Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir, à découvrir… pour s’y promener librement.
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Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

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Citation Amavero du jour
Je n’ai pas menti. J’ai dit des choses qui, plus tard, se sont avérées fausses.(watergate, 1978)


  • espace creux

    l’espace n’a plus les mêmes creux
    il se dilue se déforme
    le temps coule chaotique
    dégoulinant d’une montre molle 
    le soleil sourit satisfait 
    comme un projecteur de cinéma
    seuls les oiseaux chantent
    profitant du vide absolu
    laissé par nos âmes statues

    l’angoisse plane 
    on se croit malade
    on n’est que pantin pitoyable
    on ne rit plus c’est indécent
    le monde entier oublie ses gestes tendres
    transformé en robot appliqué

    on s’en souviendra forcément
    de ces gens croisés 
    la tête basse sur le côté
    craignant le miasme errant
    de ces frôlements évités
    de ces embrassades retenues
    la mémoire mise à nue
    le monde entier ne baise plus
    pas prononcé pas pensé pas fait
    le mot amour effacé de nos écrans

    quand la vie reviendra
    on ne saura plus quoi se dire
    on sera niais et gras
    le sourire béat

    j’irai pleurer dans la rue bondée
    cherchant un visage à caresser
    mais on fuira le pestiféré
    je crierai vous avez oublié la respiration
    maintenant il est trop tard le mal est fait
    ce n’est pas la maladie qui a gagné
    ce n’est pas le virus qui vous a tué
    vous individu société nation
    c’est le manque d’ambition

    Image créée par Dall.e pour illustrer le texte de Luc Fayard « espace creux »


    Texte de Luc Fayard illustrée par une image créée par l’IA pour ce texte


  • il pleure

    il pleure souvent
    dans mon coeur
    quels yeux
    quel visage
    quel front
    et dans les couleurs
    quelle audace
    la lumière
    blafarde
    mortuaire
    et pourtant
    quel attrait
    quelle gueule
    on aimerait bien
    le rencontrer
    dans un bar

    Texte de Luc Fayard inspiré par Paul Verlaine, d’Eugène Carrrière


  • la vieille

    elle compte plus de rides sur sa peau cuivrée
    que d’années dans son corps voûté
    toujours elle baisse les yeux et fronce le nez
    sans sourire et sans le faire exprès
    le soleil distribue la lumière et l’ombre
    sur un visage auréolé
    ses fins cheveux gris et ambre
    amplifient la force de sa stature
    pour elle le temps qui passe et qu’il fait
    n’a pas notre valeur hypertrophiée
    elle l’a définitivement apprivoisé
    derrière ses yeux plissés

    inspiré par une photo d’ALBS

  • sept haïkus d'amour et de naissance

    tu as la joue ronde
    comme un rocher dans la nuit
    tes pleurs sont la pluie

    i grec de tes jambes
    lianes de jungle et d’odeurs
    infini plaisir

    potelé des cuisses
    ventre fixe et cru tendu
    exquise caresse

    le goût de ta peau
    me révèle cent mille îles
    peuplées de palmiers

    tes yeux bleus de lune
    interrogent gravement
    mon coeur à la hune

    de tes deux mains d’algues
    de tes dix doigts de vents lourds
    tu tisses ma vie

    le monde murmure
    il laisse pour toi et moi
    ses ombres au mur

    Image créée par Dall.e pour illustrer le texte de Luc Fayard « sept haïkus »


    Texte de Luc Fayard, (mention au Prix Amitiés Littéraires du Val d’Orléans 2022), illustré par une image IA créée pour ce texte


  • trop tard

    aucun mystère n’embaume ta vie close
    tout est annoncé 
    sans bruit sans effet
    forcé tu avances sur la route morose
    où ne subsiste même pas 
    l’ombre opaque de tes pas

    dans un dernier souffle qui passe
    baudruche automate tu marches
    sur la voie imposée sans arches
    qui te conduit vers une impasse

    comment croire à la valeur de ton âme
    quand tout clame que tu es de passage
    tu crois sentir une émotion de partage
    tu n’es que chimie programmée
    illusion incontrôlée
    tu crois renaître d’un passé glorieux
    tu n’es qu’un fragment du souffle des cieux

    sachant la fin écrite dès le commencement
    quand viendra le moment immanquable
    où poussière nue mot sans vocable
    tu accompliras ce dernier saut insignifiant
    extinction sans éclat éternel
    d’une infime étincelle
    ce non-événement

    des milliards de fois répété
    ne sera plus un mystère

    pour ton âme hébétée
    ni pour tes avatars

    Image créée par Dall.e pour illustrer le texte de Luc Fayard « trop tard »


    Texte de Luc Fayard illustré par une image créée par Dall.e sur ce texte


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  • Louis Calaferte : Prière pour ne pas mourir (1994)

    Voudrais qu’on m’enfougère,
    qu’on m’envente, qu’on m’enrose,
    qu’on m’encoquelicotte, qu’on m’enféminise,
    qu’on m’endoucisse , qu’on m’enciélise ….
    Voudrais pas qu’on m’enterre.

    Louis Calaferte – L’homme vivant (1994)

    Louis Calaferte : Prière pour ne pas mourir (1994)

  • Giacomo Leopardi : L’Infinito (L’Infini) (1828)

    Sempre caro mi fu quest’ermo colle,
    E questa siepe, che da tanta parte
    Dell’ultimo orizzonte il guardo esclude.
    Ma sedendo e mirando, interminati
    Spazi di là da quella, e sovrumani
    Silenzi, e profondissima quiete
    Io nel pensier mi fingo; ove per poco
    Il cor non si spaura. E come il vento
    Odo stormir tra queste piante, io quello
    Infinito silenzio a questa voce
    Vo comparando: e mi sovvien l’eterno,
    E le morte stagioni, e la presente
    E viva, e il suon di lei. Così tra questa
    Immensità s’annega il pensier mio:
    E il naufragar m’è dolce in questo mare. »

    Toujours j’aimai cette colline solitaire
    Et cette haie qui refuse au regard
    L’ultime horizon de ce monde.
    Mais, en m’asseyant, je laisse aller mes yeux,
    Je façonne, en esprit, au-delà d’e la haie, des espaces sans finn
    Des silences surhumains, et c’est une quiétude
    Si profonde que pour un peu se troublerait
    Le cœur . Et comme alors j’entends
    Le vent bruire dans ces feuillages, je compare
    Ce silence infini à cette voix,
    Et je me souviens de l’éternel
    Et des saisons mortes, et de celle
    Qui vit encore, de sa rumeur.
    Immensité où sombre ma pensée,
    Et m’abîmer m’est doux en cette mer.

    Giacomo Leopardi – Canti (1818)
    Traduction: Luc Fayard à partir des traductions de Philippe Jaccottet et Yves Bonnefoy

    Giacomo Leopardi : L’Infinito (L’Infini) (1828)

  • Roberto Juarroz : Ce n’est qu’un rectangle (2021)

    Roberto Juarroz : Ce n’est qu’un rectangle (2021)

  • Federico Garcia Loca : Cancioneta (1921) – Chansonnette

    En las orillas del río
    se está bañando la noche,
    y en los pechos de Lolita
    mueren de amor los ramos.

    Mueren de amor los ramos.

    La noche desnuda canta
    por los puentes de marzo.
    Lolita se baña en agua
    de salitre y de nardos.

    Mueren de amor los ramos.

    La noche de anís y plata
    reluce por los tejados.
    Plata de espejos de agua.
    Anís de tus muslos blancos.

    Mueren de amor los ramos.

    Sur les bords de la rivière
    voyez la nuit qui se baigne
    et sur les seins de Lolita
    meurent d’amour les bouquets.

    Meurent d’amour les bouquets.

    La nuit nue chante à voix basse
    sur les ponts du mois de mars.
    Lolita au bain se pare
    dans l’eau saline et le nard.

    Meurent d’amour les bouquets.

    La nuit d’anis et d’argent luit
    sur les toits de la ville.
    Argent des eaux miroitantes.
    Anis de tes cuisses blanches.

    Meurent d’amour les bouquets.

    Federico Garcia Loca : Cancioneta (1921) – Chansonnette

  • Isabelle Triaureau : Mes pas coupaient la nuit

    Mes pas coupaient la nuit, sa riposte fut vive
    Et mon sang rougissait les joints des pavés noirs.
    Des mains en multitude élançaient l’offensive,
    Je tombais à genoux, broyée au laminoir.

    Ma bouche a goût de terre et l’humus térébrant
    S’instillait sous ma peau, redoublant le vivant
    Dans un corps devenu un sauvoir célébrant
    Le règne végétal et l’essor excavant.

    J’enracinais mes doigts, plongeant au plus profond
    Et touchant les flux lents, la vie que rien n’aliène,
    Je nourrissais la glèbe abreuvant les greffons
    D’un vert élan fécond, je suis chlorophyllienne.

    Texte d’Isabelle Triaureau, qui a choisi de l’illustrer par La Saveur des larmes, de René Magritte

    pour en savoir plus sur Isabelle Triaureau

    René Magritte - La Saveur des larmes (1946) - gouache sur papier
    René Magritte – La Saveur des larmes (1946) – gouache sur papier

    Isabelle Triaureau : Mes pas coupaient la nuit

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Une couverture de la Gazette d'Amavero avec des portraits de Nikolaus, un enfant, et de Barbara, une femme âgée, accompagnés de descriptions artistiques.
Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025