Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

1 458 artistes • 760 auteurs
publiés dans Amavero

  • différence

    Joan Miró – Personnage (1970- – sculpture – Fondation Maeght

    mi pingouin mi allien
    bébé joufflu venu d’ailleurs
    émouvant attachant
    rondouillard
    on voudrait le câliner
    lui dire en le berçant
    n’aie pas peur
    le monde se méfie
    des autres différents
    apporte lui ce que tu es
    formidablement vivant
    chaque regard nouveau
    devient un grain de plus
    dans la mer de sable
    une teinte ajoutée
    à l’infinie palette
    étonne nous
    chante ta chanson
    crée ton chemin
    ils viendront avec toi


    Texte de Luc Fayard inspiré de Personnage, 1970, de Joan Miró (Fondation Maeght)


  • ombres de plage

    Marie Deloume – Scène de plage (2017) – peinture sur zinc

    large bande de frontière
    entre terre et eau
    matière changeante
    élastique et malléable
    territoire des errances
    agité par le vent
    troublé par la brume
    filtrant les silhouettes
    lieu d’existence plurielles
    à l’écume frisée
    et de soubresauts
    du sable créateur
    qu’importe le temps
    il y a toujours une épuisette
    et des corps occupés
    dès le petit matin
    infatigable plage
    comme la vie

    Texte de Luc Fayard, inspiré par Scène de plage, de Marie Deloume – 2017 – peinture sur zinc


  • origine des mots

    rien ne peut troubler
    l’origine de mes mots
    ni le tam-tam des hommes
    ni le fracas des vagues

    ils viennent d’un lieu
    protégé de la furie
    indifférent à l’heure
    insensible à la pluie

    ce lieu mon âme 
    secrète orgueilleuse
    chercheuse de beauté
    dans l’existence

    mes mots éclosent seuls
    surnageant de la folie
    avançant chaotiques
    vers la ligne d’horizon

    rien ne peut égaler
    leur vérité ciselée
    ni le chœur des sanglots
    ni les tollés de joie

    venus d’ailleurs
    d’un autre temps
    mes mots flânent
    libres et fiers

    sans suivre de chemin
    créés par évidence
    ils sont délivrance
    ils sont le chemin

    traceur de cercles
    dans la ronde infinie
    le porteur de mots
    n’est pas un prophète

    juste une graine de plus
    dans la semence du monde
    quelques gouttes pures
    pour étancher sa soif

    à l’instant de les recueillir
    celui qui les boira
    découvrira désaltéré
    que sa nuit s’est embellie

    le jour n’aura plus
    la même lumière
    et la vie sera légère
    dans son cœur vibrant

    Isaac Grünewald – Un monde imaginaire (1915)

    Texte de Luc Fayard, illustré par Un monde imaginaire, d’Isaac Grünewald


  • rester debout

    Tadashi Kawamata – Façade de l’immeuble Galerie Liaigre à Paris (2024) – photo AFP

    un beau jour 
    vous trouvez une ruche de chaises
    ce n’est pas comme les abeilles
    vous ne pouvez rien en faire
    pas de jus pas de substance
    pas de pollen sur le bois
    juste un vieux goût de cire
    rien que le craquement du vent 
    dans les barreaux branlants
    elles sont là inertes
    brinquebalantes
    et vous vous dites
    c’est çà la vie

    un beau jour 
    il en eut assez
    trop de chaises chez lui
    il commença à les jeter 
    sans regarder par la fenêtre
    mais elles refusèrent de mourir
    et s’accrochèrent les unes aux autres
    jusqu’à former un gros nid de chaises
    les pompiers essayèrent 
    tous les produits toxiques
    mais ils n’avaient pas
    d’extincteur de chaises

    un beau jour 
    la chaise reine
    chauffée par le soleil de la terrasse
    pondit quelques œufs de chaise
    qui finirent par éclore
    dans la lumière du printemps
    mais une chaise grandit très vite
    en quelques mois ce fut une colonie
    qui déborda sur la façade
    et descendit sur le mur
    bientôt elle gagnera la rue
    et se répandra dans la ville

    un beau jour 
    il se dit penaud
    ne restons pas assis
    s’asseoir est une perte de temps
    le corps se tasse
    l’esprit aussi
    il enleva tous les meubles
    les tableaux les réveils
    et même les lits
    il passa le reste de sa vie
    debout dans l’espace nu
    mais heureux


    Texte de Luc Fayard, inspiré de la création de l’artiste Tadashi Kawamata sur la façade de l’immeuble de la Galerie Liaigre à Paris (2024) – photo AFP


  • éloge de l’ombre

    bien sûr il a fallu 
    que naisse la lumière
    mais ensuite l’oublier 
    définitivement
    ne garder que les demi-teintes
    et surtout les jeux les renvois
    les non-dits les bégaiements 
    avancer sur le côté
    balbutiant

    laisser l’âme s’émouvoir de l’obscur
    le cœur du soupçon d’un remous

    quand ils fanfaronnent
    les mots eux-mêmes sont vides
    les yeux ne parlent que dans le vague
    le sourire s’embellit de l’énigmatique

    contempler les aspérités
    pour ne pas s’en blesser
    lancer les perspectives en flèches
    vers les frondaisons dansantes
    ne rien croire d’abord 
    tout imaginer
    écouter le vent
    quand il trouble la pluie
    profiter de la fraîcheur
    entre jour et nuit
    quand la vie prend le goût
    d’un grain de sel glissant
    lentement sur la peau

    de l’amour 
    ne retenir que ses frôlements
    les débuts les bruissements
    les senteurs de jeunesse
    les longs silences rapprochés
    l’attente poignante de la rencontre
    l’éternité de l’instant

    dans la nature 
    et dans l’homme
    étudier sans cesse 
    le meilleur contraste
    la ligne de fuite
    évasive et décidée
    qui dessine l’arrière-plan

    dans les mystères brumeux
    déformer la silhouette du temps 
    celle des passants
    et de l’espace
    suivre les traces
    des fantômes blancs

    et sentir la liberté t’envahir
    à pas de géant

    Hommage à Junichiro Tanizaki

    James Abbott McNeill Whistler -Nocturne in Black and Gold – The Falling Rocket (1875)
    Giorgio di Chirico – Malinconia Torinese (1965)


    Texte de Luc Fayard, illustré par Nocturne in Black and Gold – The Falling Rocket, de James Abbott McNeill Whistler et par Mystère et mélancolie d’une rue , de Giorgio di Chirico : à vous de choisir !


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  • Louis Calaferte : Prière pour ne pas mourir (1994)

    Voudrais qu’on m’enfougère,
    qu’on m’envente, qu’on m’enrose,
    qu’on m’encoquelicotte, qu’on m’enféminise,
    qu’on m’endoucisse , qu’on m’enciélise ….
    Voudrais pas qu’on m’enterre.

    Louis Calaferte – L’homme vivant (1994)

    Louis Calaferte : Prière pour ne pas mourir (1994)

  • Giacomo Leopardi : L’Infinito (L’Infini) (1828)

    Sempre caro mi fu quest’ermo colle,
    E questa siepe, che da tanta parte
    Dell’ultimo orizzonte il guardo esclude.
    Ma sedendo e mirando, interminati
    Spazi di là da quella, e sovrumani
    Silenzi, e profondissima quiete
    Io nel pensier mi fingo; ove per poco
    Il cor non si spaura. E come il vento
    Odo stormir tra queste piante, io quello
    Infinito silenzio a questa voce
    Vo comparando: e mi sovvien l’eterno,
    E le morte stagioni, e la presente
    E viva, e il suon di lei. Così tra questa
    Immensità s’annega il pensier mio:
    E il naufragar m’è dolce in questo mare. »

    Toujours j’aimai cette colline solitaire
    Et cette haie qui refuse au regard
    L’ultime horizon de ce monde.
    Mais, en m’asseyant, je laisse aller mes yeux,
    Je façonne, en esprit, au-delà d’e la haie, des espaces sans finn
    Des silences surhumains, et c’est une quiétude
    Si profonde que pour un peu se troublerait
    Le cœur . Et comme alors j’entends
    Le vent bruire dans ces feuillages, je compare
    Ce silence infini à cette voix,
    Et je me souviens de l’éternel
    Et des saisons mortes, et de celle
    Qui vit encore, de sa rumeur.
    Immensité où sombre ma pensée,
    Et m’abîmer m’est doux en cette mer.

    Giacomo Leopardi – Canti (1818)
    Traduction: Luc Fayard à partir des traductions de Philippe Jaccottet et Yves Bonnefoy

    Giacomo Leopardi : L’Infinito (L’Infini) (1828)

  • Roberto Juarroz : Ce n’est qu’un rectangle (2021)

    Roberto Juarroz : Ce n’est qu’un rectangle (2021)

  • Federico Garcia Loca : Cancioneta (1921) – Chansonnette

    En las orillas del río
    se está bañando la noche,
    y en los pechos de Lolita
    mueren de amor los ramos.

    Mueren de amor los ramos.

    La noche desnuda canta
    por los puentes de marzo.
    Lolita se baña en agua
    de salitre y de nardos.

    Mueren de amor los ramos.

    La noche de anís y plata
    reluce por los tejados.
    Plata de espejos de agua.
    Anís de tus muslos blancos.

    Mueren de amor los ramos.

    Sur les bords de la rivière
    voyez la nuit qui se baigne
    et sur les seins de Lolita
    meurent d’amour les bouquets.

    Meurent d’amour les bouquets.

    La nuit nue chante à voix basse
    sur les ponts du mois de mars.
    Lolita au bain se pare
    dans l’eau saline et le nard.

    Meurent d’amour les bouquets.

    La nuit d’anis et d’argent luit
    sur les toits de la ville.
    Argent des eaux miroitantes.
    Anis de tes cuisses blanches.

    Meurent d’amour les bouquets.

    Federico Garcia Loca : Cancioneta (1921) – Chansonnette

  • Isabelle Triaureau : Mes pas coupaient la nuit

    Mes pas coupaient la nuit, sa riposte fut vive
    Et mon sang rougissait les joints des pavés noirs.
    Des mains en multitude élançaient l’offensive,
    Je tombais à genoux, broyée au laminoir.

    Ma bouche a goût de terre et l’humus térébrant
    S’instillait sous ma peau, redoublant le vivant
    Dans un corps devenu un sauvoir célébrant
    Le règne végétal et l’essor excavant.

    J’enracinais mes doigts, plongeant au plus profond
    Et touchant les flux lents, la vie que rien n’aliène,
    Je nourrissais la glèbe abreuvant les greffons
    D’un vert élan fécond, je suis chlorophyllienne.

    Texte d’Isabelle Triaureau, qui a choisi de l’illustrer par La Saveur des larmes, de René Magritte

    pour en savoir plus sur Isabelle Triaureau

    René Magritte - La Saveur des larmes (1946) - gouache sur papier
    René Magritte – La Saveur des larmes (1946) – gouache sur papier

    Isabelle Triaureau : Mes pas coupaient la nuit

  • Shoko Uemura : Les deux renards (1980)

    Shoko Uemura : Les deux renards (1980)

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Une couverture de la Gazette d'Amavero avec des portraits de Nikolaus, un enfant, et de Barbara, une femme âgée, accompagnés de descriptions artistiques.
Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025