Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

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  • l’eau de la nuit

    (de gauche à droite) Eugene Jansson : L’aube sur le Riddarfjärd – image Dall.e – John Everett Millais : Ophélie – Claude Monet : La vague verte

    une histoire de ouf
    je suis tombé de haut
    tout au fond de l’eau
    plouf
    splash
    chutant comme une masse 
    sans un cri
    et là tout en bas
    surprise
    une femme sans âge
    douce et nue
    m’attend 
    et me sourit

    moi aussi 
    je suis nu
    c’est embêtant 
    au fond de l’eau 
    on bouge au ralenti
    comme dans un film
    et surtout
    impossible de respirer
    elle touche ma main
    rassure-toi
    me dit-elle
    tu ne respires plus

    amicalement
    je la prends dans mes bras
    et lui dis en pleurant
    je n’ai jamais connu 
    quelqu’un comme toi
    de quoi nous parlâmes
    dans le flot des larmes

    je ne sais
    mais quel effet

    puis gentiment
    elle me pousse
    vers la sortie
    on t’attend à l’accueil 
    de la citadelle
    dit-elle
    c’est le temps 
    de l’exil

    me voici habillé
    d’une blouse d’hôpital
    la fesse à l’air
    errant solitaire
    dans les couloirs pas nets
    d’abord déserts et sombres
    puis peuplés de silhouettes
    floutées comme des ombres

    derrière un guichet
    j’entends une voix
    qui me dit 
    l’accueil c’est ici
    je me penche et plus bas
    dans une vaste baignoire
    une baignoire au fond de l’eau
    me dis-je quelle idée
    une autre femme 
    est allongée 
    nue et vieille
    qui me voyant
    se lève en gémissant

    lourde de fatigue aride
    des gouttes d’eau
    perlant de ses rides
    comme la vie
    qui fuit

    en-dessous d’elle
    au fond de la baignoire
    qui se vide
    comment est-ce possible
    l’eau qui s’en va
    dans l’eau
    deux vieux 
    squelettiques et nus
    la peau foncée
    sur qui manifestement
    elle reposait
    sortent et marmottent
    et gigotent
    encore un peu

    raide comme un piquet
    spectrale
    couverte de blancs cheveux 
    elle me fixe
    tranquillement
    froidement
    de ses yeux aveugles
    et terrifié
    je comprends alors
    que je suis
    à jamais

    dans l’eau de la nuit


    Texte de Luc Fayard illustré par un montage de quatre œuvres: (de gauche à droite, de haut en bas) Eugene Jansson : L’aube sur le Riddarfjärd ; image Dall.e (avec des gens habillés parce que Dall.e n’a pas le droit de dessiner des gens nus); John Everett Millais : Ophélie ; Claude Monet : La vague verte.


  • partition de poésique – ronde des si

    la ronde des si © 2024 by Luc Fayard, Chantal Hannes, Éditions Amavero
    is licensed under CC BY-NC-SA

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  • partition de poésique – temps de pluie

    temps de pluie © 2024 by Luc Fayard, Chantal Hannes, Éditions Amavero
    is licensed under CC BY-NC-SA

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  • Toi qui t’es tu (slam)

    Qui es-tu
    toi qui t’es tu ?
    Toi qui ne pépies plus.

    Sur un fil tendu,
    je t’ai entraperçu.
    Je me suis reconnue.
    Deux pattes frêles,
    et un ersatz d’ailes,
    un cœur-citadelle
    en guise de maison,
    et nos imperfections
    comme belle toison.
    Dans nos silences,
    Naissaient les confidences,
    nos histoires d’errance.
    Et sur ce fil tendu,
    toi qui ne pépiais plus,
    moi,
    je t’ai entendu.
    Un moineau ordinaire,
    ni bavard, ni disert,
    qui dans son nid d’hiver
    tendait ces ailes pour ressembler
    aux vautour ou aux éperviers
    aux aigles épris de liberté.

    Toi tu te sentais grêle,
    perché sur ta ficelle.
    Petit, si petit
    au milieu des géants.
    Moi, je me sentais fragile,
    assise dans la ruelle,
    petite, si petite,
    et presque insignifiante.

    Nous nous racontions nos histoires,
    sans un mot, sans parler.
    Dans nos regards noirs,
    nous lisions les secrets,
    et nos ailes brisées,
    et nos corps chétifs,
    et nos coeurs sensibles,
    et nos silences débiles.

    Et dans un cri, fébrile,
    moi je t’ai chantonné :
    « Je t’aime, tel que tu es ».
    Et toi petit oiseau,
    que je trouvais si beau,
    tu t’es mis à chanter.
    Bien mieux que l’épervier.
    Bien mieux que le corbeau.
    Et moi, avec mon coeur d’enfant
    au milieu des titans,
    je me suis mise à danser,
    Je me suis mise à aimer.
    Bien mieux que ces furieux,
    Que ces gens trop sérieux,
    Bien mieux que les gens normaux
    Qui ne parlent plus aux moineaux.

    Texte et musique : Léa Cerveau; illustré par une image de l’IA Canva


  • marcher

    Sigrid M – Chemins

    j’irai par les chemins
    le long des plages blanches
    et des bruyères en fleurs
    le ciel me suivra 
    sans rien dire
    je marcherai ainsi
    les pieds nus et froids
    portant entre leurs doigts
    des grains de sable
    qui grattent qui frottent
    je suis comme eux
    enraciné mais léger
    prêt à m’envoler

    Texte de Luc Fayard inspiré par « Chemins » , de Sigrid M



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Une couverture de la Gazette d'Amavero avec des portraits de Nikolaus, un enfant, et de Barbara, une femme âgée, accompagnés de descriptions artistiques.
Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025