Blog « Fleureter »
Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.
Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.










Artistes cités (de gauche à droite): Artur Nacht-Sambovski, Martha Pan, Mark Tobey, Richard Thorn, Brian Haberlin, Isabelle Lardon, Ellsworth Kelly, Tydom, Sadamasa Motonaga, Serge Poliakioff
Comme une tique dure
Je suis attaché à la peau des souvenirs
Faire allusion à ce qui a été
Et cela ne se reproduira plus jamais
Et combien de fois l’avons-nous dit
Et combien de fois encore
allons-nous le dire à nouveau
Oui, parce que ce n’est plus l’heure des jeunes
Mais le temps de répéter
ennuyeusement
Mario Pischedda, auteur du texte et avec Priamo Pinna, de l’affiche photo de son exposition « In Flop We trust » , Olbia, Italie, décembre 2024
Federico Garcia Loca : Cancioneta (1921) – Chansonnette
En las orillas del río
se está bañando la noche,
y en los pechos de Lolita
mueren de amor los ramos.
Mueren de amor los ramos.
La noche desnuda canta
por los puentes de marzo.
Lolita se baña en agua
de salitre y de nardos.
Mueren de amor los ramos.
La noche de anís y plata
reluce por los tejados.
Plata de espejos de agua.
Anís de tus muslos blancos.
Mueren de amor los ramos.
Sur les bords de la rivière
voyez la nuit qui se baigne
et sur les seins de Lolita
meurent d’amour les bouquets.
Meurent d’amour les bouquets.
La nuit nue chante à voix basse
sur les ponts du mois de mars.
Lolita au bain se pare
dans l’eau saline et le nard.
Meurent d’amour les bouquets.
La nuit d’anis et d’argent luit
sur les toits de la ville.
Argent des eaux miroitantes.
Anis de tes cuisses blanches.
Meurent d’amour les bouquets.
Isabelle Triaureau : Mes pas coupaient la nuit
Mes pas coupaient la nuit, sa riposte fut vive
Et mon sang rougissait les joints des pavés noirs.
Des mains en multitude élançaient l’offensive,
Je tombais à genoux, broyée au laminoir.
Ma bouche a goût de terre et l’humus térébrant
S’instillait sous ma peau, redoublant le vivant
Dans un corps devenu un sauvoir célébrant
Le règne végétal et l’essor excavant.
J’enracinais mes doigts, plongeant au plus profond
Et touchant les flux lents, la vie que rien n’aliène,
Je nourrissais la glèbe abreuvant les greffons
D’un vert élan fécond, je suis chlorophyllienne.
Texte d’Isabelle Triaureau, qui a choisi de l’illustrer par La Saveur des larmes, de René Magritte







Vasyl Stus : Palimpsestes, Poésie et lettres du Goulag (1986)
Monde bleu pâle comme jusquiame,
Monde bleu pâle dans le soir entré.
Avec toi rien que celui et celle,
Et rien que ceux qui sont fidèles.
Crois ou ne crois pas en eux –
Ils vivent comme ils boivent,
Vivent et attendent tout seuls,
Eux-mêmes forgent eux-mêmes.
Et puis – qui es-tu, tu es quoi ? –
Et puis – qui vas-tu devenir ? –
C’est bien égal : philosophe
Ou le berger d’un troupeau.
C’est égal. Sans importance.
Tu vis – eh bien vis ! ça suffit.
Car il y a les étoiles en haut,
Il y a le ciel entré dans le soir
Il y a le seuil, bas comme le péché,
Et toi, fidèle à toi seulement.
Vasyl Stus – Palimpsestes. Poésie et lettres du Goulag (première édition en Allemagne en 1986, première édition française en 2026, 40 ans après, bravo les éditeurs français!)
