Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir, à découvrir… pour s’y promener librement.
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Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

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Citation Amavero du jour
Il est tellement facile d’écrire ses souvenirs quand on a une mauvaise mémoire.(1862-1931, auteur de « La Ronde » qui inspira un film à Max… Lire


  • léger sourire

    elle buvait
    par à-coups mécaniques
    cigarette à la main
    cheveux cachés dans la fumée
    tête penchée
    regard flou lointain

    silhouette habituelle
    de fond de salle
    épaules serrées
    dans un manteau gris
    on ne voyait que ses mains
    au bout desquelles
    de fins ongles longs
    au vernis rouge
    comme ses lèvres
    semblaient des étincelles
    elle buvait
    verre après verre
    cigarette après cigarette
    appliquée
    parfois languide
    distraite et vague
    indifférente
    comme si elle dessinait
    des cercles dans le vide
    rien n’avait d’importance
    hormis boire et fumer

    de temps en temps
    la cendre tombait
    sur la table du bistro
    elle la chassait

    Gerhard Richter – Femme buvant – 1968

    d’un doigt négligent
    comme elle repoussait
    de sa pensée
    les soucis d’aujourd’hui
    de son cœur
    les regrets du passé

    elle buvait
    à sa solitude fière
    aux amants oubliés
    aux chansons entonnées
    les soirs de fête
    si nombreux
    qui ont peuplé sa vie
    si longtemps

    elle buvait
    sans rien attendre

    ne levant plus la tête
    à la cloche de la porte
    n’espérant plus personne

    et pourtant dans la brume
    de sa triste vie
    à sa table ce soir-là
    quand vint l’heure de la fermeture
    dans le du tintement des verres
    le raclement des chaises
    et le frottis du balai
    apparut dans ses yeux
    comme un léger sourire
    qui éclaira doucement
    le coin de ses lèvres
    et son visage tamisé
    en fut rajeuni

    Texte de Luc Fayard, inspiré par le tableau Femme buvant, de Gerhard Richter (1968)


  • la porte du tableau

    Mimi Svanberg
    Xia Gui – Streams and Mountains with a Clear Distant View – 1201 – détail du rouleau – encre sur papier

    le temps souffle comme le vent
    qui n’offre rien pour s’arrimer
    transmuant ton cœur élimé
    en nuée de limbes mouvants

    dans les ténèbres somnambule
    tu ne sais sur quel pied danser
    balbutiant et balancé
    tu sursautes comme une bulle

    grenouille sur un nénuphar
    luciole perdue dans la brume
    fleur de désir et d’amertume
    voilier louvoyant vers le phare

    suivant sa vocation ténue
    la mémoire de tes dix doigts
    cherche le toucher de l’émoi
    et le frisson de l’âme nue

    nuit et jour tu peins tu zigzagues
    dans un serpentin de questions
    un matin vient la solution
    ravir les écumes des vagues

    suivant ta foi ton idéal
    tu fais éclore du tableau
    une maison de terre et eau
    dont tu es le héros final

    étiré par ton repentir
    un trait pareil à une eau-forte
    sur la toile éclaire la porte
    par où tu peux enfin partir

    Hommage à Ou Tao-tseu (en japonais Godoshi) et Wang Fô

    Texte de Luc Fayard, illustré par l’œuvre de Mimi Svanberg et celle de Xia Gui.
    Poème deux fois primé : parution dans
    L’Anthologie des meilleurs poèmes du Prix international Arthur Rimbaud 2022 et Flamme de Bronze du Prix Flammes Vives 2022


  • Luc Fayard : Grotte de Su Manau (2018)

    Luc Fayard : Grotte de Su Manau (2018) – photo

  • il faudrait (2e version illustrée par deux artistes contemporains)

    il faudrait que le vent
    poussant les montagnes
    et les grands icebergs
    bâtisse le couloir
    d’un passage abrité

    il faudrait que la main
    saluant comme une feuille
    emporte la pensée
    avec elle vers le ciel
    dans un grand tournoiement

    il faudrait qu’un sourire
    pose le bleu sur le gris
    venant calmer à point
    les ardeurs opiniâtres
    des accents aigus

    il faudrait étreindre les arbres
    pour que leur frémissement
    nous parcoure le corps
    nos pieds prenant racine
    dans l’histoire du monde

    il faudrait brûler les regrets
    dans un grand feu de joie
    pour que les crépitements
    signent une victoire nouvelle
    sur la fatalité

    il faudrait que nos doigts
    enfin rejoints créent
    l’invincible lumière
    empêchant la nuit
    d’étendre son manteau

    Everenice Tamanini – Brésil
    Byron Browne – Clown – 1950
    Tim Walker – The DresLamp Tree- 2002 – non affiché car l’agence voulait nous le faire payer

    Texte de Luc Fayard illustré par deux œuvres d’art contemporain : Brésil, de Everenice Tamanini,  et Clown, de Byron Browne (1950); il y en avait une troisième de prévue, The Dress-Lamp Tree, de Tim Walker (2002), mais nous l’avons supprimée car l’agence voulait nous faire payer sa reproduction.
    Texte déjà illustré par des œuvres d’art moderne dans une mise en scène antérieure.


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    Näutil : Bunker de plage transformé – sculpture sur forme existante

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  • Vasyl Stus : Palimpsestes, Poésie et lettres du Goulag (1986)

    Monde bleu pâle comme jusquiame,
    Monde bleu pâle dans le soir entré.
    Avec toi rien que celui et celle,
    Et rien que ceux qui sont fidèles.
    Crois ou ne crois pas en eux – 
    Ils vivent comme ils boivent,
    Vivent et attendent tout seuls,
    Eux-mêmes forgent eux-mêmes.
    Et puis – qui es-tu, tu es quoi ? – 
    Et puis – qui vas-tu devenir ? –
    C’est bien égal : philosophe
    Ou le berger d’un troupeau.
    C’est égal. Sans importance.
    Tu vis – eh bien vis ! ça suffit.
    Car il y a les étoiles en haut,
    Il y a le ciel entré dans le soir
    Il y a le seuil, bas comme le péché,
    Et toi, fidèle à toi seulement.

    Vasyl Stus – Palimpsestes. Poésie et lettres du Goulag (première édition en Allemagne en 1986, première édition française en 2026, 40 ans après, bravo les éditeurs français!)

    Vasyl Stus : Palimpsestes, Poésie et lettres du Goulag (1986)

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    Ovide : Les Métamorphoses, extrait (an 8 ap. J.C.)

  • Erich Fromm : L’homme moderne a perdu contact avec lui-même

    L’homme moderne a perdu contact avec lui-même, avec autrui et avec la nature. Transformé en marchandise, il éprouve ses forces vitales comme un investissement dont il doit tirer le maximum du profit possible en rapport avec les conditions du marché. Les rapports humains sont essentiellement des rapports entre automates aliénés, chacun assurant sa sécurité en s’efforçant de rester proche de la foule et de ne pas s’en distinguer en pensée, sentiment ou action. Dès lors, chacun reste absolument seul, en proie à l’insécurité, l’angoisse et la culpabilité, tous sentiments inéluctables lorsque l’on ne parvient pas à surmonter la solitude humaine…
    …Dans la société capitaliste contemporaine, la signification de l’égalité s’est transformée. Par égalité on se réfère à une égalité d’automates ; d’hommes qui ont perdu leur individualité. Aujourd’hui, égalité signifie « similitude » plutôt que « singularité ». C’est une similitude d’abstractions, d’hommes qui exécutent les mêmes travaux, qui s’adonnent aux mêmes loisirs, qui lisent les mêmes journaux, qui nourrissent les mêmes sentiments et les mêmes idées.

    Erich Fromm – Extraits de « L’art d’aimer »

    Erich Fromm : L’homme moderne a perdu contact avec lui-même

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Une couverture de la Gazette d'Amavero avec des portraits de Nikolaus, un enfant, et de Barbara, une femme âgée, accompagnés de descriptions artistiques.
Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025