Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.
il pleure souvent dans mon coeur quels yeux quel visage quel front et dans les couleurs quelle audace la lumière blafarde mortuaire et pourtant quel attrait quelle gueule on aimerait bien le rencontrer dans un bar
Texte de Luc Fayard inspiré par Paul Verlaine, d’Eugène Carrrière
elle compte plus de rides sur sa peau cuivrée
que d’années dans son corps voûté
toujours elle baisse les yeux et fronce le nez
sans sourire et sans le faire exprès
le soleil distribue la lumière et l’ombre
sur un visage auréolé
ses fins cheveux gris et ambre
amplifient la force de sa stature
pour elle le temps qui passe et qu’il fait
n’a pas notre valeur hypertrophiée
elle l’a définitivement apprivoisé
derrière ses yeux plissés
aucun mystère n’embaume ta vie close tout est annoncé sans bruit sans effet forcé tu avances sur la route morose où ne subsiste même pas l’ombre opaque de tes pas
dans un dernier souffle qui passe baudruche automate tu marches sur la voie imposée sans arches qui te conduit vers une impasse
comment croire à la valeur de ton âme quand tout clame que tu es de passage tu crois sentir une émotion de partage tu n’es que chimie programmée illusion incontrôlée tu crois renaître d’un passé glorieux tu n’es qu’un fragment du souffle des cieux
sachant la fin écrite dès le commencement quand viendra le moment immanquable où poussière nue mot sans vocable tu accompliras ce dernier saut insignifiant extinction sans éclat éternel d’une infime étincelle ce non-événement
des milliards de fois répété ne sera plus un mystère
pour ton âme hébétée ni pour tes avatars
Image créée par Dall.e pour illustrer le texte de Luc Fayard « trop tard »
Texte de Luc Fayard illustré par une image créée par Dall.e sur ce texte
je suis un nuage nu je nage dans l’azur pur qui susurre sans fin j’erre en troposphère
haut sur terre je délibère des miasmes du temps je souris gentiment caressé par le vent tant aimé expirant sobrement dans mes fils emmêlés lissant mes beaux cheveux filandreux gris cire et bleus
parfois je me fâche et lâche trois gouttes dures sur la terre en murmures de ma peau de pèche j’empêche le soleil de couver mon ventre fécond je me love en veille chatte en rond
dans mes bras d’ouate propriétaires j’abrite de multiples hôtes un aéropage d’oiseaux migrateurs en pause transocéanique fatigués et pinailleurs un éclair débutant qui ne sait pas tonner des bruits prisonniers dont je garde la clé un arc en ciel à libérer selon mon désir et tous les souvenirs en sépia des pays survolés rien n’est plus peuplé qu’un nuage tentaculaire rien n’est plus fugace
je vois tout de haut le laid et le beau je me détends je suis gai mouvant je ris des hommes empêtrés dans leur courte vie enflée si vous saviez
ici tout est lent et long pas de route pas de doute tout est frais et surtout teinté d’opacité
je vois tout de ma hutte en fait chut on ne vous l’a jamais dit vous auriez trop d’émoi osez lever la tête et regardez moi je suis le paradis
Image créée par Dall.e pour illustrer le texte de Luc Fayard « nuage au paradis »
Texte de Luc Fayard illustré par une image IA créée pour ce texte.
Sempre caro mi fu quest’ermo colle, E questa siepe, che da tanta parte Dell’ultimo orizzonte il guardo esclude. Ma sedendo e mirando, interminati Spazi di là da quella, e sovrumani Silenzi, e profondissima quiete Io nel pensier mi fingo; ove per poco Il cor non si spaura. E come il vento Odo stormir tra queste piante, io quello Infinito silenzio a questa voce Vo comparando: e mi sovvien l’eterno, E le morte stagioni, e la presente E viva, e il suon di lei. Così tra questa Immensità s’annega il pensier mio: E il naufragar m’è dolce in questo mare. »
Toujours j’aimai cette colline solitaire Et cette haie qui refuse au regard L’ultime horizon de ce monde. Mais, en m’asseyant, je laisse aller mes yeux, Je façonne, en esprit, au-delà d’e la haie, des espaces sans finn Des silences surhumains, et c’est une quiétude Si profonde que pour un peu se troublerait Le cœur . Et comme alors j’entends Le vent bruire dans ces feuillages, je compare Ce silence infini à cette voix, Et je me souviens de l’éternel Et des saisons mortes, et de celle Qui vit encore, de sa rumeur. Immensité où sombre ma pensée, Et m’abîmer m’est doux en cette mer.
Giacomo Leopardi – Canti (1818) Traduction: Luc Fayard à partir des traductions de Philippe Jaccottet et Yves Bonnefoy
Mes pas coupaient la nuit, sa riposte fut vive Et mon sang rougissait les joints des pavés noirs. Des mains en multitude élançaient l’offensive, Je tombais à genoux, broyée au laminoir.
Ma bouche a goût de terre et l’humus térébrant S’instillait sous ma peau, redoublant le vivant Dans un corps devenu un sauvoir célébrant Le règne végétal et l’essor excavant.
J’enracinais mes doigts, plongeant au plus profond Et touchant les flux lents, la vie que rien n’aliène, Je nourrissais la glèbe abreuvant les greffons D’un vert élan fécond, je suis chlorophyllienne.
Texte d’Isabelle Triaureau, qui a choisi de l’illustrer par La Saveur des larmes, de René Magritte
René Magritte – La Saveur des larmes (1946) – gouache sur papier
Isabelle Triaureau : Mes pas coupaient la nuit
Shoko Uemura : Les deux renards (1980)
Laurence Stephen Lowry : Going to the match (1953)
Léo Gausson – La Maison à l’Arbre rouge (1890)
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