphonique
    une matrice de liens

    je voudrais écrire l’océan
    des plus belles pages du monde
    pour que le monde s’y noie
    s’en nourrisse et renaisse

    Image créée par Dall.e pour illustrer le texte de Luc Fayard « je voudrais écrire »


    Texte de Luc Fayard illustré par une image IA créée pour ce texte.


  • pensée errante

    ma pensée part errante
    avide d’assouvir
    ses lubies d’asservir 
    sa chimère aberrante

    elle vaque intrigante
    toujours prête à servir
    son ardeur pour gravir 
    toute pente insouciante

    vif un son vient percer
    mon rêve dispersé
    le réel me fait face

    dur un monde insensé
    force mes yeux baissés
    ma pensée s’éteint lasse

    Texte de Luc Fayard. Voir et entendre la récitation musicale mise en scène dans Galerie Amavero

  • Supervielle (Jules) : Plein ciel

    J’avais un cheval
    Dans un champ de ciel
    Et je m’enfonçais
    Dans le jour ardent.

    (suite…)

  • Auteurs multiples : Sélection de poèmes

    Une fois n’est pas coutume, j’inclus dans mes choix un extrait d’une très belle sélection venue du site eternels-eclairs.fr, presqu’une anthologie ! Voici, extraite de ce site, la liste des auteurs que j’aime, que je rajoute donc bien volontiers, chaque lien renvoyant sur plusieurs poèmes de l’auteur:


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  • Artaud (Antonin) : Van Gogh est peintre parce qu’il a recollecté la nature

    Je ne décrirai donc pas un tableau de Van Gogh après Van Gogh, mais je dirai que Van Gogh est peintre parce qu’il a recollecté la nature, qu’il l’a comme retranspirée et fait suer, qu’il a fait gicler en faisceaux sur ses toiles, en gerbes comme monumentales de couleurs, le séculaire concassement d’éléments, l’épouvantable pression élémentaire d’apostrophes, de stries, de virgules, de barres dont on ne peut plus croire après lui que les aspects naturels ne soient faits.

    Et de combien de coudoiements réprimés, de heurts oculaires pris sur le vif, de cillements pris dans le motif, les courants lumineux des forces qui travaillent la réalité ont-ils eu à renverser le barrage avant d’être enfin refoulés, et comme hissés sur la toile, et acceptés ?

    Il n’y a pas de fantômes dans les tableaux de Van Gogh, pas de visions, pas d’hallucinations.

    C’est de la vérité torride d’un soleil de deux heures de l’après-midi.

    Un lent cauchemar génésique petit à petit élucidé. Sans cauchemar et sans effet.

    Mais la souffrance du prénatal y est.

    C’est le luisant mouillé d’un herbage, de la tige d’un plant de blé qui est là prêt à être extradé.

    Et dont la nature un jour rendra compte.

    Comme la société aussi rendra compte de sa mort prématurée.

    Un plant de blé sous le vent incliné, avec au-dessus les ailes d’un seul oiseau en virgule posé, quel est le peintre, qui ne serait pas strictement peintre, qui aurait pu avoir comme Van Gogh l’audace de s’attaquer à un sujet d’une aussi désarmante simplicité ?

    Non, il n’y a pas de fantômes dans les tableaux de Van Gogh, pas de drame, pas de sujet et je dirai même pas d’objet, car le motif lui-même qu’est-ce que c’est ?

    Sinon quelque chose comme l’ombre de fer du motet d’une inénarrable musique antique, comme le leitmotiv d’un thème désespéré de son propre sujet.

    C’est de la nature nue et pure vue, telle qu’elle se révèle, quand on sait l’approcher d’assez près.

    Témoin ce paysage d’or fondu, de bronze cuit dans l’ancienne Égypte, où un énorme soleil s’appuie sur des toits si croulants de lumière qu’ils en sont comme en décomposition.

    Et je ne connais pas de peinture apocalyptique, hiéroglyphique, fantomatique ou pathétique qui me donne, à moi, cette sensation d’occulte étranglée, de cadavre d’un hermétisme inutile, tête ouverte, et qui rendrait sur le billot son secret.

    Je ne pense pas ce disant au Père Tranquille, ou à cette funambulesque allée d’automne où passe, en dernier, un vieil homme courbé avec un parapluie à sa manche accroché, comme le crochet d’un chiffonnier.

    Je repense à ses corbeaux aux ailes d’un noir de truffes lustrées.

    Je repense à son champ de blé : tête d’épi sur tête d’épi, et tout est dit,

    avec, devant, quelques petites têtes de coquelicots doucement semés, âcrement et nerveusement appliqués là, et clairsemés, sciemment et rageusement ponctués et déchiquetés.

    Seule la vie sait offrir ainsi des dénudations épidermiques qui parlent sous une chemise déboutonnée, et on ne sait pourquoi le regard incline à gauche plutôt qu’à droite, vers le monticule de chair frisée.

    Mais c’est ainsi et c’est un fait. Mais c’est ainsi et cela est fait.

    Occulte aussi sa chambre à coucher, si adorablement paysanne et semée comme d’une odeur à confire les blés qu’on voit frémir dans le paysage, au loin, derrière la fenêtre qui les cacherait.

    Paysanne aussi, la couleur du vieil édredon, d’un rouge de moule, d’oursin, de crevette, de rouget du Midi, d’un rouge de piment roussi.

    Et ce fut sûrement de la faute de van Gogh si la couleur de l’édredon de son lit fut dans le réel si réussie, et je ne vois pas quel est le tisseur qui aurait pu en transplanter l’inénarrable trempe, comme Van Gogh sut transborder du fond de son cerveau sur sa toile le rouge de cet inénarrable enduit.

    Et je ne sais pas combien de prêtres criminels rêvant dans la tête de leur soi-disant Saint-Esprit, l’or ocreux, le bleu infini d’une verrière à leur gouge « Marie », ont su isoler dans l’air, extraire des niches narquoises de l’air, ces cou- leurs à la bonne franquette qui sont tout un événement, où chaque coup de pinceau de Van Gogh sur la toile est pire qu’un événement.

    Une fois, ça donne une chambre proprette, mais d’un tain de baume ou d’arôme qu’aucun bénédictin ne saura plus retrouver pour amener à point ses alcools de santé.

    Une autre fois ça donne une simple meule par un énorme soleil écrasée.

    Cette chambre faisait penser au Grand Œuvre avec son mur blanc de perles claires, sur lequel une serviette de toilette rugueuse pend comme un vieux gri-gri paysan, inapprochable et réconfortant.

    Il y a de ces blancs de craie légers qui sont pires que d’anciens supplices, et jamais comme dans cette toile, le vieux scrupule opératoire du pauvre grand van Gogh n’apparaît.

    Car c’est bien cela tout Van Gogh, l’unique scrupule de la touche sourdement et pathétiquement appliquée. La couleur roturière des choses, mais si juste, si amoureusement juste qu’il n’y a pas de pierres précieuses qui puissent atteindre à sa rareté.

    Antonin Artaud — Van Gogh le suicidé de la société, Œuvres complètes, Éditions Gallimard, tome XIII Littérature et Poésie @super fans

    Artaud (Antonin) : Van Gogh est peintre parce qu’il a recollecté la nature

  • Readman Prud’homme (Camille) : C’est au printemps que je tombe

    c’est au printemps que je tombe, quand il n’y a nulle part pour le sombre, ni le ciel ni les conversations. dans l’illusion des choses qui s’adoucissent, je vois plutôt les duretés qui perdurent, et ce qui ne me concerne pas me chavire.
    j’ai vu des gens qui portaient des uniformes humiliants et d’autres à qui on criait des bêtises, j’ai vu des gens qui venaient de perdre leur amour et d’autres leur candeur et bien que ces drames nétaient pas les miens, ils mont renversée.
    le reste de l’année ce que je croise ne m’assaille pas toujours, mais au printemps on croirait qu’il n’y a plus de seuil entre ce que je suis et ce qui m’entoure.
    alors quand sortir devient hasardeux – quand sortir porte la promesse de nouvelles cruautés – je reste chez moi et j’attends en pensant aux villes assiégées.

    Camille Readman Prud’homme. quand je ne dis rien je pense encore (2021)

    Readman Prud’homme (Camille) : C’est au printemps que je tombe

  • Modèle d’un jour : Sylvie C.

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  • Modèle d’un jour : Marie G.

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  • Pablo Picasso – Suite d’animaux au trait (1941)

    Pablo Picasso – Suite d’animaux au trait (1941)

  • Henri Le Sidaner : La Table bleue (1923)

    Henri Le Sidaner : La Table bleue (1923)

  • Ajouts d’impressionnistes

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Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025