las des brumes
délabrées
l’enfant hume
l’air vicié
secouant
nez et tête
sur des joues
maigrelettes
il s’en va
respirer
tout là-bas
un air frais
Blog « Fleureter »
Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir, à découvrir… pour s’y promener librement.
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Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.
las des brumes
délabrées
l’enfant hume
l’air vicié
secouant
nez et tête
sur des joues
maigrelettes
il s’en va
respirer
tout là-bas
un air frais
la pluie n’est plus ce qu’elle était
tendre mélancolique rieuse
annoncée par de subtils frémissements
de l’air gai toujours printanier
quand elle arrivait enfin
heureuse
quelle fraîcheur
quel soulagement
ses fines gouttes en prélude
ne mouillaient pas vraiment
prenant toutes les formes possibles
selon son humeur
elles se dégustaient sur la peau
et le monde s’en accommodait
avec le temps tout a changé
la pluie est devenue brutale
surgissant sans préambule
tempétueuse en permanence
longs jets penchés et coupants
qui mouillent lourdement
pour faire mal
il pleure toujours dans mon cœur
mais plus jamais comme il pleut sur la ville
car il y pleut méchamment
le chant n’est plus doux
il est tumulte
cacophonie
la pluie est un océan furieux
une houle obscure
elle débarque et part sans préavis
et quand sa tornade impétueuse disparaît
elle laisse derrière elle un immense gâchis
la terre dévastée
et les cœurs malheureux
la pluie ressemble à la vie
la nuit règne l’absurde
le jour l’incolore
les mots résonnent vides
comme des falaises guettant la mer
où de grands rochers muets
camouflent leur récit
je suis seul dans le désert de sable
quand survient un berger en mobylette
cherchant quelques chèvres
disparues pendant sa sieste
ensemble nous avons pris le thé en riant
je suis seul sur mon bateau
dans l’atlantique alizé
quand je croise un grand voilier
en course autour du monde
j’ai la priorité mais je le laisse passer
je reçois le salut des équipiers
je suis seul dans la forêt ronde
quand je vois un écureuil
effrayé par un chevreuil
effrayé par moi
je pars sur la pointe des pieds
mais le mal est fait
je suis seul sur la page blanche et rose
quand les mots viennent et me sauvent
je suis seul dans la foule dense
et je le suis resté longtemps
jusqu’à ce que reviennent ces moments
qui me disent la même chose
dans ma vie d’actes et de pensées
plus jamais seul je serai entouré à toute heure
de mes souvenirs autour du coeur
et de mon passé entrecroisés
7 secret magique cabalistique
saints de bretagne premiers immigrés
esther et ses belles prophétesses
péchés capitaux tellement attirants
thèbes et ses trop nombreuses portes
menorah chandelier bizarre avec tant de branches
elohim fatigué ajoutant un jour de repos
rayons du dieu soleil quand il t’éblouit
versets dans la sourate al-fatiha pas un de plus
époque archaïque des sages grecs chacun sa maxime
indicatif téléphonique international de la russie
nombre de chakras et de villes saintes hindoues
couleurs de l’arc en ciel
étoile polaire et ses copines de la petite ourse
seven up youp la boum joyeux anniversaire
diacres ordonnés par les apôtres
ut et les autres notes ça suffit
années de malheur si tu casses un miroir
oumra période où tu marches tu marches
naga le serpent dont tu dois te méfier
dormants d’éphèse jeunes et vieux
et pour finir bien sûr et pour toi
la rose et ses foutus pétales




Louis Calaferte : Prière pour ne pas mourir (1994)
Voudrais qu’on m’enfougère,
qu’on m’envente, qu’on m’enrose,
qu’on m’encoquelicotte, qu’on m’enféminise,
qu’on m’endoucisse , qu’on m’enciélise ….
Voudrais pas qu’on m’enterre.
Louis Calaferte – L’homme vivant (1994)
Giacomo Leopardi : L’Infinito (L’Infini) (1828)
Sempre caro mi fu quest’ermo colle,
E questa siepe, che da tanta parte
Dell’ultimo orizzonte il guardo esclude.
Ma sedendo e mirando, interminati
Spazi di là da quella, e sovrumani
Silenzi, e profondissima quiete
Io nel pensier mi fingo; ove per poco
Il cor non si spaura. E come il vento
Odo stormir tra queste piante, io quello
Infinito silenzio a questa voce
Vo comparando: e mi sovvien l’eterno,
E le morte stagioni, e la presente
E viva, e il suon di lei. Così tra questa
Immensità s’annega il pensier mio:
E il naufragar m’è dolce in questo mare. »
Toujours j’aimai cette colline solitaire
Et cette haie qui refuse au regard
L’ultime horizon de ce monde.
Mais, en m’asseyant, je laisse aller mes yeux,
Je façonne, en esprit, au-delà d’e la haie, des espaces sans finn
Des silences surhumains, et c’est une quiétude
Si profonde que pour un peu se troublerait
Le cœur . Et comme alors j’entends
Le vent bruire dans ces feuillages, je compare
Ce silence infini à cette voix,
Et je me souviens de l’éternel
Et des saisons mortes, et de celle
Qui vit encore, de sa rumeur.
Immensité où sombre ma pensée,
Et m’abîmer m’est doux en cette mer.
Giacomo Leopardi – Canti (1818)
Traduction: Luc Fayard à partir des traductions de Philippe Jaccottet et Yves Bonnefoy

Federico Garcia Loca : Cancioneta (1921) – Chansonnette
En las orillas del río
se está bañando la noche,
y en los pechos de Lolita
mueren de amor los ramos.
Mueren de amor los ramos.
La noche desnuda canta
por los puentes de marzo.
Lolita se baña en agua
de salitre y de nardos.
Mueren de amor los ramos.
La noche de anís y plata
reluce por los tejados.
Plata de espejos de agua.
Anís de tus muslos blancos.
Mueren de amor los ramos.
Sur les bords de la rivière
voyez la nuit qui se baigne
et sur les seins de Lolita
meurent d’amour les bouquets.
Meurent d’amour les bouquets.
La nuit nue chante à voix basse
sur les ponts du mois de mars.
Lolita au bain se pare
dans l’eau saline et le nard.
Meurent d’amour les bouquets.
La nuit d’anis et d’argent luit
sur les toits de la ville.
Argent des eaux miroitantes.
Anis de tes cuisses blanches.
Meurent d’amour les bouquets.
Isabelle Triaureau : Mes pas coupaient la nuit
Mes pas coupaient la nuit, sa riposte fut vive
Et mon sang rougissait les joints des pavés noirs.
Des mains en multitude élançaient l’offensive,
Je tombais à genoux, broyée au laminoir.
Ma bouche a goût de terre et l’humus térébrant
S’instillait sous ma peau, redoublant le vivant
Dans un corps devenu un sauvoir célébrant
Le règne végétal et l’essor excavant.
J’enracinais mes doigts, plongeant au plus profond
Et touchant les flux lents, la vie que rien n’aliène,
Je nourrissais la glèbe abreuvant les greffons
D’un vert élan fécond, je suis chlorophyllienne.
Texte d’Isabelle Triaureau, qui a choisi de l’illustrer par La Saveur des larmes, de René Magritte

