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Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.


  • anniversaire

    Anne-Laure Baron Siou – Photo ratée (2024) – photo

    il souffla si fort ses bougies
    que le temps s’accéléra
    l’espace se déforma
    les couleurs se séparèrent
    en demi-cercle
    dans un crépitement joyeux
    de rires et d’exclamations
    on pouffa de tant de flou
    il se dit serein
    que c’était bon signe
    pour vivre le reste de sa vie
    moins normée


    Texte de Luc Fayard, inspiré d’une photo ratée d’Anne-Laure Baron Siou qui aurait bien voulu que je titre sa photo « essai abstrait »


  • sans frontière

    Marie Deloume – Palud – peinture sur zinc

    nulle ligne assurée 
    entre terre et eau
    entre bas et haut
    dans le palud
    pourtant
    à chacun sa substance
    sa texture sa couleur 
    qui se relaient 
    dans le passage invisible 
    du fluide au solide
    dans la prégnance humide 
    d’un paysage à part
    ici vibrent les sens 
    en large palette
    du musqué au salé
    du sec au mouillé
    du silence au bruissement
    du gris noir au gris blanc
    le nez devant le pied 
    l’odeur nous guide
    on la hume 
    perdu dans la nasse
    d »un monde sans barrières
    seule la pluie pourrait
    réunir les matières
    dans la même brume
    soyeuse et mystérieuse
    ainsi va la vie 
    brouillard tenace
    sans frontière 
    entre jour et nuit

    Texte de Luc Fayard, inspiré de Palud, de Marie Deloume – peinture sur zinc


  • la raison du poète

    je crée mes souvenirs
    comme un artiste 
    repeint sa toile
    l’avenir est un élixir 
    mêlant présent et passé

    je ne suis que chimie 
    de pensées programmées
    les mots mentent 
    ils existaient avant moi

    mon cœur s’emballe sans raison 
    vers tous les cardinaux
    j’ai perdu le goût de tout 
    je souris sans passion
    ne contemplant rien d’autre 
    que l’intérieur de moi

    et pourtant je respire j’existe
    mais pour quoi 
    quel peut être le destin 
    d’un grain de sable volant
    au moindre frisson
    du large marin
    les poussières ne peuvent
    se donner la main

    croyant vivre la même aventure
    les hommes s’agglutinent
    flottants dans les mêmes courants tièdes

    la réalité n’a pas de géométrie universelle
    la vérité est un leurre de l’histoire
    l’amour un rêve fatal à l’indépendance
    aveugle j’avance en automate 
    monté sur quel ressort

    ni justice ni compassion
    ni revanche ni haine
    peut-être simplement 
    le désir de beauté
    drapeau blanc surnageant du naufrage
    pic vert coiffant la soucoupe des nuages
    seul chemin vers une transcendance
    qui se passe de l’histoire et des signes
    sans besoin de raison folle
    un chemin sans étoiles
    qui est tout 
    sauf une ligne droite

    Caspar David Friedrich – Le Voyageur contemplant une mer de nuages (1818)


    Diplôme d’Honneur – prix Europoésie – Unicef 2023; parue dans L’Anthologie Europoésie 2023

    Texte de Luc Fayard, illustré par Le Voyageur contemplant une mer de nuages, de Caspar David Friedrich


  • cocon

    Georges Saluterre – Sculpture n° 5475- terre cuite

    grelottant dans le dortoir
    elles s’étaient endormies
    après frôlements
    et cachotteries
    serrées sous les couvertures
    emmitouflées
    elles s’étaient raconté
    pouffant et frissonnant
    des histoires gaies
    de vampires et d’ogres
    puis s’étaient tues
    rêvant à leur maman
    c’est dans ce cocon
    recroquevillées
    que le manteau du sommeil
    les avait recouvertes
    jusqu’à l’aube et sa lumière
    s’il avait gelé dans la nuit nue
    elles seraient statues


    Texte de Luc Fayard, inspiré de Sculpture n°545, de Georges Saulterre (1943-2024) – terre cuite 

    Couverture du livre 'Poèmes courts sur des œuvres d'art, Volume 2 : Art moderne et contemporain' par Luc Fayard, comprenant des illustrations d'œuvres d'art.
    Couverture du livre « Poèmes courts sur des œuvres d’art. Volume 2 : Art moderne et contemporain » – Textes de Luc Fayard – Éditions Amavero – 2024

    Duo œuvre-poème publié dans le beau-livre papier
    Poèmes courts sur des œuvres d’art. Vol. 2 :
    Art moderne et contemporain
    Éditions Amavero, Jouy-en-Josas, 2024
    COMMANDER LE LIVRE


  • Trois fois murmuré

    Henri Matisse : Le Violoniste (1917), Le Luxe (1907), Portrait de Greta Prozor (1916)(de gauche à droite)

    Je serais ce violoniste
    Qui joue à la fenêtre
    Derrière les volets bleus
    Ma musique monterait jusqu’aux nuages
    Et la tristesse glisserait
    Sur mon costume jusqu’à terre
    Où elle dessinerait une tache de deuil.

    Trois fois murmuré
    Trois fois dessiné
    Trois fois perdu
    Il est là dans mes rêves verts
    Il est là dans les rues violettes
    Il est là dans la vie noire.

    La beauté sortirait à peine de l’eau
    Je viendrais la sécher
    Avec des éponges bleues.
    Je jetterais à ses pieds des bouquets
    Trop vite coupés.
    Et je pleurerais de son parfum évanoui.
    Elle ne bougerait pas,
    Ni statue, ni femme,
    La beauté lointaine sortie de l’eau.

    Trois fois murmuré
    Trois fois dessiné
    Trois fois perdu
    Il est là dans mes rêves verts
    Il est là dans les rues violettes
    Il est là dans la vie noire.

    La souffrance tombait de ses épaules arrondies
    Sa robe de lin décelait les sanglots accumulés
    Elle se taisait et retenait ses mains sur ses cuisses fermées.
    Greta sortie de l’enfance bourgeoise
    S’enferme dans le deuil du désir.

    Trois fois murmuré
    Trois fois dessiné
    Trois fois perdu
    Il est là dans mes rêves verts
    Il est là dans les rues violettes
    Il est là dans la vie noire.

    Texte de Corinne Valleggia, inspiré de trois tableaux d’Henri Matisse : Le Violoniste – Le Luxe – Portrait de Greta Prozor.


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  • Artaud (Antonin) : Van Gogh est peintre parce qu’il a recollecté la nature

    Je ne décrirai donc pas un tableau de Van Gogh après Van Gogh, mais je dirai que Van Gogh est peintre parce qu’il a recollecté la nature, qu’il l’a comme retranspirée et fait suer, qu’il a fait gicler en faisceaux sur ses toiles, en gerbes comme monumentales de couleurs, le séculaire concassement d’éléments, l’épouvantable pression élémentaire d’apostrophes, de stries, de virgules, de barres dont on ne peut plus croire après lui que les aspects naturels ne soient faits.

    Et de combien de coudoiements réprimés, de heurts oculaires pris sur le vif, de cillements pris dans le motif, les courants lumineux des forces qui travaillent la réalité ont-ils eu à renverser le barrage avant d’être enfin refoulés, et comme hissés sur la toile, et acceptés ?

    Il n’y a pas de fantômes dans les tableaux de Van Gogh, pas de visions, pas d’hallucinations.

    C’est de la vérité torride d’un soleil de deux heures de l’après-midi.

    Un lent cauchemar génésique petit à petit élucidé. Sans cauchemar et sans effet.

    Mais la souffrance du prénatal y est.

    C’est le luisant mouillé d’un herbage, de la tige d’un plant de blé qui est là prêt à être extradé.

    Et dont la nature un jour rendra compte.

    Comme la société aussi rendra compte de sa mort prématurée.

    Un plant de blé sous le vent incliné, avec au-dessus les ailes d’un seul oiseau en virgule posé, quel est le peintre, qui ne serait pas strictement peintre, qui aurait pu avoir comme Van Gogh l’audace de s’attaquer à un sujet d’une aussi désarmante simplicité ?

    Non, il n’y a pas de fantômes dans les tableaux de Van Gogh, pas de drame, pas de sujet et je dirai même pas d’objet, car le motif lui-même qu’est-ce que c’est ?

    Sinon quelque chose comme l’ombre de fer du motet d’une inénarrable musique antique, comme le leitmotiv d’un thème désespéré de son propre sujet.

    C’est de la nature nue et pure vue, telle qu’elle se révèle, quand on sait l’approcher d’assez près.

    Témoin ce paysage d’or fondu, de bronze cuit dans l’ancienne Égypte, où un énorme soleil s’appuie sur des toits si croulants de lumière qu’ils en sont comme en décomposition.

    Et je ne connais pas de peinture apocalyptique, hiéroglyphique, fantomatique ou pathétique qui me donne, à moi, cette sensation d’occulte étranglée, de cadavre d’un hermétisme inutile, tête ouverte, et qui rendrait sur le billot son secret.

    Je ne pense pas ce disant au Père Tranquille, ou à cette funambulesque allée d’automne où passe, en dernier, un vieil homme courbé avec un parapluie à sa manche accroché, comme le crochet d’un chiffonnier.

    Je repense à ses corbeaux aux ailes d’un noir de truffes lustrées.

    Je repense à son champ de blé : tête d’épi sur tête d’épi, et tout est dit,

    avec, devant, quelques petites têtes de coquelicots doucement semés, âcrement et nerveusement appliqués là, et clairsemés, sciemment et rageusement ponctués et déchiquetés.

    Seule la vie sait offrir ainsi des dénudations épidermiques qui parlent sous une chemise déboutonnée, et on ne sait pourquoi le regard incline à gauche plutôt qu’à droite, vers le monticule de chair frisée.

    Mais c’est ainsi et c’est un fait. Mais c’est ainsi et cela est fait.

    Occulte aussi sa chambre à coucher, si adorablement paysanne et semée comme d’une odeur à confire les blés qu’on voit frémir dans le paysage, au loin, derrière la fenêtre qui les cacherait.

    Paysanne aussi, la couleur du vieil édredon, d’un rouge de moule, d’oursin, de crevette, de rouget du Midi, d’un rouge de piment roussi.

    Et ce fut sûrement de la faute de van Gogh si la couleur de l’édredon de son lit fut dans le réel si réussie, et je ne vois pas quel est le tisseur qui aurait pu en transplanter l’inénarrable trempe, comme Van Gogh sut transborder du fond de son cerveau sur sa toile le rouge de cet inénarrable enduit.

    Et je ne sais pas combien de prêtres criminels rêvant dans la tête de leur soi-disant Saint-Esprit, l’or ocreux, le bleu infini d’une verrière à leur gouge « Marie », ont su isoler dans l’air, extraire des niches narquoises de l’air, ces cou- leurs à la bonne franquette qui sont tout un événement, où chaque coup de pinceau de Van Gogh sur la toile est pire qu’un événement.

    Une fois, ça donne une chambre proprette, mais d’un tain de baume ou d’arôme qu’aucun bénédictin ne saura plus retrouver pour amener à point ses alcools de santé.

    Une autre fois ça donne une simple meule par un énorme soleil écrasée.

    Cette chambre faisait penser au Grand Œuvre avec son mur blanc de perles claires, sur lequel une serviette de toilette rugueuse pend comme un vieux gri-gri paysan, inapprochable et réconfortant.

    Il y a de ces blancs de craie légers qui sont pires que d’anciens supplices, et jamais comme dans cette toile, le vieux scrupule opératoire du pauvre grand van Gogh n’apparaît.

    Car c’est bien cela tout Van Gogh, l’unique scrupule de la touche sourdement et pathétiquement appliquée. La couleur roturière des choses, mais si juste, si amoureusement juste qu’il n’y a pas de pierres précieuses qui puissent atteindre à sa rareté.

    Antonin Artaud — Van Gogh le suicidé de la société, Œuvres complètes, Éditions Gallimard, tome XIII Littérature et Poésie @super fans

    Artaud (Antonin) : Van Gogh est peintre parce qu’il a recollecté la nature

  • Readman Prud’homme (Camille) : C’est au printemps que je tombe

    c’est au printemps que je tombe, quand il n’y a nulle part pour le sombre, ni le ciel ni les conversations. dans l’illusion des choses qui s’adoucissent, je vois plutôt les duretés qui perdurent, et ce qui ne me concerne pas me chavire.
    j’ai vu des gens qui portaient des uniformes humiliants et d’autres à qui on criait des bêtises, j’ai vu des gens qui venaient de perdre leur amour et d’autres leur candeur et bien que ces drames nétaient pas les miens, ils mont renversée.
    le reste de l’année ce que je croise ne m’assaille pas toujours, mais au printemps on croirait qu’il n’y a plus de seuil entre ce que je suis et ce qui m’entoure.
    alors quand sortir devient hasardeux – quand sortir porte la promesse de nouvelles cruautés – je reste chez moi et j’attends en pensant aux villes assiégées.

    Camille Readman Prud’homme. quand je ne dis rien je pense encore (2021)

    Readman Prud’homme (Camille) : C’est au printemps que je tombe

  • Modèle d’un jour : Sylvie C.

    Modèle d’un jour : Sylvie C.

  • Modèle d’un jour : Marie G.

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  • Pablo Picasso – Suite d’animaux au trait (1941)

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  • Henri Le Sidaner : La Table bleue (1923)

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  • Ajouts d’impressionnistes

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Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025