Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

1 439 artistes • 758 auteurs
publiés dans Amavero

  • Les Rationalistes (triptyque texte-gravure-musique)

    LES RATIONALISTES

    Les rationalistes, coiffés de chapeaux carrés,
    Pensent, dans des pièces carrées,
    Les yeux tournés vers le parquet,
    Les yeux tournés vers le plafond.
    Ils se confinent
    Dans des triangles rectangles.
    S’ils essayaient des rhondoïdes,
    Des cônes, des lignes ondoyantes, des ellipses –
    Comme, par exemple, l’ellipse de la demi-lune –
    Les rationalistes porteraient des sombreros.

    RATIONALISTS
    Rationalists, wearing square hats,
    Think, in square rooms,
    Looking at the floor,
    Looking at the ceiling.
    They confine themselves
    To right-angled triangles.
    If they tried rhomboids,
    Cones, waving lines, ellipses—
    As for example, the ellipse of the half-moon—
    Rationalists would wear sombreros.

    (Extrait de Six significant Harmonium, p.73-75, Alfred A. Knopf, 1980)

    WALLACE STEVENS – Poète américain – 1879 – 1955
    (traduit par Raymond Farina)

    Lorenz Stoer (graveur bavarois 1537-1621) – Paysage géométrique – gravure

    Musique : extrait de  Curva Triangulus (2018/21) de Catherine Lamb, joué par Ensemble Proton


    Un triptyque publié par Marie-Paule Farina


  • Britta Teckentrup : Trees (1969)

    Britta Teckentrup – Arbres – 2015

  • Mosaïque-3 avec 10 artistes contemporains


  • présence de l’absence (illustré par 20 artistes contemporains)

    Brooke Shaden



    présence de l’absence

    n’ayant rien à dire de la mort
    je te parlerai de la vie
    ses occasions ratées
    ses envers de décor

    on dit que les choses sont
    par ce qu’elles ne sont pas
    c’est faux
    elles pèsent surtout
    par ce qu’elles pourraient être
    c’est l’imagination
    qui crée le réel
    le rêve n’existerait pas
    sans la vie tordue à son gré
    la réalité n’est qu’un préjugé
    le désir la transforme
    on veut toujours
    ce qu’on n’a pas

    les humains suivent
    cet étrange destin
    de la dichotomie
    si tu parles j’écoute
    dis-tu ce que j’attends
    je ne sais m’interroge
    si tu te tais j’espère
    dans une attente
    torturante
    si tu es là je t’aime
    si tu n’es pas là
    je t’aime encore plus
    le poids de mon amour
    est si lourd
    qu’il te fait exister
    plus fort plus contrasté
    que si tu étais là

    un jour j’ai perdu ma voix
    et elle m’a manqué
    au sens propre
    comme au sens figuré
    quand je l’avais
    à ma disposition
    je l’usais bêtement
    parlant aux autres fort
    à travers et à tort
    au lieu d’en profiter
    pour dispenser à ma guise
    dans un discours haletant

    les pleins et les vides
    les courbes et les reliefs
    aujourd’hui je susurre
    ne pouvant rien faire d’autre
    regrettant sans fin
    de n’avoir pas murmuré
    du temps de ma vigueur

    quant aux mots
    n’en parlons pas
    créés par la poussière et le vent
    ils tourbillonnent
    comme des feuilles mortes
    emprisonnées par un syphon
    avec eux tout est relatif
    ils ne peuvent rien porter de vrai
    tu auras beau parler
    ils ne te diront pas
    le fond de ton âme
    que jamais tu ne connaîtras

    enfin il reste les gestes

    soumis aux mêmes faux-pas
    de l’esquisse suspendue
    que les choses et les gens
    les gestes qu’on ne fait pas
    sont les plus attendus
    caresse diluée
    main enfuie
    baiser perdu
    regard esquivé
    tous nos rapports à l’autre
    noyés dans le faux-semblant
    des frôlements avortés
    et c’est ainsi
    que ta vie se passera
    d’abord à imaginer
    les gestes inachevés
    puis à les oublier

    et quand pour toi
    sonnera le glas
    de tous les sens
    le regret sera là
    dans son immortelle prégnance
    portant à lui seul
    la présence de l’absence


    William Wray
    Roman Shustrov

    Texte de Luc Fayard illustré par 20 artistes contemporains
    Artistes cité(e)s (de haut en bas, de gauche à droite):
    Agnès Pilat, Felicity Hellaby, Agnieszka Pilat, Leslie Amine, Juanito Laguna, Jana Brike, Hanson, Anka Zhuravleva, Dubánci, Brooke Shaden, William Wray, Roman Shustrov, Fede Mangione, Henri Sarla, Harvey Dinnerstein, Julien Malland, Michele Petrelli, Nicole Pfund, Akiko Toriumi, Paul Fenniak

    Note de l’auteur : Voir ci-dessous une planche de ces 20 œuvres d’art contemporain que j’ai sélectionnées pour illustrer mon poème : quand on les voit ainsi côte à côte, je trouve qu’elles évoquent incroyablement, ensemble et séparément, ce thème de la présence de l’absence.

    20 œuvres d’artistes contemporains pour illustrer le thème « présence de l’absenceé

    Vous pouvez lire ICI comment je sélectionne les œuvres, en utilisant notamment la formidable galerie Nicole’s Museum.


  • Robert Motherwell : The Blue Door (1973)

    Robert Motherwell : The Blue Door (1973) – acrylique et charbon sur toile

Dernières publications d’art et de poésie

  • Federico Garcia Loca : Cancioneta (1921) – Chansonnette

    En las orillas del río
    se está bañando la noche,
    y en los pechos de Lolita
    mueren de amor los ramos.

    Mueren de amor los ramos.

    La noche desnuda canta
    por los puentes de marzo.
    Lolita se baña en agua
    de salitre y de nardos.

    Mueren de amor los ramos.

    La noche de anís y plata
    reluce por los tejados.
    Plata de espejos de agua.
    Anís de tus muslos blancos.

    Mueren de amor los ramos.

    Sur les bords de la rivière
    voyez la nuit qui se baigne
    et sur les seins de Lolita
    meurent d’amour les bouquets.

    Meurent d’amour les bouquets.

    La nuit nue chante à voix basse
    sur les ponts du mois de mars.
    Lolita au bain se pare
    dans l’eau saline et le nard.

    Meurent d’amour les bouquets.

    La nuit d’anis et d’argent luit
    sur les toits de la ville.
    Argent des eaux miroitantes.
    Anis de tes cuisses blanches.

    Meurent d’amour les bouquets.

    Federico Garcia Loca : Cancioneta (1921) – Chansonnette

  • Isabelle Triaureau : Mes pas coupaient la nuit

    Mes pas coupaient la nuit, sa riposte fut vive
    Et mon sang rougissait les joints des pavés noirs.
    Des mains en multitude élançaient l’offensive,
    Je tombais à genoux, broyée au laminoir.

    Ma bouche a goût de terre et l’humus térébrant
    S’instillait sous ma peau, redoublant le vivant
    Dans un corps devenu un sauvoir célébrant
    Le règne végétal et l’essor excavant.

    J’enracinais mes doigts, plongeant au plus profond
    Et touchant les flux lents, la vie que rien n’aliène,
    Je nourrissais la glèbe abreuvant les greffons
    D’un vert élan fécond, je suis chlorophyllienne.

    Texte d’Isabelle Triaureau, qui a choisi de l’illustrer par La Saveur des larmes, de René Magritte

    pour en savoir plus sur Isabelle Triaureau

    René Magritte - La Saveur des larmes (1946) - gouache sur papier
    René Magritte – La Saveur des larmes (1946) – gouache sur papier

    Isabelle Triaureau : Mes pas coupaient la nuit

  • Shoko Uemura : Les deux renards (1980)

    Shoko Uemura : Les deux renards (1980)

  • Laurence Stephen Lowry : Going to the match (1953)

    Laurence Stephen Lowry : Going to the match (1953)

  • Léo Gausson – La Maison à l’Arbre rouge (1890)

    Léo Gausson – La Maison à l’Arbre rouge (1890)

  • Johan-Barthold Jongkind – Le Port de Rotterdam (1816)

    Johan-Barthold Jongkind – Le Port de Rotterdam (1816)

  • Giotto – Dante dans les rangs des élus du paradis (1330)

    Giotto – Dante dans les rangs des élus du paradis (1330)

  • Kiyo Hasegawa – L’effervescence XII (2026)

    Kiyo Hasegawa – L’effervescence XII (2026)

  • Vasyl Stus : Palimpsestes, Poésie et lettres du Goulag (1986)

    Monde bleu pâle comme jusquiame,
    Monde bleu pâle dans le soir entré.
    Avec toi rien que celui et celle,
    Et rien que ceux qui sont fidèles.
    Crois ou ne crois pas en eux – 
    Ils vivent comme ils boivent,
    Vivent et attendent tout seuls,
    Eux-mêmes forgent eux-mêmes.
    Et puis – qui es-tu, tu es quoi ? – 
    Et puis – qui vas-tu devenir ? –
    C’est bien égal : philosophe
    Ou le berger d’un troupeau.
    C’est égal. Sans importance.
    Tu vis – eh bien vis ! ça suffit.
    Car il y a les étoiles en haut,
    Il y a le ciel entré dans le soir
    Il y a le seuil, bas comme le péché,
    Et toi, fidèle à toi seulement.

    Vasyl Stus – Palimpsestes. Poésie et lettres du Goulag (première édition en Allemagne en 1986, première édition française en 2026, 40 ans après, bravo les éditeurs français!)

    Vasyl Stus : Palimpsestes, Poésie et lettres du Goulag (1986)

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Une couverture de la Gazette d'Amavero avec des portraits de Nikolaus, un enfant, et de Barbara, une femme âgée, accompagnés de descriptions artistiques.
Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025