Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir, à découvrir… pour s’y promener librement.
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Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

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Citation Amavero du jour
C’est vraiment dommage que le bon Dieu n’ait pas situé les gisements de pétrole dans les pays démocratiques.
…, secrétaire à la Défense de… Lire


  • changement de pluie

    la pluie n’est plus ce qu’elle était
    tendre mélancolique rieuse
    annoncée par de subtils frémissements
    de l’air gai toujours printanier
    quand elle arrivait enfin
    heureuse
    quelle fraîcheur
    quel soulagement
    ses fines gouttes en prélude
    ne mouillaient pas vraiment
    prenant toutes les formes possibles
    selon son humeur
    elles se dégustaient sur la peau
    et le monde s’en accommodait
    avec le temps tout a changé
    la pluie est devenue brutale
    surgissant sans préambule
    tempétueuse en permanence
    longs jets penchés et coupants
    qui mouillent lourdement
    pour faire mal
    il pleure toujours dans mon cœur
    mais plus jamais comme il pleut sur la ville
    car il y pleut méchamment
    le chant n’est plus doux
    il est tumulte
    cacophonie
    la pluie est un océan furieux
    une houle obscure
    elle débarque et part sans préavis
    et quand sa tornade impétueuse disparaît
    elle laisse derrière elle un immense gâchis
    la terre dévastée
    et les cœurs malheureux
    la pluie ressemble à la vie


  • l'eau qui te sauve

    la nuit règne l’absurde
    le jour l’incolore
    les mots résonnent vides
    comme des falaises guettant la mer 
    où de grands rochers muets 
    camouflent leur récit

    le soleil se dérobe
    te laissant seul 
    face au néant
    même les chiens errants
    marchent l’œil triste et bas
    le silence ne sert à rien 
    quand tu es sombre et las
    tu n’as rien à pleurer
    ni à regretter
    rien à oublier
    l’ombre pieuvre s’étend
    tassant les reliefs du passé
    ta vie s’étale plaine rase
    fatal désert de la banalité
    et puis 
    de très loin
    lentement
    fantômes errants devenant réalité
    se dévoilent en procession
    la pensée d’un sourire 
    l’odeur douce d’une peau caressée
    une flèche de lumière dans les nuages percés
    des taches s’élargissant en bleu et blanc
    pour colorier un nouvel univers
    alors 
    les cônes de pluie s’éloignent
    la tristesse se dissout dans les limbes
    et surtout 
    ton cœur bat
    quand tes pieds nus se crispent sur le sable
    tout revient 
    dans une bouffée submergée de sens
    exquise tiédeur
    mécanisme huilé de la pression 
    talon plante orteils 
    pointillisme de la texture
    plaisir inégalé de cette marche unique 
    éphémère
    la longue trace de tes pas
    bientôt couverte par la mer
    as-tu remarqué
    c’est toujours l’eau qui te sauve
    le souvenir de son odeur salée
    le cycle du roulement de la marée
    l’écume qui point avec le vent
    il suffit que tu songes 
    à une plage nue d’hiver
    sur le relief breton
    pour que tu plonges 
    et t’immerges sans raison
    dans le non-dit de l’enfance
    à nouveau tu avances
    à nouveau tu espères

  • jamais seul

    je suis seul dans le désert de sable
    quand survient un berger en mobylette
    cherchant quelques chèvres 
    disparues pendant sa sieste
    ensemble nous avons pris le thé en riant

    je suis seul sur mon bateau
    dans l’atlantique alizé 
    quand je croise un grand voilier 
    en course autour du monde
    j’ai la priorité mais je le laisse passer
    je reçois le salut des équipiers

    je suis seul dans la forêt ronde
    quand je vois un écureuil 
    effrayé par un chevreuil 
    effrayé par moi
    je pars sur la pointe des pieds
    mais le mal est fait

    je suis seul sur la page blanche et rose
    quand les mots viennent et me sauvent

    je suis seul dans la foule dense
    et je le suis resté longtemps
    jusqu’à ce que reviennent ces moments
    qui me disent la même chose

    dans ma vie d’actes et de pensées
    plus jamais seul je serai entouré à toute heure
    de mes souvenirs autour du coeur
    et de mon passé entrecroisés


  • infinis sept

    7 secret magique cabalistique
    saints de bretagne premiers immigrés
    esther et ses belles prophétesses
    péchés capitaux tellement attirants
    thèbes et ses trop nombreuses portes
    menorah chandelier bizarre avec tant de branches
    elohim fatigué ajoutant un jour de repos
    rayons du dieu soleil quand il t’éblouit
    versets dans la sourate al-fatiha pas un de plus
    époque archaïque des sages grecs chacun sa maxime
    indicatif téléphonique international de la russie
    nombre de chakras et de villes saintes hindoues
    couleurs de l’arc en ciel 
    étoile polaire et ses copines de la petite ourse
    seven up youp la boum joyeux anniversaire
    diacres ordonnés par les apôtres
    ut et les autres notes ça suffit                     
    années de malheur si tu casses un miroir
    oumra période où tu marches tu marches 
    naga le serpent dont tu dois te méfier
    dormants d’éphèse jeunes et vieux
    et pour finir bien sûr et pour toi 
    la rose et ses foutus pétales


  • fous de mer

    il se croit seul
    en pleine mer
    moi aussi 
    sur l’océan féérique
    nous nous sommes reconnus
    dans la nuit mosaïque
    solitaires au coeur nu
    lui oiseau de mer épuisé
    qui n’a rien à faire ici
    moi marin absorbé
    par les heures de veille
    qui réveillent le passé

    l’oiseau s’installe sur les filières
    il danse à l’aise
    je n’ose lui jeter un œil
    de peur de l’effrayer
    pour lui je n’existe pas
    je suis à la fois
    agacé de son mystère
    et touché par sa grâce 
    j’essaie de barrer sans à-coup
    pour ne pas effrayer l’animal
    une gageure dans l’atlantique
    le cap ne fut pas fin cette nuit-là
     
    branlé par la houle
    il bouge comme un fou ce fou
    qui n’est pas un fou 
    mais un cormoran égaré
    qui se dévisse le cou

    je pense qu’il dormit
    à un moment je le vis
    la tête sous l’épaule
    le corps oscillant
    au rythme du bateau
    soulevé par la mer

    à l’aube il disparut
    sans me dire au revoir
    je ne vis n’entendis rien
    ni souffle ni soupir

    mais maintenant je le sais
    grâce à lui l’oiseau fatigué
    en pleine mer en pleine nuit
    je ne serais plus jamais seul 

    à toute heure
    pensant à lui
    je vivrais pleinement ma vie
    au mitan des océans ou d’ailleurs 

    à  J.V. et Golok  


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  • lexique

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  • liberté de la plume

    cette plume appartenait
    à un geai des chênes
    qui l’a déposée une nuit
    devant chez moi
    pour que je la trouve au matin

    deux centimètres de haut
    j’ai failli ne pas la voir
    depuis que je l’ai prise
    entre mes mains
    elle est entrée dans mon âme
    et ma vie a changé
    ma vision de la beauté
    mon symbolisme
    mon attention aux détails
    j’ai découvert
    le minusculement magnifique
    porteur d’envol et de légèreté
    de tournoiement aussi

    mais il a fallu
    qu’un petit animal
    perde un attribut
    pour que je gagne en émotion

    j’espère que cette plume
    n’est qu’une mue
    pas l’issue d’un combat
    un don pas une perte
    merci à l’oiseau
    qui m’a offert ce cadeau
    je lui promets
    qu’il portera ses fruits
    désormais mes mots
    seront ceux de sa liberté

    Texte de Luc Fayard inspiré par une plume de geai des chênes trouvée par Z.
    Voir la version illustrée.

    liberté de la plume

  • ode à l’oubliée

    ode à l’oubliée

  • partir

    barré par l’envol des oiseaux blancs
    le trait de lumière décoiffe l’horizon
    la mer désertée ne vibre plus du vent
    qui tourmentait le destin des passants

    il est temps
    de partir
    ailleurs
    où la peine
    serait douce
    à vivre

    je marcherai sur les sentiers embrumés
    respirant le souffle des frondaisons
    l’âme pleine de tableaux de rêves
    et de souvenirs aux reliefs embellis

    mais la pluie
    refroidira
    mon ardeur
    et le seul bruit
    de la nuit
    mon cœur

    l’aube verra palpiter la rosée
    et parvenu au seuil de la maison
    j’ouvrirai la porte sur l’espace sans fond
    et la refermerai sur mon ombre passée

    Texte de Luc Fayard; voir la version illustrée

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Une couverture de la Gazette d'Amavero avec des portraits de Nikolaus, un enfant, et de Barbara, une femme âgée, accompagnés de descriptions artistiques.
Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025