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Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.


  • tambour

    mon cœur n’est qu’un tambour à battre la chamade
    les chemins d’ornières s’y nichent à l’affût
    j’ai perdu l’envie des franches cavalcades
    mon âme est traversée d’un brouhaha diffus

    le rêve est panache fumée grise qui part
    l’amour des mains vaincues dans leur quête du vent
    le bonheur ue île au milieu de nulle part
    le rire un souvenir gelé impertinent

    libérée la montagnes est une pirouette
    les aigles justiciers dessinent un grand V
    sous le soleil vitré miroir aux alouettes
    je ne veux plus marcher sans savoir où je vais

    comment abandonner l’humeur partie en vrille
    l’inconscient devenu mise en abyme et feu
    je veux du beau du vrai je veux des yeux qui brillent
    ne plus être un vain chiot qui court après sa queue

    peut-être un jour qui sait finiront les méandres
    du labyrinthe impasse et des esprits épais
    du désordre naîtra un nouveau monde tendre
    où l’on pourra enfin se reposer en paix

    nous nous endormirons à l’heure où tout est calme
    bercés par le souffle tièdi d’un soir feutré
    à nos pieds les chats gras joueront des amalgames
    de laines arrachées d’araignées apeurées

    les autres animaux se cacheront dans l’ombre
    des chants de halage surgiront des remparts
    l’océan apaisé hissera sa pénombre
    et les bateaux joyeux leurs voiles du départ

    Image créée par Dall.e pour illustrer le texte de Luc Fayard « tambour »

  • conte de l'amour et de la mort

    Un jour, elle apparut sur la terrasse d’en face, s’installa dans le fauteuil, prit son livre et ne le quitta plus des yeux jusqu’au soir.
    Plongé dans ses propres tourments, il n’avait pas détecté sa présence jusqu’alors.
    Au bout de quelques jours, il avait repéré la routine : elle se montrait dans l’après-midi, glissant comme un fantôme dans la chaleur épaisse, trouvait le même coin d’ombre et n’en bougeait plus, la tête légèrement penchée sur le côté, vers les pages. 
    Il ne pouvait distinguer les traits de son visage à contrejour, auréolé par la lumière blanche du soleil. 
    Il l’imaginait jeune et belle, triste, cherchant à se consoler dans ses lectures, ou bien à oublier. 
    Son amant l’avait quittée, c’est sûr et la vie ne possédait plus de sens pour elle. 
    Lui-même vivait un désespoir abyssal. 
    Elle était toujours seule, personne ne venait la voir, à part une vieille servante qui s’occupait d’elle. 
    Solitaire lui aussi et n’ayant finalement rien d’autre à faire, il la fixait des yeux chaque jour un peu plus mais jamais elle ne fit le moindre geste signifiant qu’elle avait remarqué son manège. 
    Alors il l’aima encore plus fort. 
    Un soir où, à son habitude, la servante vint la chercher à la tombée de la nuit, il décida de déclarer sa flamme dès le lendemain. 
    Cette idée le tortura et l’asphyxia toute la nuit. 
    Mais, le lendemain, elle n’apparut pas. 
    Il comprit alors qu’elle était morte et se mit à respirer de plus en plus mal. 
    Il mourut dans la journée. 
    Par hasard, ils furent enterrés tous les deux cote à cote, au fond du cimetière, contre le vieux mur en pierre rongé par les plantes. 
    En quelques mois, le lierre recouvrit les deux tombes d’un même manteau, pour les réunir à jamais.

    Image créée par Dall.e pour illustrer le texte de Luc Fayard « conte de l’amour et de la mort »

    Texte de Luc Fayard illustré par une image créée par l’IA pour ce texte


  • hiératique

    Maurice Denis – La Dame au jardin clos, dit aussi Nu aux bouquets de violettes (1894)

    hiératique sévère et nue
    ambiance japonisante
    tête égyptienne
    dessin géométrique
    que fait-elle là
    entre ses deux vases
    à quoi pense-t-elle
    dans son jardin clos
    qui attends-tu jeune femme
    au ventre arrondi
    à la peau parfaite
    est-ce ce cavalier
    qui vient au loin

    Texte de Luc Fayard inspiré par La Dame du Jardin, de Maurice Denis

    Couverture du livre 'Poèmes courts sur des œuvres d'art. Volume 1 : Les impressionnistes' par Luc Fayard, publié par Éditions Amavero.
    beau-livre « Poèmes courts sur des œuvres d’art. Volume 1 : Les impressionnistes », Éditions Amavero, 2023

    Duo œuvre-poème publié dans le beau-livre papier
    Poèmes courts sur des œuvres d’art. Volume 1 :
    Les impressionnistes
    Éditions Amavero, Jouy-en-Josas, 2023
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  • orient

    Félix Vallotton – Femmes à leur toilette (1897)

    intimité féminine
    orientale dans la touche
    sur le tapis voici même
    des babouches
    mais où sont-elles
    ces femmes si bien nées
    par le dessin simple
    des courbes et des attitudes
    autour d’elles
    tout s’imagine tout se crée
    dans l’absolue perfection
    de l’incomplétude

    Texte de Luc Fayard inspiré par Femmes à leur toilette, de Félix Vallotton

    Couverture du livre 'Poèmes courts sur des œuvres d'art. Volume 1 : Les impressionnistes' par Luc Fayard, publié par Éditions Amavero.
    beau-livre « Poèmes courts sur des œuvres d’art. Volume 1 : Les impressionnistes », Éditions Amavero, 2023

    Duo œuvre-poème publié dans le beau-livre papier
    Poèmes courts sur des œuvres d’art. Volume 1 :
    Les impressionnistes
    Éditions Amavero, Jouy-en-Josas, 2023
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  • jaune et rouille

    nappes de vignes
    aux multiples teintes
    tirées d’une palette 
    jaune et rouille
    pénétrant les sens à vif

    treilles dignes
    gémissantes 
    du poids du temps
    dépouillées de leurs apprêts
    les voici comme elles sont
    fatalement désossées
    maigres et nues
    cernées des compagnons
    chênes verts et blancs antiques
    tordus par un sorcier sadique

    ciel bleu et rose
    aux incroyables diagonales
    ouatées le matin
    cristallines ensuite
    ensorcelées le soir

    taches de sang
    des cailloux rouges
    incrustés toute l’année
    mais se détachant mieux
    d’un paysage écorché

    l’automne en provence
    ce n’est pas l’automne qui danse
    c’est une saison unique au monde
    aux odeurs et couleurs invisibles
    un jardin mystérieux
    calme impénétrable 
    et mythique

    Image créée par Dall.e pour illustrer le texte de Luc Fayard « palette jaune et rouille »

    Texte de Luc Fayard illustré par une image créée par l’IA sur ce texte


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  • Artaud (Antonin) : Van Gogh est peintre parce qu’il a recollecté la nature

    Je ne décrirai donc pas un tableau de Van Gogh après Van Gogh, mais je dirai que Van Gogh est peintre parce qu’il a recollecté la nature, qu’il l’a comme retranspirée et fait suer, qu’il a fait gicler en faisceaux sur ses toiles, en gerbes comme monumentales de couleurs, le séculaire concassement d’éléments, l’épouvantable pression élémentaire d’apostrophes, de stries, de virgules, de barres dont on ne peut plus croire après lui que les aspects naturels ne soient faits.

    Et de combien de coudoiements réprimés, de heurts oculaires pris sur le vif, de cillements pris dans le motif, les courants lumineux des forces qui travaillent la réalité ont-ils eu à renverser le barrage avant d’être enfin refoulés, et comme hissés sur la toile, et acceptés ?

    Il n’y a pas de fantômes dans les tableaux de Van Gogh, pas de visions, pas d’hallucinations.

    C’est de la vérité torride d’un soleil de deux heures de l’après-midi.

    Un lent cauchemar génésique petit à petit élucidé. Sans cauchemar et sans effet.

    Mais la souffrance du prénatal y est.

    C’est le luisant mouillé d’un herbage, de la tige d’un plant de blé qui est là prêt à être extradé.

    Et dont la nature un jour rendra compte.

    Comme la société aussi rendra compte de sa mort prématurée.

    Un plant de blé sous le vent incliné, avec au-dessus les ailes d’un seul oiseau en virgule posé, quel est le peintre, qui ne serait pas strictement peintre, qui aurait pu avoir comme Van Gogh l’audace de s’attaquer à un sujet d’une aussi désarmante simplicité ?

    Non, il n’y a pas de fantômes dans les tableaux de Van Gogh, pas de drame, pas de sujet et je dirai même pas d’objet, car le motif lui-même qu’est-ce que c’est ?

    Sinon quelque chose comme l’ombre de fer du motet d’une inénarrable musique antique, comme le leitmotiv d’un thème désespéré de son propre sujet.

    C’est de la nature nue et pure vue, telle qu’elle se révèle, quand on sait l’approcher d’assez près.

    Témoin ce paysage d’or fondu, de bronze cuit dans l’ancienne Égypte, où un énorme soleil s’appuie sur des toits si croulants de lumière qu’ils en sont comme en décomposition.

    Et je ne connais pas de peinture apocalyptique, hiéroglyphique, fantomatique ou pathétique qui me donne, à moi, cette sensation d’occulte étranglée, de cadavre d’un hermétisme inutile, tête ouverte, et qui rendrait sur le billot son secret.

    Je ne pense pas ce disant au Père Tranquille, ou à cette funambulesque allée d’automne où passe, en dernier, un vieil homme courbé avec un parapluie à sa manche accroché, comme le crochet d’un chiffonnier.

    Je repense à ses corbeaux aux ailes d’un noir de truffes lustrées.

    Je repense à son champ de blé : tête d’épi sur tête d’épi, et tout est dit,

    avec, devant, quelques petites têtes de coquelicots doucement semés, âcrement et nerveusement appliqués là, et clairsemés, sciemment et rageusement ponctués et déchiquetés.

    Seule la vie sait offrir ainsi des dénudations épidermiques qui parlent sous une chemise déboutonnée, et on ne sait pourquoi le regard incline à gauche plutôt qu’à droite, vers le monticule de chair frisée.

    Mais c’est ainsi et c’est un fait. Mais c’est ainsi et cela est fait.

    Occulte aussi sa chambre à coucher, si adorablement paysanne et semée comme d’une odeur à confire les blés qu’on voit frémir dans le paysage, au loin, derrière la fenêtre qui les cacherait.

    Paysanne aussi, la couleur du vieil édredon, d’un rouge de moule, d’oursin, de crevette, de rouget du Midi, d’un rouge de piment roussi.

    Et ce fut sûrement de la faute de van Gogh si la couleur de l’édredon de son lit fut dans le réel si réussie, et je ne vois pas quel est le tisseur qui aurait pu en transplanter l’inénarrable trempe, comme Van Gogh sut transborder du fond de son cerveau sur sa toile le rouge de cet inénarrable enduit.

    Et je ne sais pas combien de prêtres criminels rêvant dans la tête de leur soi-disant Saint-Esprit, l’or ocreux, le bleu infini d’une verrière à leur gouge « Marie », ont su isoler dans l’air, extraire des niches narquoises de l’air, ces cou- leurs à la bonne franquette qui sont tout un événement, où chaque coup de pinceau de Van Gogh sur la toile est pire qu’un événement.

    Une fois, ça donne une chambre proprette, mais d’un tain de baume ou d’arôme qu’aucun bénédictin ne saura plus retrouver pour amener à point ses alcools de santé.

    Une autre fois ça donne une simple meule par un énorme soleil écrasée.

    Cette chambre faisait penser au Grand Œuvre avec son mur blanc de perles claires, sur lequel une serviette de toilette rugueuse pend comme un vieux gri-gri paysan, inapprochable et réconfortant.

    Il y a de ces blancs de craie légers qui sont pires que d’anciens supplices, et jamais comme dans cette toile, le vieux scrupule opératoire du pauvre grand van Gogh n’apparaît.

    Car c’est bien cela tout Van Gogh, l’unique scrupule de la touche sourdement et pathétiquement appliquée. La couleur roturière des choses, mais si juste, si amoureusement juste qu’il n’y a pas de pierres précieuses qui puissent atteindre à sa rareté.

    Antonin Artaud — Van Gogh le suicidé de la société, Œuvres complètes, Éditions Gallimard, tome XIII Littérature et Poésie @super fans

    Artaud (Antonin) : Van Gogh est peintre parce qu’il a recollecté la nature

  • Readman Prud’homme (Camille) : C’est au printemps que je tombe

    c’est au printemps que je tombe, quand il n’y a nulle part pour le sombre, ni le ciel ni les conversations. dans l’illusion des choses qui s’adoucissent, je vois plutôt les duretés qui perdurent, et ce qui ne me concerne pas me chavire.
    j’ai vu des gens qui portaient des uniformes humiliants et d’autres à qui on criait des bêtises, j’ai vu des gens qui venaient de perdre leur amour et d’autres leur candeur et bien que ces drames nétaient pas les miens, ils mont renversée.
    le reste de l’année ce que je croise ne m’assaille pas toujours, mais au printemps on croirait qu’il n’y a plus de seuil entre ce que je suis et ce qui m’entoure.
    alors quand sortir devient hasardeux – quand sortir porte la promesse de nouvelles cruautés – je reste chez moi et j’attends en pensant aux villes assiégées.

    Camille Readman Prud’homme. quand je ne dis rien je pense encore (2021)

    Readman Prud’homme (Camille) : C’est au printemps que je tombe

  • Modèle d’un jour : Sylvie C.

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  • Pablo Picasso – Suite d’animaux au trait (1941)

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  • Henri Le Sidaner : La Table bleue (1923)

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Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025