Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

1 440 artistes • 760 auteurs
publiés dans Amavero

  • l'amour la mort

    Image Dall.e créée pour ce texte
    Arthur Hughes – Ophelia (1851-1853)

    un jour, elle apparut sur la terrasse d’en face
    s’installa dans le fauteuil
    prit son livre
    et ne le quitta plus des yeux jusqu’au soir

    plongé dans ses propres tourments
    il n’avait pas détecté sa présence jusqu’alors

    au bout de quelques jours
    la routine s’était installée
    elle se montrait dans l’après-midi
    glissant comme un fantôme dans la chaleur épaisse
    trouvait le même coin d’ombre et n’en bougeait plus
    la tête légèrement penchée sur le côté
    vers les pages

    auréolé par la lumière blanche du soleil
    il ne pouvait distinguer son visage à contrejour
    il l’imaginait jeune et belle triste
    cherchant à se consoler dans ses lectures
    ou bien à oublier

    son amant l’avait quittée c’est sûr
    et la vie ne possédait plus de sens pour elle
    lui-même vivait un désespoir abyssal

    elle était toujours seule
    personne ne venait la voir
    seule une vieille servante s’occupait d’elle

    solitaire lui aussi
    et n’ayant finalement rien d’autre à faire
    il la fixait des yeux chaque jour un peu plus

    mais jamais elle ne fit le moindre geste
    signifiant qu’elle avait remarqué son manège
    alors il l’aima encore plus fort

    un soir où à son habitude
    la servante vint la chercher à la tombée de la nuit
    il décida de déclarer sa flamme dès le lendemain

    cette idée l’asphyxia toute la nuit
    mais le lendemain elle n’apparut pas
    il comprit alors qu’elle était morte et se mit à respirer de plus en plus mal
    il mourut dans la journée

    par hasard
    ils furent enterrés tous les deux cote à cote
    au fond du cimetière
    contre le vieux mur en pierre rongé par les plantes

    en quelques mois
    le lierre recouvrit les deux tombes
    d’un même manteau
    comme pour les réunir à jamais

    Texte de Luc Fayard illustré par une image IA créée pour ce texte et par Ophelia d’Arthur Hughes, qui est la version publiée dans « Poèmes courts sur des œuvres d’art. Volume 2 : Art moderne et contemporain« , Éditions Amavero, 2024

    Hommage à la tombe des frères Van Gogh, à Auvers-sur-Oise


  • disco

    Kragethe – Disco

    en ce temps-là
    on s’habillait en couleur
    la musique était folle
    tout était possible
    le sexe le bruit la nuit
    les gens dansaient
    des heures en transe
    dans les discothèques
    au petit matin
    on riait encore
    de ses accoutrements
    pattes d’eph et coiffure afro
    c’était le temps du disco

    Texte de Luc Fayard inspiré par Disco, de Kragethe


  • entrer dans l’eau

    Alexia Rouaud – Dernier bain

    l’entrée dans l’eau de mer
    surtout quand elle est fraîche
    est un rituel très personnel
    on y va franchement
    ou bien en sautillant
    ici on plonge d’emblée
    là on s’accroupit
    c’est un défilé de gestes
    mimiques postures
    pour que s’accordent les fluides
    il y a tous les cris
    toutes les nages
    tous les âges
    le bain c’est la vie

    Texte de Luc Fayard inspiré par Dernier bain, d’Alexia Rouaud


  • envol

    Dary Jullien – L’Envol (2022)

    le souffle rauque du vent
    secouant fleurs et plantes
    le ruissellement crissant de l’eau
    sur la mousse feutrée des pierres
    un mini-cyclone
    dans un jardin secret
    des fils qui s’emmêlent
    en se tortillant
    et pour couronner le tout
    la lumière blanche
    support à l’envoûtement
    de ce fin tourbillon

    Texte de Luc Fayard inspiré par L’Envol, de Dary Jullien


  • ovale

    Sophie Pechère – Les Abysses (2023)

    galets huîtres glands
    formes ovales
    couleurs joyeuses
    tout est pêlemêle
    dehors dedans
    comme l’esprit à la fête
    les hypothèses de vie
    les promesses à tenir
    les chemins à choisir
    pour assembler au mieux
    les éclats du bonheur

    Texte de Luc Fayard, inspiré par Les Abysses, de Sophie Pechère


Dernières publications d’art et de poésie

  • Louis Calaferte : Prière pour ne pas mourir (1994)

    Voudrais qu’on m’enfougère,
    qu’on m’envente, qu’on m’enrose,
    qu’on m’encoquelicotte, qu’on m’enféminise,
    qu’on m’endoucisse , qu’on m’enciélise ….
    Voudrais pas qu’on m’enterre.

    Louis Calaferte – L’homme vivant (1994)

    Louis Calaferte : Prière pour ne pas mourir (1994)

  • Giacomo Leopardi : L’Infinito (L’Infini) (1828)

    Sempre caro mi fu quest’ermo colle,
    E questa siepe, che da tanta parte
    Dell’ultimo orizzonte il guardo esclude.
    Ma sedendo e mirando, interminati
    Spazi di là da quella, e sovrumani
    Silenzi, e profondissima quiete
    Io nel pensier mi fingo; ove per poco
    Il cor non si spaura. E come il vento
    Odo stormir tra queste piante, io quello
    Infinito silenzio a questa voce
    Vo comparando: e mi sovvien l’eterno,
    E le morte stagioni, e la presente
    E viva, e il suon di lei. Così tra questa
    Immensità s’annega il pensier mio:
    E il naufragar m’è dolce in questo mare. »

    Toujours j’aimai cette colline solitaire
    Et cette haie qui refuse au regard
    L’ultime horizon de ce monde.
    Mais, en m’asseyant, je laisse aller mes yeux,
    Je façonne, en esprit, au-delà d’e la haie, des espaces sans finn
    Des silences surhumains, et c’est une quiétude
    Si profonde que pour un peu se troublerait
    Le cœur . Et comme alors j’entends
    Le vent bruire dans ces feuillages, je compare
    Ce silence infini à cette voix,
    Et je me souviens de l’éternel
    Et des saisons mortes, et de celle
    Qui vit encore, de sa rumeur.
    Immensité où sombre ma pensée,
    Et m’abîmer m’est doux en cette mer.

    Giacomo Leopardi – Canti (1818)
    Traduction: Luc Fayard à partir des traductions de Philippe Jaccottet et Yves Bonnefoy

    Giacomo Leopardi : L’Infinito (L’Infini) (1828)

  • Roberto Juarroz : Ce n’est qu’un rectangle (2021)

    Roberto Juarroz : Ce n’est qu’un rectangle (2021)

  • Federico Garcia Loca : Cancioneta (1921) – Chansonnette

    En las orillas del río
    se está bañando la noche,
    y en los pechos de Lolita
    mueren de amor los ramos.

    Mueren de amor los ramos.

    La noche desnuda canta
    por los puentes de marzo.
    Lolita se baña en agua
    de salitre y de nardos.

    Mueren de amor los ramos.

    La noche de anís y plata
    reluce por los tejados.
    Plata de espejos de agua.
    Anís de tus muslos blancos.

    Mueren de amor los ramos.

    Sur les bords de la rivière
    voyez la nuit qui se baigne
    et sur les seins de Lolita
    meurent d’amour les bouquets.

    Meurent d’amour les bouquets.

    La nuit nue chante à voix basse
    sur les ponts du mois de mars.
    Lolita au bain se pare
    dans l’eau saline et le nard.

    Meurent d’amour les bouquets.

    La nuit d’anis et d’argent luit
    sur les toits de la ville.
    Argent des eaux miroitantes.
    Anis de tes cuisses blanches.

    Meurent d’amour les bouquets.

    Federico Garcia Loca : Cancioneta (1921) – Chansonnette

  • Isabelle Triaureau : Mes pas coupaient la nuit

    Mes pas coupaient la nuit, sa riposte fut vive
    Et mon sang rougissait les joints des pavés noirs.
    Des mains en multitude élançaient l’offensive,
    Je tombais à genoux, broyée au laminoir.

    Ma bouche a goût de terre et l’humus térébrant
    S’instillait sous ma peau, redoublant le vivant
    Dans un corps devenu un sauvoir célébrant
    Le règne végétal et l’essor excavant.

    J’enracinais mes doigts, plongeant au plus profond
    Et touchant les flux lents, la vie que rien n’aliène,
    Je nourrissais la glèbe abreuvant les greffons
    D’un vert élan fécond, je suis chlorophyllienne.

    Texte d’Isabelle Triaureau, qui a choisi de l’illustrer par La Saveur des larmes, de René Magritte

    pour en savoir plus sur Isabelle Triaureau

    René Magritte - La Saveur des larmes (1946) - gouache sur papier
    René Magritte – La Saveur des larmes (1946) – gouache sur papier

    Isabelle Triaureau : Mes pas coupaient la nuit

  • Shoko Uemura : Les deux renards (1980)

    Shoko Uemura : Les deux renards (1980)

  • Laurence Stephen Lowry : Going to the match (1953)

    Laurence Stephen Lowry : Going to the match (1953)

  • Léo Gausson – La Maison à l’Arbre rouge (1890)

    Léo Gausson – La Maison à l’Arbre rouge (1890)

  • Johan-Barthold Jongkind – Le Port de Rotterdam (1816)

    Johan-Barthold Jongkind – Le Port de Rotterdam (1816)

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Une couverture de la Gazette d'Amavero avec des portraits de Nikolaus, un enfant, et de Barbara, une femme âgée, accompagnés de descriptions artistiques.
Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025