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Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.


  • la vieille

    elle compte plus de rides sur sa peau cuivrée
    que d’années dans son corps voûté
    toujours elle baisse les yeux et fronce le nez
    sans sourire et sans le faire exprès
    le soleil distribue la lumière et l’ombre
    sur un visage auréolé
    ses fins cheveux gris et ambre
    amplifient la force de sa stature
    pour elle le temps qui passe et qu’il fait
    n’a pas notre valeur hypertrophiée
    elle l’a définitivement apprivoisé
    derrière ses yeux plissés

    inspiré par une photo d’ALBS

  • sept haïkus d'amour et de naissance

    tu as la joue ronde
    comme un rocher dans la nuit
    tes pleurs sont la pluie

    i grec de tes jambes
    lianes de jungle et d’odeurs
    infini plaisir

    potelé des cuisses
    ventre fixe et cru tendu
    exquise caresse

    le goût de ta peau
    me révèle cent mille îles
    peuplées de palmiers

    tes yeux bleus de lune
    interrogent gravement
    mon coeur à la hune

    de tes deux mains d’algues
    de tes dix doigts de vents lourds
    tu tisses ma vie

    le monde murmure
    il laisse pour toi et moi
    ses ombres au mur

    Image créée par Dall.e pour illustrer le texte de Luc Fayard « sept haïkus »


    Texte de Luc Fayard, (mention au Prix Amitiés Littéraires du Val d’Orléans 2022), illustré par une image IA créée pour ce texte


  • trop tard

    aucun mystère n’embaume ta vie close
    tout est annoncé 
    sans bruit sans effet
    forcé tu avances sur la route morose
    où ne subsiste même pas 
    l’ombre opaque de tes pas

    dans un dernier souffle qui passe
    baudruche automate tu marches
    sur la voie imposée sans arches
    qui te conduit vers une impasse

    comment croire à la valeur de ton âme
    quand tout clame que tu es de passage
    tu crois sentir une émotion de partage
    tu n’es que chimie programmée
    illusion incontrôlée
    tu crois renaître d’un passé glorieux
    tu n’es qu’un fragment du souffle des cieux

    sachant la fin écrite dès le commencement
    quand viendra le moment immanquable
    où poussière nue mot sans vocable
    tu accompliras ce dernier saut insignifiant
    extinction sans éclat éternel
    d’une infime étincelle
    ce non-événement

    des milliards de fois répété
    ne sera plus un mystère

    pour ton âme hébétée
    ni pour tes avatars

    Image créée par Dall.e pour illustrer le texte de Luc Fayard « trop tard »


    Texte de Luc Fayard illustré par une image créée par Dall.e sur ce texte


  • nuage au paradis

    je suis un nuage
    nu je nage
    dans l’azur pur
    qui susurre
    sans fin j’erre
    en troposphère

    haut sur terre
    je délibère
    des miasmes du temps
    je souris gentiment
    caressé par le vent
    tant aimé
    expirant sobrement
    dans mes fils emmêlés
    lissant
    mes beaux cheveux
    filandreux
    gris cire et bleus

    parfois je me fâche
    et lâche
    trois gouttes dures
    sur la terre en murmures
    de ma peau de pèche
    j’empêche
    le soleil
    de couver mon ventre fécond
    je me love en veille
    chatte en rond

    dans mes bras d’ouate propriétaires
    j’abrite de multiples hôtes
    un aéropage d’oiseaux migrateurs
    en pause transocéanique
    fatigués et pinailleurs
    un éclair débutant qui ne sait pas tonner
    des bruits prisonniers dont je garde la clé
    un arc en ciel à libérer selon mon désir
    et tous les souvenirs
    en sépia des pays survolés
    rien n’est plus peuplé qu’un nuage tentaculaire
    rien n’est plus fugace

    je vois tout de haut
    le laid et le beau
    je me détends
    je suis gai
    mouvant
    je ris des hommes empêtrés
    dans leur courte vie enflée
    si vous saviez

    ici tout est lent et long
    pas de route pas de doute
    tout est frais et surtout
    teinté d’opacité

    je vois tout de ma hutte
    en fait chut
    on ne vous l’a jamais dit
    vous auriez trop d’émoi
    osez lever la tête
    et regardez moi
    je suis le paradis

    Image créée par Dall.e pour illustrer le texte de Luc Fayard « nuage au paradis »


    Texte de Luc Fayard illustré par une image IA créée pour ce texte.


  • lac étrange

    décor sombre pays étrange
    aux multiformes entrelacs
    ta vie se déroule sans toi
    dans un rêve de peau d’orange

    un lieu d’acteur et spectateur 
    que tu hantes passant blasé
    tout y est de travers raté
    absences rendez-vous sans heure

    tu vois mille chemins balourds
    dans ce bazar de cinéma
    se proposer à tes pieds las
    embourbés à ce carrefour

    la tête penchée vers le ciel
    tu voudrais indices et signes
    mais les nuages sont indignes 
    avares et caractériels

    c’est à toi de les enfanter 
    idiot tu n’as donc rien compris 
    c’est dans tes pas que se construit 
    le chemin de la liberté

    Image créée par Dall.e pour illustrer le texte de Luc Fayard « lac étrange »


    Texte de Luc Fayard illustré par une image IA créée pour ce texte.


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  • Artaud (Antonin) : Van Gogh est peintre parce qu’il a recollecté la nature

    Je ne décrirai donc pas un tableau de Van Gogh après Van Gogh, mais je dirai que Van Gogh est peintre parce qu’il a recollecté la nature, qu’il l’a comme retranspirée et fait suer, qu’il a fait gicler en faisceaux sur ses toiles, en gerbes comme monumentales de couleurs, le séculaire concassement d’éléments, l’épouvantable pression élémentaire d’apostrophes, de stries, de virgules, de barres dont on ne peut plus croire après lui que les aspects naturels ne soient faits.

    Et de combien de coudoiements réprimés, de heurts oculaires pris sur le vif, de cillements pris dans le motif, les courants lumineux des forces qui travaillent la réalité ont-ils eu à renverser le barrage avant d’être enfin refoulés, et comme hissés sur la toile, et acceptés ?

    Il n’y a pas de fantômes dans les tableaux de Van Gogh, pas de visions, pas d’hallucinations.

    C’est de la vérité torride d’un soleil de deux heures de l’après-midi.

    Un lent cauchemar génésique petit à petit élucidé. Sans cauchemar et sans effet.

    Mais la souffrance du prénatal y est.

    C’est le luisant mouillé d’un herbage, de la tige d’un plant de blé qui est là prêt à être extradé.

    Et dont la nature un jour rendra compte.

    Comme la société aussi rendra compte de sa mort prématurée.

    Un plant de blé sous le vent incliné, avec au-dessus les ailes d’un seul oiseau en virgule posé, quel est le peintre, qui ne serait pas strictement peintre, qui aurait pu avoir comme Van Gogh l’audace de s’attaquer à un sujet d’une aussi désarmante simplicité ?

    Non, il n’y a pas de fantômes dans les tableaux de Van Gogh, pas de drame, pas de sujet et je dirai même pas d’objet, car le motif lui-même qu’est-ce que c’est ?

    Sinon quelque chose comme l’ombre de fer du motet d’une inénarrable musique antique, comme le leitmotiv d’un thème désespéré de son propre sujet.

    C’est de la nature nue et pure vue, telle qu’elle se révèle, quand on sait l’approcher d’assez près.

    Témoin ce paysage d’or fondu, de bronze cuit dans l’ancienne Égypte, où un énorme soleil s’appuie sur des toits si croulants de lumière qu’ils en sont comme en décomposition.

    Et je ne connais pas de peinture apocalyptique, hiéroglyphique, fantomatique ou pathétique qui me donne, à moi, cette sensation d’occulte étranglée, de cadavre d’un hermétisme inutile, tête ouverte, et qui rendrait sur le billot son secret.

    Je ne pense pas ce disant au Père Tranquille, ou à cette funambulesque allée d’automne où passe, en dernier, un vieil homme courbé avec un parapluie à sa manche accroché, comme le crochet d’un chiffonnier.

    Je repense à ses corbeaux aux ailes d’un noir de truffes lustrées.

    Je repense à son champ de blé : tête d’épi sur tête d’épi, et tout est dit,

    avec, devant, quelques petites têtes de coquelicots doucement semés, âcrement et nerveusement appliqués là, et clairsemés, sciemment et rageusement ponctués et déchiquetés.

    Seule la vie sait offrir ainsi des dénudations épidermiques qui parlent sous une chemise déboutonnée, et on ne sait pourquoi le regard incline à gauche plutôt qu’à droite, vers le monticule de chair frisée.

    Mais c’est ainsi et c’est un fait. Mais c’est ainsi et cela est fait.

    Occulte aussi sa chambre à coucher, si adorablement paysanne et semée comme d’une odeur à confire les blés qu’on voit frémir dans le paysage, au loin, derrière la fenêtre qui les cacherait.

    Paysanne aussi, la couleur du vieil édredon, d’un rouge de moule, d’oursin, de crevette, de rouget du Midi, d’un rouge de piment roussi.

    Et ce fut sûrement de la faute de van Gogh si la couleur de l’édredon de son lit fut dans le réel si réussie, et je ne vois pas quel est le tisseur qui aurait pu en transplanter l’inénarrable trempe, comme Van Gogh sut transborder du fond de son cerveau sur sa toile le rouge de cet inénarrable enduit.

    Et je ne sais pas combien de prêtres criminels rêvant dans la tête de leur soi-disant Saint-Esprit, l’or ocreux, le bleu infini d’une verrière à leur gouge « Marie », ont su isoler dans l’air, extraire des niches narquoises de l’air, ces cou- leurs à la bonne franquette qui sont tout un événement, où chaque coup de pinceau de Van Gogh sur la toile est pire qu’un événement.

    Une fois, ça donne une chambre proprette, mais d’un tain de baume ou d’arôme qu’aucun bénédictin ne saura plus retrouver pour amener à point ses alcools de santé.

    Une autre fois ça donne une simple meule par un énorme soleil écrasée.

    Cette chambre faisait penser au Grand Œuvre avec son mur blanc de perles claires, sur lequel une serviette de toilette rugueuse pend comme un vieux gri-gri paysan, inapprochable et réconfortant.

    Il y a de ces blancs de craie légers qui sont pires que d’anciens supplices, et jamais comme dans cette toile, le vieux scrupule opératoire du pauvre grand van Gogh n’apparaît.

    Car c’est bien cela tout Van Gogh, l’unique scrupule de la touche sourdement et pathétiquement appliquée. La couleur roturière des choses, mais si juste, si amoureusement juste qu’il n’y a pas de pierres précieuses qui puissent atteindre à sa rareté.

    Antonin Artaud — Van Gogh le suicidé de la société, Œuvres complètes, Éditions Gallimard, tome XIII Littérature et Poésie @super fans

    Artaud (Antonin) : Van Gogh est peintre parce qu’il a recollecté la nature

  • Readman Prud’homme (Camille) : C’est au printemps que je tombe

    c’est au printemps que je tombe, quand il n’y a nulle part pour le sombre, ni le ciel ni les conversations. dans l’illusion des choses qui s’adoucissent, je vois plutôt les duretés qui perdurent, et ce qui ne me concerne pas me chavire.
    j’ai vu des gens qui portaient des uniformes humiliants et d’autres à qui on criait des bêtises, j’ai vu des gens qui venaient de perdre leur amour et d’autres leur candeur et bien que ces drames nétaient pas les miens, ils mont renversée.
    le reste de l’année ce que je croise ne m’assaille pas toujours, mais au printemps on croirait qu’il n’y a plus de seuil entre ce que je suis et ce qui m’entoure.
    alors quand sortir devient hasardeux – quand sortir porte la promesse de nouvelles cruautés – je reste chez moi et j’attends en pensant aux villes assiégées.

    Camille Readman Prud’homme. quand je ne dis rien je pense encore (2021)

    Readman Prud’homme (Camille) : C’est au printemps que je tombe

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Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025