Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

1 440 artistes • 760 auteurs
publiés dans Amavero

  • origine des mots

    rien ne peut troubler
    l’origine de mes mots
    ni le tam-tam des hommes
    ni le fracas des vagues

    ils viennent d’un lieu
    protégé de la furie
    indifférent à l’heure
    insensible à la pluie

    ce lieu mon âme 
    secrète orgueilleuse
    chercheuse de beauté
    dans l’existence

    mes mots éclosent seuls
    surnageant de la folie
    avançant chaotiques
    vers la ligne d’horizon

    rien ne peut égaler
    leur vérité ciselée
    ni le chœur des sanglots
    ni les tollés de joie

    venus d’ailleurs
    d’un autre temps
    mes mots flânent
    libres et fiers

    sans suivre de chemin
    créés par évidence
    ils sont délivrance
    ils sont le chemin

    traceur de cercles
    dans la ronde infinie
    le porteur de mots
    n’est pas un prophète

    juste une graine de plus
    dans la semence du monde
    quelques gouttes pures
    pour étancher sa soif

    à l’instant de les recueillir
    celui qui les boira
    découvrira désaltéré
    que sa nuit s’est embellie

    le jour n’aura plus
    la même lumière
    et la vie sera légère
    dans son cœur vibrant

    Isaac Grünewald – Un monde imaginaire (1915)

    Texte de Luc Fayard, illustré par Un monde imaginaire, d’Isaac Grünewald


  • rester debout

    Tadashi Kawamata – Façade de l’immeuble Galerie Liaigre à Paris (2024) – photo AFP

    un beau jour 
    vous trouvez une ruche de chaises
    ce n’est pas comme les abeilles
    vous ne pouvez rien en faire
    pas de jus pas de substance
    pas de pollen sur le bois
    juste un vieux goût de cire
    rien que le craquement du vent 
    dans les barreaux branlants
    elles sont là inertes
    brinquebalantes
    et vous vous dites
    c’est çà la vie

    un beau jour 
    il en eut assez
    trop de chaises chez lui
    il commença à les jeter 
    sans regarder par la fenêtre
    mais elles refusèrent de mourir
    et s’accrochèrent les unes aux autres
    jusqu’à former un gros nid de chaises
    les pompiers essayèrent 
    tous les produits toxiques
    mais ils n’avaient pas
    d’extincteur de chaises

    un beau jour 
    la chaise reine
    chauffée par le soleil de la terrasse
    pondit quelques œufs de chaise
    qui finirent par éclore
    dans la lumière du printemps
    mais une chaise grandit très vite
    en quelques mois ce fut une colonie
    qui déborda sur la façade
    et descendit sur le mur
    bientôt elle gagnera la rue
    et se répandra dans la ville

    un beau jour 
    il se dit penaud
    ne restons pas assis
    s’asseoir est une perte de temps
    le corps se tasse
    l’esprit aussi
    il enleva tous les meubles
    les tableaux les réveils
    et même les lits
    il passa le reste de sa vie
    debout dans l’espace nu
    mais heureux


    Texte de Luc Fayard, inspiré de la création de l’artiste Tadashi Kawamata sur la façade de l’immeuble de la Galerie Liaigre à Paris (2024) – photo AFP


  • éloge de l’ombre

    bien sûr il a fallu 
    que naisse la lumière
    mais ensuite l’oublier 
    définitivement
    ne garder que les demi-teintes
    et surtout les jeux les renvois
    les non-dits les bégaiements 
    avancer sur le côté
    balbutiant

    laisser l’âme s’émouvoir de l’obscur
    le cœur du soupçon d’un remous

    quand ils fanfaronnent
    les mots eux-mêmes sont vides
    les yeux ne parlent que dans le vague
    le sourire s’embellit de l’énigmatique

    contempler les aspérités
    pour ne pas s’en blesser
    lancer les perspectives en flèches
    vers les frondaisons dansantes
    ne rien croire d’abord 
    tout imaginer
    écouter le vent
    quand il trouble la pluie
    profiter de la fraîcheur
    entre jour et nuit
    quand la vie prend le goût
    d’un grain de sel glissant
    lentement sur la peau

    de l’amour 
    ne retenir que ses frôlements
    les débuts les bruissements
    les senteurs de jeunesse
    les longs silences rapprochés
    l’attente poignante de la rencontre
    l’éternité de l’instant

    dans la nature 
    et dans l’homme
    étudier sans cesse 
    le meilleur contraste
    la ligne de fuite
    évasive et décidée
    qui dessine l’arrière-plan

    dans les mystères brumeux
    déformer la silhouette du temps 
    celle des passants
    et de l’espace
    suivre les traces
    des fantômes blancs

    et sentir la liberté t’envahir
    à pas de géant

    Hommage à Junichiro Tanizaki

    James Abbott McNeill Whistler -Nocturne in Black and Gold – The Falling Rocket (1875)
    Giorgio di Chirico – Malinconia Torinese (1965)


    Texte de Luc Fayard, illustré par Nocturne in Black and Gold – The Falling Rocket, de James Abbott McNeill Whistler et par Mystère et mélancolie d’une rue , de Giorgio di Chirico : à vous de choisir !


  • ronde des si

    si le cercle est brisé
    vais-je retourner sur mes pas
    ou bien bâtir une passerelle

    si les bouts scindés se relient
    atteindrai-je mon départ
    ou bien les traces d’un nouvel envol

    si je franchis les traits de couleurs
    verrai-je le ciel s’éclaircir
    ou bien la terre sombrer

    si la foule se presse en chemin
    se tiendra-t-on vraiment la main
    ou bien marcherai-je isolé

    si trois notes franchissent la mer
    entendrai-je une symphonie
    ou bien le solo du désespoir

    si je respire longtemps
    sentirai-je une forme d’énergie
    ou bien l’impermanence

    dans l’infini du vide
    le cercle ne dit rien me dit tout
    je ne suis rien je suis tout

    August Macke – Colored Composition -Hommage to Johann-Sebastian Bach (1912)


    Texte de Luc Fayard, inspiré par
    Cercle – Ascèse VIII, 2007- Série: « Silencieuse Coïncidence« , de Fabienne Verdier, à qui j’ai demandé une autorisation de reproduction mais qui ne m’a pas répondu; en attendant , je l’illustre avec Disques de Newton, de Frantisek Kupka (que j’aime aussi beaucoup !).  Et puis finalement non! Kupka n’est mort qu’en 1957 si je puis dire (donc moins de 70 ans qui est la durée de prescription en France pour avoir le droit de reproduction). En finale, j’ai choisi Auguste Macke et son tableau de 1912. Ouf Mais si vous connaissez Fabienne Verdier, transmettez-lui ma supplique !

    Voir et entendre la version poésique (récitation musicale)


  • anniversaire

    Anne-Laure Baron Siou – Photo ratée (2024) – photo

    il souffla si fort ses bougies
    que le temps s’accéléra
    l’espace se déforma
    les couleurs se séparèrent
    en demi-cercle
    dans un crépitement joyeux
    de rires et d’exclamations
    on pouffa de tant de flou
    il se dit serein
    que c’était bon signe
    pour vivre le reste de sa vie
    moins normée


    Texte de Luc Fayard, inspiré d’une photo ratée d’Anne-Laure Baron Siou qui aurait bien voulu que je titre sa photo « essai abstrait »


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  • Vasyl Stus : Palimpsestes, Poésie et lettres du Goulag (1986)

    Monde bleu pâle comme jusquiame,
    Monde bleu pâle dans le soir entré.
    Avec toi rien que celui et celle,
    Et rien que ceux qui sont fidèles.
    Crois ou ne crois pas en eux – 
    Ils vivent comme ils boivent,
    Vivent et attendent tout seuls,
    Eux-mêmes forgent eux-mêmes.
    Et puis – qui es-tu, tu es quoi ? – 
    Et puis – qui vas-tu devenir ? –
    C’est bien égal : philosophe
    Ou le berger d’un troupeau.
    C’est égal. Sans importance.
    Tu vis – eh bien vis ! ça suffit.
    Car il y a les étoiles en haut,
    Il y a le ciel entré dans le soir
    Il y a le seuil, bas comme le péché,
    Et toi, fidèle à toi seulement.

    Vasyl Stus – Palimpsestes. Poésie et lettres du Goulag (première édition en Allemagne en 1986, première édition française en 2026, 40 ans après, bravo les éditeurs français!)

    Vasyl Stus : Palimpsestes, Poésie et lettres du Goulag (1986)

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    L’homme moderne a perdu contact avec lui-même, avec autrui et avec la nature. Transformé en marchandise, il éprouve ses forces vitales comme un investissement dont il doit tirer le maximum du profit possible en rapport avec les conditions du marché. Les rapports humains sont essentiellement des rapports entre automates aliénés, chacun assurant sa sécurité en s’efforçant de rester proche de la foule et de ne pas s’en distinguer en pensée, sentiment ou action. Dès lors, chacun reste absolument seul, en proie à l’insécurité, l’angoisse et la culpabilité, tous sentiments inéluctables lorsque l’on ne parvient pas à surmonter la solitude humaine…
    …Dans la société capitaliste contemporaine, la signification de l’égalité s’est transformée. Par égalité on se réfère à une égalité d’automates ; d’hommes qui ont perdu leur individualité. Aujourd’hui, égalité signifie « similitude » plutôt que « singularité ». C’est une similitude d’abstractions, d’hommes qui exécutent les mêmes travaux, qui s’adonnent aux mêmes loisirs, qui lisent les mêmes journaux, qui nourrissent les mêmes sentiments et les mêmes idées.

    Erich Fromm – Extraits de « L’art d’aimer »

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Une couverture de la Gazette d'Amavero avec des portraits de Nikolaus, un enfant, et de Barbara, une femme âgée, accompagnés de descriptions artistiques.
Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025