Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.
je ne savais rien de ce paysage giflant était-il beau ou laid pourtant au premier coup d’œil je stoppais ma marche subjugué les odeurs l’éclairage les froufrous tout submergeait mes sens en éveil
ensorcelé par ce lieu j’y reviendrai souvent mes promenades avaient un but désormais
bien plus tard j’apprendrai à le connaître à reconnaître
chaque détail l’inclinaison des frondaisons sensible aux saisons les couleurs insolentes des lumières tamisées les courbes fruitées des petites sentes et plus je le connaitrai plus je conforterai mon besoin de lui
mais il ne changera pas son impact sur moi pas plus que je ne corrigerai mon regard sur lui dès le début il fit partie de moi
sur un bleu frissonnant de murmures figurines ridées penchées vers l’avant cheminant côte à côte lentement les vieilles femmes longent les murs les reptiles s’interrogent et s’évadent de la pierre rose mal taillée
les frondaisons épaulées se dressent contre l’histoire les caresses anciennes restent vives qui peut les oublier
les lignes de fuite se croisent comme des destins griffant des ronds incertains de lumière d’ombre et d’ardoise
le décor s’est fendu il faut tendre la main vers l’invisible le nu le silence
la vie est un tamis sans pépites ni archanges rien que des grésillements creuset mêlant des visages qu’on n’oublie pas d‘hier des palmiers de nostalgie plein le cœur la cloche égrenant un air dur et fier le décalage en harmonie couleurs
animal maladroit on saute de pierre en pierre jusqu’à l’horizon alors qu’on se voudrait poisson fluide et optimiste plongeant dans les cercles infinis de la mousse à l’abîme
on susurre de tout petits mots fragiles mal choisis alors qu’on désire l’embrassade les cris la folie l’accolade
sur la table jaune et lisse la dame du flamenco prend la pose là-bas le bois attend d’être coupé là-haut le vieux nid se défait en bribes
le temps ne s’arrête pas il se démultiplie en d’interminables pauses à chaque moment son sujet
dans la cour le vieux banc rouillé parle avec le vieux banc de pierre des moments de marbre et de fer chacun se souvient du passé chaque tache conte une histoire pleine d’orage et de tendresse
on sent l’amour et la tristesse flotter sous la surface noire sous celle de mon cœur aussi
Quel meilleur support que infotekart pour évoquer la génèse d’un ouvrage qui donne à voir des oeuvres photographiques singulières, résultat de la capture d’un rai de lumière au travers d’un infiniment petit cristal incolore.
Non, Alain Spriet n’est pas un savant huluberlu qui bricole des molécules dans un sombre laboratoire mais un scientifique émérite, grand voyageur et poète.
Son univers professionnel est fait de formules, il parle substrat, excipient, dosage, et jongle avec les nomenclatures, les réglementations, et les normes. Mais, il a une passion, depuis son plus jeune âge, le minuscule, le petit, l’infiniment petit même….
De la loupe, il est passé au microscope sous lequel se révèle un monde insoupçonné de couleurs et formes. Le grain de sable ordinaire se transforme alors en pierre précieuse !
Non content d’ausculter ce qu’il trouve de plus petit, il se met à le « cultiver ». A partir des produits du quotidien, il concentre, assèche, évapore et fait naître des cristaux. Son jardin est constitué de dizaines puis centaines de lames de verres sur lesquelles des choses informes, à peine visibles, blanches, grisâtres, sans intérêt visible dorment tranquillement.
Enfin, elles dorment jusqu’à ce que le photographe les place sous son objectif ! et là, se révèle un trésor de couleurs en fonction de l’orientation de la lumière et des conditions d’éclairage. Mais le tableau n’est pas toujours à la hauteur des ambitions de l’artiste !
Alors le peintre de la lumière cristalline se donne les moyens de passer des heures à orienter le faisceau pour que chaque cristal soit sublimé par un jeu de filtres, une intensité lumineuse et une orientation qui donne, enfin, à voir un tableau, construit, où l’oeil du photographe trouve l’aboutissement de sa recherche.
Alain Spriet a conçu le dispositif qui lui permet de faire de la cristographie une réalité. La fusion de la cristallisation et de la photographie ne consiste pas à photographier un cristal mais bien à explorer les cristaux et les transformer en passeur de couleurs sur l’objectif du photographe.
Durant des années, de l’aspirine au vinaigre en passant par l’albumine ou l’hydroxylamine, il cristallise puis part en exploration dans son univers de l’ultra petit. Il revient de ses voyages chargé de clichés dont il extrait des évocations de masques, de végétaux imaginaires, de ciels improbables, d’animaux fantastiques. Il construit une œuvre, son œuvre.
Il était une fois un faiseur de livres
Un autre photographe voyageur croise un jour le parcours d’Alain Spriet. Philippe Fouchard a su capter la réalité du regard humain, du bout du monde et du bout de la rue.
Mais ce photographe là sait faire des livres, des beaux livres, avec des morceaux de vie dedans, des artisans autour et des belles matières pour donner une consistance à tout ça. L’éditeur et l’artiste nous embarquent dans l’aventure pour que l’oeuvre de l’un nourrisse la créativité de l’autre.
Il n’y a plus d’aspirine ou de vinaigre, il n’y a plus de technologie, il n’y a plus que la lumière, la couleur, la proposition de l’artiste et un objet sensuel qui nous laissent pensifs ou inspirés selon nos humeurs.
On peut les aider à concrétiser ce projet en participant à la campagne sur kickstarter. Alors, embarquez pour l’ultra monde de l’ultra petit !
Hail to thee, blithe Spirit! Bird thou never wert, That from Heaven, or near it, Pourest thy full heart In profuse strains of unpremeditated art. Higher still and higher From the earth thou springest Like a cloud of fire; The blue deep thou wingest, And singing still dost soar, and soaring ever singest. In the golden lightning Of the sunken sun O’er which clouds are bright’ning, Thou dost float and run, Like an unbodied joy whose race is just begun. The pale purple even Melts around thy flight; Like a star of Heaven In the broad daylight Thou art unseen, but yet I hear thy shrill delight: Keen as are the arrows Of that silver sphere, Whose intense lamp narrows In the white dawn clear Until we hardly see — we feel that it is there. All the earth and air With thy voice is loud. As, when night is bare, From one lonely cloud The moon rains out her beams, and heaven is overflowed. What thou art we know not; What is most like thee? From rainbow clouds there flow not Drops so bright to see As from thy presence showers a rain of melody. Like a poet hidden In the light of thought, Singing hymns unbidden, Till the world is wrought To sympathy with hopes and fears it heeded not: Like a high-born maiden In a palace tower, Soothing her love-laden Soul in secret hour With music sweet as love, which overflows her bower: Like a glow-worm golden In a dell of dew, Scattering unbeholden Its aerial hue Among the flowers and grass, which screen it from the view: Like a rose embowered In its own green leaves, By warm winds deflowered, Till the scent it gives Makes faint with too much sweet these heavy-winged thieves. Sound of vernal showers On the twinkling grass, Rain-awakened flowers, All that ever was Joyous, and clear, and fresh, thy music doth surpass. Teach us, sprite or bird, What sweet thoughts are thine: I have never heard Praise of love or wine That panted forth a flood of rapture so divine. Chorus hymeneal Or triumphal chaunt Matched with thine, would be all But an empty vaunt — A thing wherein we feel there is some hidden want. What objects are the fountains Of thy happy strain? What fields, or waves, or mountains? What shapes of sky or plain? What love of thine own kind? what ignorance of pain? With thy clear keen joyance Languor cannot be: Shadow of annoyance Never came near thee: Thou lovest, but ne’er knew love’s sad satiety. Waking or asleep, Thou of death must deem Things more true and deep Than we mortals dream, Or how could thy notes flow in such a crystal stream? We look before and after, And pine for what is not: Our sincerest laughter With some pain is fraught; Our sweetest songs are those that tell of saddest thought. Yet if we could scorn Hate, and pride, and fear; If we were things born Not to shed a tear, I know not how thy joy we ever should come near. Better than all measures Of delightful sound, Better than all treasures That in books are found, Thy skill to poet were, thou scorner of the ground! Teach me half the gladness That thy brain must know, Such harmonious madness From my lips would flow The world should listen then, as I am listening now!
Salut à toi, Esprit joyeux! Car oiseau jamais tu ne fus Qui dans le ciel, et presqu’aux Cieux Epanche en longs accents profus Un coeur empli de sons qu’aucun art n’a conçus. De la terre où tu prends essor, Nuage de feu jaillissant, Tu t’élèves plus haut encore Loin au-dessus de l’océan Ne cessant l’ascension, ta chanson ne cessant. Dans le soleil crépusculaire Et l’or de son évanescence Où les nuées se font plus claires Tu sembles flotter, puis t’élances Comme une joie sans corps dont la course commence. Même pâleur et cramoisi S’effacent quand tu les pourfends; Comme une étoile en plein midi, Nul ne te voit au firmament, Pourtant j’entends le cri de ton enchantement; Ardent comme là-haut la sphère Aux si vives flèches d’argent, Mais dont s’estompe la lumière Dans la clarté du matin blanc Jusqu’à n’être vue guère, que l’on sent là pourtant. Partout sur terre et dans les airs Ta puissante voix retentit Comme quand la lune à travers Le seul nuage de la nuit Inonde tout le ciel de lumineuse pluie. Ce que tu es nous ignorons; Qu’est-ce qui le mieux te décrit? Car les gouttes d’arc-en-ciel n’ont Des nues jamais resplendi Comme tombe l’averse de ta mélodie. Ainsi le poète oublié Dans sa lumière intérieure, Chantant, sans en être prié, L’hymne à ses espoirs et ses peurs Aux hommes ébahis d’y découvrir les leurs; Ainsi la noble damoiselle Au palais, dans sa haute tour, Qui des musiques les plus belles Berce son coeur épris d’amour Sans savoir qu’elle charme aussi toute la cour; Ainsi le ver luisant doré Dont la couleur seule est perçue Au fond d’un vallon de rosée, Parsemant ce halo diffus Parmi l’herbe et les fleurs où lui est hors de vue; Ainsi le rosier habillé Du feuillage vert de ses fleurs Que le vent brûlant vient piller Mais dont l’odorante douceur Fera s’évanouir l’aérien détrousseur. L’averse vernale et son bruit Sur les herbes qui étincellent, Les fleurs éveillées par la pluie, Joies pures et vives, certes, mais elles Ne surpassent jamais ta musique éternelle. Apprends-nous donc, sylphe ou oiseau, Les doux pensers qui sont les tiens; Je n’ai jamais entendu mots D’éloge à l’amour ou au vin Déclamés en un flot de bonheur si divin. Chants de triomphe et choeurs nuptiaux, Si à ta voix on les compare, Nous paraissent creux, sonnent faux Et ne sont que vaines fanfares Auxquelles font défaut les choses les plus rares. Quelle est la source, quel est l’objet De cette chantante fontaine? Des bois? Des vagues? De hauts sommets? Des formes de ciel ou de plaine? L’amour de ton espèce? Le mépris de la peine? Car dans ton pur ravissement La langueur ne trouve point place; Et l’ombre du désagrément Jamais même ne te menace; Tu aimes, mais de l’amour ignores ce qui lasse. En éveil, ou lorsque tu dors, N’est-ce pas qu’en toi s’illumine Plus de vérité sur la mort Que les mortels n’en imaginent, Pour que coulent de toi notes si cristallines? Nous voulons demain et hier, Après eux soupirons sans cesse; Dans nos rires les plus sincères, Il est toujours quelque détresse; Et nos chants sont plus beaux qui parlent de tristesse. Pourtant si nous avions pouvoir D’oublier peur, orgueil et haine, Si nous étions nés pour avoir De la vie ni larmes ni peine, Comme ta joie dès lors nous paraîtrait lointaine. Ton art, mieux que tous les ténors Qui touchent l’âme profonde, Ton art, mieux que tous les trésors Dont tant de grands livres abondent, Servirait le poète, ô oublieux du monde! Apprends-moi un peu du plaisir Connu d’un coeur toujours content, Pareil harmonieux délire Coulerait alors dans mon chant; Le monde m’entendrait, comme moi je t’entends!
Shelley (Percy-Bysshe) : To a Skylark (À une alouette)
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