
Le bouquin date de 2022, vous voyez comme je suis réactif. Mais il est éternel bien sûr, c’est une somme, une nouvelle Bible, un monument… Les superlatifs pleuvent sur cet ouvrage d’érudit. L’auteur est un personnage étonnant, fanatique du décryptage du moindre caractère hébraïque qui contient selon lui toute la vérité du monde, ce qui ne l’empêche pas d’être drôle et iconoclaste.
Donc l’auteur a retraduit lui-même la Genèse et, avec son éditrice Diane de Selliers, ils ont illustré chaque passage d’un tableau abstrait, en général très connu.
On reste évidemment confondu de tant d’érudition religieuse, littéraire et artistique.
Mais comme l’auteur le dit lui-même en citant Marcel Duchamp, il faut voir la vie en « ose », alors j’ose.
Je ne parlerai pas de sa traduction de la Genèse , je n’ai aucun avis là-dessus. Tout au plus ça m’amuse qu’on puisse passer autant de temps à décoder des contes de fées mais je respecte ce travail monumental.
Je ne parlerai que des illustrations et, là, je suis très déçu par le choix des 117 oeuvres qui sont magnifiques bien entendu, irréprochables, de grande renommée…
Mais enfin c’est très scolaire tout çà, très premier degré. On dirait le devoir d’un élève de Terminale, aidé par ses parents fiévreusement plongés dans les catalogues d’art (ou de l’IA?). On aurait aimé un peu plus de risque dans le choix de ces illustrations, qu’elles soient plus décalées, plus allusives. Non, ici, on y va au grand canon de la ressemblance, au marteau-pilon de l’analogie. En gros le texte parle de circularité? Hop, je te propose un tableau avec un cercle (devinez qui c’est? Fabienne Verdier évidemment, qui tourne en rond depuis des années, la pauvre).
Et ça commence dès le premier verset de la création : boum, un cercle noir ! (Malevitch). La Tour de Babel ? Si, si, c’est une tour (Vasarely). La sortie de l’arche ? Les mignons petits bouts de couleurs éparpillés de Hantaï (que l’artiste a appelé « Blanc » évidemment, comme c’est drôle). Mais pour la pomme, je vous rassure, ce n’est pas Magritte. Et d’ailleurs, d’après l’auteur, il n’y a pas de pomme. On tombe quand même sur de belles trouvailles, ne boudons pas notre plaisir, comme le cercle (encore un, il y en a beaucoup!) de Giacoma N-Bella pour « Et vous fructifiez-vous… ».. Mais celui-là, au moins, il est traversé de désirs.
D’ailleurs, entendons-nous bien, j’aime toutes les œuvres, elles sont belles, de qualité mais quel dommage quand même que tant d’intelligence pétillante n’ai pu être mise davantage en valeur par une finesse artistique du même acabit, la fusion aurait pu donné un livre merveilleux.
Celui-ci, sur le plan artistique, est juste éminemment (pour ne pas dire pompeusement) respectable.

























