la ville la nuit
rouge et noir
traces de lumière
halos croisés des destins
filandres de vies
filant ailleurs
ou se terrant trop sages
la ville la nuit
monde de blocs
et de passages
Texte de Luc Fayard inspiré par Nocturne, d’Anne-Sophie Larcena
Blog « Fleureter »
Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir, à découvrir… pour s’y promener librement.
© Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations, aux auteurs pour les textes.
Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.
la ville la nuit
rouge et noir
traces de lumière
halos croisés des destins
filandres de vies
filant ailleurs
ou se terrant trop sages
la ville la nuit
monde de blocs
et de passages
Texte de Luc Fayard inspiré par Nocturne, d’Anne-Sophie Larcena
l’huître boit la mer
la mer savoure le soleil
le soleil chauffe le rocher
le rocher se pare d’écume
l’écume emporte l’algue
l’algue se couvre de sel
le sel titille le couteau
le couteau attend la marée
la marée renvoie le poisson
le poisson caresse l’huître
son visage est un paysage
habillé d’ombre et de lumière
les joues et le nez le menton
sont des collines des vallons
jouant des angles et des ronds
mais le regard est le feu
en dedans
l’incendie fait rage
et pour la pose
la bouche si forte
si bien dessinée
mutique s’est fermée
on sait pourtant
qu’elle aurait pu raconter
tant d’histoires de tumultes
les folies des rencontres
qu’elle a vécues
mais pour une fois
c’est décidé
Paula se tait
c’est elle
qu’elle regarde
fixement
en silence
rêvant à la vie
qu’elle aurait eue
dans un autre monde
sans glamour
ni paillettes
voilà pourquoi
ce matin-là
en noir et blanc
drapée d’orgueil
et de tristesse
sans sourciller
Paula l’artiste
laisse venir
la larme à l’œil
et le monde se tait
subjugué
Texte de Luc Fayard, inspiré par le dessin de Nina Mae Fowler « Paula (Sweet Charity) (2023) » paru en Une de Beaux Arts Magazine de mars 2025. Fusain sur papier mis en scène dans un cadre avec chaînes et perles baroques
Publié par Amavero avec l’aimable autorisation de l’artiste.
https://ninamaefowler.art/
Mise à jour : ce texte et ce dessin sont aussi allés compléter notre petite galerie thématique commentée : « Portraits de femmes«
une poupée en céramique
et à roulettes
cela n’existe pas
et pourtant me voilà
fière et mystérieuse
si fragile
qu’on me suspend au mur
les enfants ont juste le droit
de me contempler
et de me haïr
puisque pas touche
alors regardez-moi
comme un totem
je suis le signe
de la précarité du monde
j’ai le cœur serré
les mains moites
doigts collés par la peur
un jour en claquant
une fenêtre s’ouvrira
le vent entrera
en tourbillonnant
et je tomberai par terre
explosant
en mille morceaux
prenant pitié de moi
une petite fille attendrie
agenouillée sur le puzzle
tentera de recoller mon âme
mission impossible
je finirai à la poubelle
et le clou sur le mur rouillera
pleurez braves gens
la poupée à roulettes est morte
et la légèreté du monde aussi
Texte de Luc Fayard inspiré par la sculpture Talisman, de Christina Bothwell (1990) – technique mixte : verre coulé, céramique et objets trouvés
Voir aussi les œuvres d’art sélectionnées par l’association Amavero: art contemporain dans Galerie d’art contemporain et moderne dans Galerie d’art moderne



cette plume appartenait
à un geai des chênes
qui l’a déposée une nuit
devant chez moi
pour que je la trouve au matin
deux centimètres de haut
j’ai failli ne pas la voir
depuis que je l’ai prise
entre mes mains
elle est entrée dans mon âme
et ma vie a changé
ma vision de la beauté
mon symbolisme
mon attention aux détails
j’ai découvert
le minusculement magnifique
porteur d’envol et de légèreté
de tournoiement aussi
mais il a fallu
qu’un petit animal
perde un attribut
pour que je gagne en émotion
j’espère que cette plume
n’est qu’une mue
pas l’issue d’un combat
un don pas une perte
merci à l’oiseau
qui m’a offert ce cadeau
je lui promets
qu’il portera ses fruits
désormais mes mots
seront ceux de sa liberté
Texte de Luc Fayard inspiré par une plume de geai des chênes trouvée par Z.
Voir la version illustrée.

barré par l’envol des oiseaux blancs
le trait de lumière décoiffe l’horizon
la mer désertée ne vibre plus du vent
qui tourmentait le destin des passants
il est temps
de partir
ailleurs
où la peine
serait douce
à vivre
je marcherai sur les sentiers embrumés
respirant le souffle des frondaisons
l’âme pleine de tableaux de rêves
et de souvenirs aux reliefs embellis
mais la pluie
refroidira
mon ardeur
et le seul bruit
de la nuit
mon cœur
l’aube verra palpiter la rosée
et parvenu au seuil de la maison
j’ouvrirai la porte sur l’espace sans fond
et la refermerai sur mon ombre passée
Texte de Luc Fayard; voir la version illustrée



