Texte de Luc Fayard inspiré par J’irai revoir ma Normandie, de Nathalie Bodet
Blog « Fleureter »
Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.
Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.
Texte de Luc Fayard inspiré par J’irai revoir ma Normandie, de Nathalie Bodet
hirondelles sur trois fils oppressées
notes de musique en croches serrées
lignes d’écriture ancienne inconnue
collier sans fin de cailloux sculptés nus
mystérieux message cryptographié
feuilles mortes tout en noir épinglées
enfantins dessins de maisons bancales
purs fantômes alignés gris et sales
traits denses brisés en haut et en bas
l’incessant ballet ne finira pas
Texte de Luc Fayard inspiré de Ballade nocturne, de Faz Fazou.
Pour dire ce que m’inspirent les œuvres de Chantal Fontvieille réunies sous le titre « À travers », j’emprunterai un détour : celui du mot traverser lui-même. Chantal connaît ma passion pour les mots. À vrai dire, plonger dans leur épaisseur sensible, me laisser traverser par eux, écouter ce qu’ils ont à m’apprendre, c’est bien plus pour moi qu’un détour, c’est ma voie d’approche vers le monde.
pas d’obstacle à la création
tout est chantier
mortier
cœur idée
l’âme expose ses visions
blocs et lignes s’épaulent
traits et couleurs s’enrichissent
d’un même élan
tout s’élève
tout s’en va
ailleurs
et s’imprègne
Texte de Luc Fayard inspiré du tableau Obstacle, de Sandrine Hartmann

une histoire de ouf
je suis tombé de haut
tout au fond de l’eau
plouf
splash
chutant comme une masse
sans un cri
et là tout en bas
surprise
une femme sans âge
douce et nue
m’attend
et me sourit
moi aussi
je suis nu
c’est embêtant
au fond de l’eau
on bouge au ralenti
comme dans un film
et surtout
impossible de respirer
elle touche ma main
rassure-toi
me dit-elle
tu ne respires plus
amicalement
je la prends dans mes bras
et lui dis en pleurant
je n’ai jamais connu
quelqu’un comme toi
de quoi nous parlâmes
dans le flot des larmes
je ne sais
mais quel effet
puis gentiment
elle me pousse
vers la sortie
on t’attend à l’accueil
de la citadelle
dit-elle
c’est le temps
de l’exil
me voici habillé
d’une blouse d’hôpital
la fesse à l’air
errant solitaire
dans les couloirs pas nets
d’abord déserts et sombres
puis peuplés de silhouettes
floutées comme des ombres
derrière un guichet
j’entends une voix
qui me dit
l’accueil c’est ici
je me penche et plus bas
dans une vaste baignoire
une baignoire au fond de l’eau
me dis-je quelle idée
une autre femme
est allongée
nue et vieille
qui me voyant
se lève en gémissant
lourde de fatigue aride
des gouttes d’eau
perlant de ses rides
comme la vie
qui fuit
en-dessous d’elle
au fond de la baignoire
qui se vide
comment est-ce possible
l’eau qui s’en va
dans l’eau
deux vieux
squelettiques et nus
la peau foncée
sur qui manifestement
elle reposait
sortent et marmottent
et gigotent
encore un peu
raide comme un piquet
spectrale
couverte de blancs cheveux
elle me fixe
tranquillement
froidement
de ses yeux aveugles
et terrifié
je comprends alors
que je suis
à jamais
dans l’eau de la nuit
Texte de Luc Fayard illustré par un montage de quatre œuvres: (de gauche à droite, de haut en bas) Eugene Jansson : L’aube sur le Riddarfjärd ; image Dall.e (avec des gens habillés parce que Dall.e n’a pas le droit de dessiner des gens nus); John Everett Millais : Ophélie ; Claude Monet : La vague verte.







Shelley (Percy-Bysshe) : To a Skylark (À une alouette)
Hail to thee, blithe Spirit!
Bird thou never wert,
That from Heaven, or near it,
Pourest thy full heart
In profuse strains of unpremeditated art.
Higher still and higher
From the earth thou springest
Like a cloud of fire;
The blue deep thou wingest,
And singing still dost soar, and soaring ever singest.
In the golden lightning
Of the sunken sun
O’er which clouds are bright’ning,
Thou dost float and run,
Like an unbodied joy whose race is just begun.
The pale purple even
Melts around thy flight;
Like a star of Heaven
In the broad daylight
Thou art unseen, but yet I hear thy shrill delight:
Keen as are the arrows
Of that silver sphere,
Whose intense lamp narrows
In the white dawn clear
Until we hardly see — we feel that it is there.
All the earth and air
With thy voice is loud.
As, when night is bare,
From one lonely cloud
The moon rains out her beams, and heaven is overflowed.
What thou art we know not;
What is most like thee?
From rainbow clouds there flow not
Drops so bright to see
As from thy presence showers a rain of melody.
Like a poet hidden
In the light of thought,
Singing hymns unbidden,
Till the world is wrought
To sympathy with hopes and fears it heeded not:
Like a high-born maiden
In a palace tower,
Soothing her love-laden
Soul in secret hour
With music sweet as love, which overflows her bower:
Like a glow-worm golden
In a dell of dew,
Scattering unbeholden
Its aerial hue
Among the flowers and grass, which screen it from the view:
Like a rose embowered
In its own green leaves,
By warm winds deflowered,
Till the scent it gives
Makes faint with too much sweet these heavy-winged thieves.
Sound of vernal showers
On the twinkling grass,
Rain-awakened flowers,
All that ever was
Joyous, and clear, and fresh, thy music doth surpass.
Teach us, sprite or bird,
What sweet thoughts are thine:
I have never heard
Praise of love or wine
That panted forth a flood of rapture so divine.
Chorus hymeneal
Or triumphal chaunt
Matched with thine, would be all
But an empty vaunt —
A thing wherein we feel there is some hidden want.
What objects are the fountains
Of thy happy strain?
What fields, or waves, or mountains?
What shapes of sky or plain?
What love of thine own kind? what ignorance of pain?
With thy clear keen joyance
Languor cannot be:
Shadow of annoyance
Never came near thee:
Thou lovest, but ne’er knew love’s sad satiety.
Waking or asleep,
Thou of death must deem
Things more true and deep
Than we mortals dream,
Or how could thy notes flow in such a crystal stream?
We look before and after,
And pine for what is not:
Our sincerest laughter
With some pain is fraught;
Our sweetest songs are those that tell of saddest thought.
Yet if we could scorn
Hate, and pride, and fear;
If we were things born
Not to shed a tear,
I know not how thy joy we ever should come near.
Better than all measures
Of delightful sound,
Better than all treasures
That in books are found,
Thy skill to poet were, thou scorner of the ground!
Teach me half the gladness
That thy brain must know,
Such harmonious madness
From my lips would flow
The world should listen then, as I am listening now!
Salut à toi, Esprit joyeux!
Car oiseau jamais tu ne fus
Qui dans le ciel, et presqu’aux Cieux
Epanche en longs accents profus
Un coeur empli de sons qu’aucun art n’a conçus.
De la terre où tu prends essor,
Nuage de feu jaillissant,
Tu t’élèves plus haut encore
Loin au-dessus de l’océan
Ne cessant l’ascension, ta chanson ne cessant.
Dans le soleil crépusculaire
Et l’or de son évanescence
Où les nuées se font plus claires
Tu sembles flotter, puis t’élances
Comme une joie sans corps dont la course commence.
Même pâleur et cramoisi
S’effacent quand tu les pourfends;
Comme une étoile en plein midi,
Nul ne te voit au firmament,
Pourtant j’entends le cri de ton enchantement;
Ardent comme là-haut la sphère
Aux si vives flèches d’argent,
Mais dont s’estompe la lumière
Dans la clarté du matin blanc
Jusqu’à n’être vue guère, que l’on sent là pourtant.
Partout sur terre et dans les airs
Ta puissante voix retentit
Comme quand la lune à travers
Le seul nuage de la nuit
Inonde tout le ciel de lumineuse pluie.
Ce que tu es nous ignorons;
Qu’est-ce qui le mieux te décrit?
Car les gouttes d’arc-en-ciel n’ont
Des nues jamais resplendi
Comme tombe l’averse de ta mélodie.
Ainsi le poète oublié
Dans sa lumière intérieure,
Chantant, sans en être prié,
L’hymne à ses espoirs et ses peurs
Aux hommes ébahis d’y découvrir les leurs;
Ainsi la noble damoiselle
Au palais, dans sa haute tour,
Qui des musiques les plus belles
Berce son coeur épris d’amour
Sans savoir qu’elle charme aussi toute la cour;
Ainsi le ver luisant doré
Dont la couleur seule est perçue
Au fond d’un vallon de rosée,
Parsemant ce halo diffus
Parmi l’herbe et les fleurs où lui est hors de vue;
Ainsi le rosier habillé
Du feuillage vert de ses fleurs
Que le vent brûlant vient piller
Mais dont l’odorante douceur
Fera s’évanouir l’aérien détrousseur.
L’averse vernale et son bruit
Sur les herbes qui étincellent,
Les fleurs éveillées par la pluie,
Joies pures et vives, certes, mais elles
Ne surpassent jamais ta musique éternelle.
Apprends-nous donc, sylphe ou oiseau,
Les doux pensers qui sont les tiens;
Je n’ai jamais entendu mots
D’éloge à l’amour ou au vin
Déclamés en un flot de bonheur si divin.
Chants de triomphe et choeurs nuptiaux,
Si à ta voix on les compare,
Nous paraissent creux, sonnent faux
Et ne sont que vaines fanfares
Auxquelles font défaut les choses les plus rares.
Quelle est la source, quel est l’objet
De cette chantante fontaine?
Des bois? Des vagues? De hauts sommets?
Des formes de ciel ou de plaine?
L’amour de ton espèce? Le mépris de la peine?
Car dans ton pur ravissement
La langueur ne trouve point place;
Et l’ombre du désagrément
Jamais même ne te menace;
Tu aimes, mais de l’amour ignores ce qui lasse.
En éveil, ou lorsque tu dors,
N’est-ce pas qu’en toi s’illumine
Plus de vérité sur la mort
Que les mortels n’en imaginent,
Pour que coulent de toi notes si cristallines?
Nous voulons demain et hier,
Après eux soupirons sans cesse;
Dans nos rires les plus sincères,
Il est toujours quelque détresse;
Et nos chants sont plus beaux qui parlent de tristesse.
Pourtant si nous avions pouvoir
D’oublier peur, orgueil et haine,
Si nous étions nés pour avoir
De la vie ni larmes ni peine,
Comme ta joie dès lors nous paraîtrait lointaine.
Ton art, mieux que tous les ténors
Qui touchent l’âme profonde,
Ton art, mieux que tous les trésors
Dont tant de grands livres abondent,
Servirait le poète, ô oublieux du monde!
Apprends-moi un peu du plaisir
Connu d’un coeur toujours content,
Pareil harmonieux délire
Coulerait alors dans mon chant;
Le monde m’entendrait, comme moi je t’entends!
Percy Bysshe Shelley – Traduction : Jean-Luc Wronski – source : poesie.net
